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COMMUNAUTÉ TOGOLAISE AU CANADA (CTC)
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LA PLUS VIEILLE DICTATURE MILITAIRE AFRICAINE AU SOMMET DE LA FRANCOPHONIE

(Déclaration de la Communauté Togolaise au Canada, CTC, Ottawa, Canada,  27 août 1999)
 

Le VIIIe sommet de la Francophonie qui se tiendra du 3 au 5 septembre 1999 à Moncton au Nouveau Brunswick (Canada), regroupera 52 chefs d'État et de gouvernement. La plupart de ces chefs d'état sont des dictateurs qui bafouent les droits élémentaires de la démocratie et qui commettent en toute impunité de multiples violations des droits humains. En tête de ce palmarès lugubre se trouve le président du Togo, le général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis plus de 32 ans.
 M. Eyadéma s'est en effet tristement illustré en 1963 en participant au premier coup d'État militaire de l'Afrique postcoloniale, coup d'État qui s'est soldé par l'assassinat du premier président élu du Togo, M. Sylvanus Olympio. Quatre ans plus tard, en 1967, M. Eyadéma prend définitivement le pouvoir à la suite d'un deuxième coup d'état, et instaure une dictature qui perdure jusqu'aujourd'hui. Ce long règne, qui en fait la plus vieille dictature militaire en Afrique, a longtemps reposé sur un système féroce de parti unique et sur une armée et une gendarmerie pléthoriques, tribalisées; plus de 80 % des membres de la gendarmerie et de l'armée togolaise sont effectivement originaires de la région natale de M. Eyadéma. Le régime de ce dernier bénéficie également du soutien non négligeable de certaines puissances occidentales, dont la France, grand argentier de la francophonie. Jusqu'au début des années 1990, les Togolais ont été ainsi contraints de vivre sous la terreur et la magnification du " Père de la Nation", le Général. Ceux qui ont osé réclamer un peu de liberté et de démocratie furent tout simplement assassinés ou jetés en prison, le reste, contraint à l'exil.

 Depuis 1990, profitant de la chute du mur de Berlin et de la fin de la guerre froide, les populations togolaises se sont rebellées ouvertement contre le pouvoir du général Eyadéma. En 1991, divers mouvements populaires ont ainsi obligé la dictature à accepter le principe du pluralisme politique et une Conférence Nationale à l'issue de laquelle une nouvelle Constitution a été adoptée. Cette période, malheureusement, n'a pas duré. Profitant de divisions au sein de l'opposition démocratique togolaise, et après de nombreux actes d'assassinats et d'intimidation commis par des membres de l'armée, de la gendarmerie et de la police, M. Eyadéma prend de nouveau le contrôle exclusif du pouvoir. Plusieurs pays occidentaux, les Etats-Unis, le Canada et l'Union Européenne notamment, à l'exception de la France, fidèle à son habitude, ont alors suspendu leur coopération avec le Togo. Pour l'Union Européenne, la reprise de cette coopération était assujettie à la reprise du processus démocratique dans le pays. Elle s'est donc impliquée dans l'organisation de nouvelles élections présidentielles qui ont eu lieu en juin 1998. Seulement, alors que le dépouillement des premiers bulletins de ces élections faisait apparaître la victoire certaine de l'opposition, un autre général de M. Éyadéma, ministre de l'intérieur, confisque le décompte des voix et annonce la réélection de son chef. Dans leur rapport de mission, les observateurs de l'Union Européenne qui assistaient aux élections, indiqueront que la démocratie avait été bafouée et que l'expression populaire n'avait pas été respectée.

 On constate donc qu'après la période sombre du parti unique, le Togo n'est toujours pas sorti d'une terrible dictature aujourd'hui déguisée en "semi-démocratie trompe-l'œil". Non seulement les médias d'État sont maintenus dans un quasi-rôle d'abrutissement du peuple, mais la situation des droits de la personne y reste foncièrement préoccupante avec des accusations formelles d'incarcérations extrajudiciaires, de tortures, d'assassinats et de disparitions d'individus. Diverses organisations de défense des droits de la personne ont estimé à plus d'un millier de morts, les victimes du régime Eyadéma depuis 1990. De plus, même si les responsables présumés de ces violations des droits humains sont indexés, nommément identifiés dans les rapports, les autorités politiques du Togo continuent de faire preuve d'un extraordinaire laxisme dans la traduction de ces responsables présumés en justice. Le rapport du Département d'État américain publié en 1998 sur la situation des droits humains au Togo, celui de la mission d'enquête envoyée au Togo par la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme et publié en janvier 1999, ainsi que le rapport d'Amnesty International publié en mai 1999 sous le titre " Togo: état de terreur ", font éloquemment état de cette situation extrêmement préoccupante. Il ne suffit que de lire la lettre ouverte du secrétaire général d'Amnesty International, M. Pierre Sané, au président français à l'occasion de la visite de ce dernier au Togo en juillet 1999, pour s'en convaincre. Dans cette lettre intitulée " Il est temps de rendre compte ", M. Sané dresse le bilan dramatique de la situation des droits humains au Togo.

 C'est un tel dictateur, ainsi que bien d'autres, que le Canada s'apprête à accueillir dans quelques jours au sommet de la Francophonie. La Communauté Togolaise au Canada (CTC) regrette vivement que le Gouvernement canadien, pris entre ses responsabilités internationales et les principes moraux auxquels il a toujours souscrit, se trouve dans l'impossibilité de restreindre l'accès de son territoire à ceux des délégués, chefs d'État et chefs de gouvernements directement ou indirectement responsables de violations des droits de la personne dans leurs pays respectifs. Elle lance un appel à toute la population canadienne pour dénoncer sur toutes les tribunes l'arrivée anachronique des dictateurs sur le sol canadien. Puisque le thème officiel choisi pour le sommet est la jeunesse, elle invite les organisations universitaires et les organisations de jeunesse à dénoncer la présence des dictateurs qui tuent la jeunesse de leurs pays. La CTC demande enfin que soit inscrite à l'ordre du jour du VIIIe sommet de la Francophonie la question des Droits de la personne au sein des États membres, et qu'à l'avenir, ne serait-ce qu'en terre canadienne, aucun accord protocolaire, diplomatique ou autre n'excuse le gouvernement canadien à exercer, en vertu justement de la Charte canadienne des droits et libertés, ses pouvoirs discrétionnaires quant à l'octroi de visas ou d'autorisations de séjour à tout individu physique ou moral accusé de violations des droits de la personne ou de crime contre l'humanité.
 

Pour la Communauté Togolaise au Canada,
Dr. Laté Lawson-Hellu, Président.


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