Le but manifeste que poursuit le
gouvernement togolais est de saigner à
blanc la presse indépendante et de la
contraindre à disparaître.1
1. INTRODUCTION
Au cours des trois premiers mois de l’année 2003, aucune marche
ou réunion organisée par l’opposition n’a pu, à la
connaissance d’Amnesty International, se dérouler sans incidents.
Certains de ces rassemblements ont été purement et simplement
interdits et les autres ont été réprimés par
les forces de l’ordre qui ont arrêté des dizaines de personnes.
Dans le même temps, deux journalistes ont été convoqués
par le Ministre de la Communication et de la Formation civique dans le
but de les intimider, deux radios ont brièvement été
empêchées d’émettre et les autorités ont indiqué
aux correspondants des principales agences de presse internationales présentes
dans le pays, (AFP, BBC, Reuters et RFI) qu’ils étaient suspendus
jusqu’à nouvel ordre. Cette interdiction a été levée
quelques jours après. Ces faits illustrent bien la volonté
des autorités togolaises de réduire au silence, par l’intimidation
et par la force, toute voix dissidente à quelques semaines
de l’élection présidentielle de juin 20032.
Depuis janvier 2003, Amnesty International a pu recenser une quinzaine
de cas d’atteintes à la liberté d’expression au Togo, dont
neuf pour le seul mois de février 2003, soit, en moyenne, un cas
d’intimidation, d’arrestation ou de torture d’opposants politiques, de
journalistes ou de défenseurs des droits humains tous les trois
jours.
Cette recrudescence de la répression en ce début
d’année 2003 s’explique notamment par la multiplication de protestations
émanant de certains journalistes et de membres de partis d’opposition
à la suite d’une modification du code électoral et
d’une révision de la Constitution, toutes deux intervenues en 2002.
Ces changements législatifs ont été considérés
par de nombreux observateurs togolais et étrangers comme une manœuvre
visant à permettre une nouvelle élection du président
Eyadéma à la magistrature suprême, alors que ce dernier
s’était publiquement engagé à ne plus se représenter.
Une partie de l’opposition et certaines couches de la société
civile ont clairement affirmé qu’elles mobiliseraient toutes leurs
forces contre le maintien au pouvoir d’un régime, en place depuis
1967.
C’est le 1er mai 2003 «au plus tard» que tous les
dossiers de candidature pour l'élection présidentielle doivent
être officiellement déposés. A l’heure où ce
texte est publié, on ne connaît pas encore le nom des candidats
et notamment on ignore si le président Eyadéma va se représenter.
Cependant Amnesty International craint que cette échéance
électorale, déjà marquée depuis des mois par
une répression grandissante de la liberté d’expression et
de manifestation, ne débouche sur des affrontements graves et des
violations sérieuses des droits humains.
Les craintes d’Amnesty International se fondent notamment sur le fait
que, depuis des années, chaque élection a été
marquée par un recours systématique à l’intimidation
et à la répression violente de toute critique. Cela a notamment
été le cas lors de l’élection présidentielle
de 1998 et des élections législatives d’octobre 2002, boycottées
par la plupart des partis de l’opposition.
La multiplication des cas d’atteintes à la liberté d’expression
depuis le début de l’année 2003 illustre ce phénomène
d’exacerbation des tensions à la veille d’un scrutin. L’objectif
du présent document n’est pas de dresser la liste exhaustive des
très nombreuses tentatives de réduire au silence toute opposition
par l’intimidation, l’arrestation ou la torture. Ce texte veut donner quelques
exemples récents afin de montrer les techniques utilisées
par les autorités pour réprimer les opposants et souligner
ainsi l’aggravation de la situation depuis le début de l’année
2003.
En cette année électorale, qui constitue traditionnellement
une période troublée au Togo, Amnesty International lance
un appel aux différentes parties togolaises ainsi qu’à la
communauté internationale afin que tout soit fait pour éviter
que le pays ne connaisse à nouveau des troubles, semblables à
ceux de 1998, qui pourraient plonger le pays dans le chaos et pousser des
populations civiles à l’exil.
2. UNE MONTÉE DE LA TENSION DANS LA PERSPECTIVE DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE DE 2003
La précédente élection présidentielle de
juin 1998 avait donné lieu à des violations massives des
droits humains dont Amnesty International s’était fait l’écho
dans un document publié en mai 1999 et intitulé: Togo:
Etat de terreur (Index AI: AFR 57/001/1999). Les élections législatives
qui ont suivi en mars 1999, ont été boycottées par
la plupart des partis d’opposition. Face à cette impasse, la mouvance
présidentielle et tous les partis de l'opposition se sont mis d'accord
pour que «des Facilitateurs aident les Togolais à créer
les conditions d'un dialogue serein et constructif entre les diverses forces
politiques du pays»3.
Grâce à la médiation de ces facilitateurs, nommés
par l’Union européenne (UE), la France, l’Allemagne et l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF), un document conjoint, connu sous
le nom d’Accord-cadre de Lomé, a pu être signé en juillet
1999. Cet accord soulignait la nécessité de tenir de nouvelles
élections au Togo et mentionnait notamment que le «Président
de la République a annoncé sa décision de dissoudre
l'Assemblée Nationale, en mars 2000, comme l'y autorise la Constitution
et, par des élections législatives anticipées, de
permettre aux différents courants politiques d'être représentés
à l'Assemblée Nationale».
Pour assurer une totale transparence des élections futures, les
parties signataires de cet accord étaient notamment convenues de
la création d’une «Commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI), chargée d'organiser et de superviser les élections,
en liaison avec le ministère de l'intérieur et d'autres services
de l'Etat». L’accord prévoyait que cette CENI serait composée
de façon paritaire de représentants de la mouvance présidentielle
et de partis d'opposition.
La CENI était la clé de voûte d’une mise en œuvre
réussie de l’Accord-cadre de Lomé et donc d’une possible
réconciliation nationale par la voie des urnes. Or, très
vite, des désaccords ont surgi quant à la composition et
au rôle de cette commission. L’opposition entendait notamment que
la CENI conduise et contrôle, de manière indépendante,
tout le processus électoral et qu’elle proclame les résultats
des prochains scrutins. La mouvance présidentielle, pour sa part,
voulait que la responsabilité de la préparation des élections
incombe au Ministère de l’Intérieur et que les résultats
de ces scrutins soient proclamés par la Cour constitutionnelle.
Ces désaccords ont entraîné des retards qui ont
empêché le respect du calendrier électoral fixé
par l’Accord-cadre de Lomé. Les élections législatives
anticipées ont ainsi été reportées à
deux reprises: annoncées pour octobre 2001, puis reportées
à mars 2002, elles n’ont finalement eu lieu qu’en octobre 2002 sans
la participation des partis d’opposition qui ont boycotté ce scrutin.
Plusieurs décisions du gouvernement prises de manière
unilatérale, notamment la modification du code électoral
en février 2002 et la révision constitutionnelle en décembre
de la même année, ont porté un coup définitif
à tout espoir de dialogue et de concertation nationale. Parmi les
pierres d’achoppement qui ont conduit à l’impasse actuelle, on peut
mentionner:
-
La nouvelle exigence d’une nationalité unique et d’une résidence
permanente d’au moins un an pour les candidats à l’élection
présidentielle, ce qui vise à empêcher la candidature
d’un des principaux dirigeants de l’opposition, Gilchrist Olympio, président
de l’Union des forces de changement (UFC), qui vit en exil depuis la tentative
d’assassinat dont il avait été l’objet en mai 1992.
-
Le remplacement de la CENI, en mai 2002, par un collège de sept
magistrats désignés par la Cour constitutionnelle. Cette
décision a été prise de manière unilatérale
par le Premier Ministre togolais d’alors, Agbeyomé Messan Kodjo,
et elle a suscité l’indignation de certains partis d’opposition,
compte tenu du manque évident d’indépendance des magistrats
togolais qui sont tous directement nommés par les autorités
politiques de ce pays.
-
L’abolition de la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels
à la suite de la révision, en décembre 2002, de l’article
59 de la Constitution togolaise, adoptée en 1992. Cet article précisait
que: «Le président de la République est élu
au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une
seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats».
Aux termes de cet article, le Président Eyadema, élu successivement
en 1993 puis en 1998, ne pouvait donc pas se représenter. La révision
de cet article, en décembre 2002, rendait donc possible une nouvelle
candidature du Président Eyadéma.
Ces diverses mesures ont suscité la protestation de plusieurs partis
d’opposition, journalistes et secteurs de la société
civile qui ont vu, dans ces diverses décisions, une stratégie
concertée des autorités togolaises visant à verrouiller
le processus électoral prévu par l’Accord-cadre de Lomé.
Ainsi, depuis près de quatre ans, le processus électoral
prévu par l’Accord-cadre de Lomé, sans cesse remis en cause
par les différents partis politiques, a placé le Togo dans
un état de confrontations politiques permanentes. Comme par le passé,
ces tensions ont abouti à une politique d’intimidation et de répression
de l’opposition pacifique. Cela a notamment été le cas lors
des élections législatives d’octobre 2002 et ce phénomène
est en train de se reproduire en ce début d’année électorale.
Au fur et à mesure que l’on s’approche de l’échéance
présidentielle de juin 2003, Amnesty International constate que
cette répression connaît une inquiétante aggravation
et craint que ne se reproduisent des violations massives des droits humains
semblables à celles que le Togo avait déjà connues
lors de scrutins électoraux précédents.
3. RECRUDESCENCE DE LA RÉPRESSION
Le 18 mars 2003, une trentaine de personnes dont une femme et son enfant
en bas âge qu’elle portait sur le dos, ont été arrêtées
par les forces de sécurité alors qu’elles participaient à
une réunion hebdomadaire de la fédération UFC du 2ème
arrondissement de la ville de Lomé. Cette réunion pacifique
se tenait au domicile de la responsable locale de ce parti d’opposition.
Quelques jours auparavant, les autorités interdisaient la tenue
d’une marche prévue pour le 15 mars 2003 à l’appel des
responsables de la Nouvelle dynamique populaire (NDP), un mouvement créé
en janvier 2003 et regroupant des jeunes militants de plusieurs partis
d’opposition.
Ces deux événements ne sont que deux des exemples les
plus récents d’une politique systématique de répression
de toute voix dissidente menée depuis le début de l’année
par les autorités togolaises, suite au mécontentement créé
par le récent changement constitutionnel de décembre 2002.
Les autorités ont également interpellé, détenu
ou torturé plus d’une trentaine d’opposants depuis janvier 2003,
ce qui montre bien le caractère persistant de la politique d’intimidation
et de répression choisie par les autorités en ce début
d’année électorale.
3.1 Arrestations, intimidations et torture d’opposants politiques
Cherchant à tout prix à étouffer toute voix
dissidente, les autorités togolaises ont notamment arrêté
des personnes qui distribuaient des tracts ou qui étaient soupçonnées
d’en être à l’origine. Elles ont également arrêté
des militants qui assistaient pacifiquement à une réunion
hebdomadaire d’un parti d’opposition.
Deux personnes ont ainsi été arrêtées
en février 2003 à Sokodé, dans le centre du pays pour
avoir distribué des tracts de Quelle solution pour le Togo?, un
mouvement créé au début de l’année 2002,
afin notamment de mettre en lumière la question de l’impunité
dont bénéficiaient les responsables de violations des droits
humains. Ces deux personnes, dont Amnesty International ne révèle
pas l’identité pour des raisons de sécurité, ont été
arrêtées, le 6 février 2003, après qu’un gendarme
ait vu l’une d’elles en train de photocopier un tract de ce mouvement.
Elles ont été inculpées de «troubles à
l’ordre public» et jugées le 26 février 2003 par un
tribunal qui les a relaxées.
Amnesty International a également eu connaissance de plusieurs
cas de torture d’opposants politiques commis depuis le début de
l’année 2003 par les forces de sécurité togolaises.
C’est ainsi que Marc Palanga, président de la fédération
UFC de la Kozah (une circonscription au nord du Togo), a été
torturé avec cinq autres membres de son parti, en février
2003, au camp militaire de Landja à Kara par des membres de l’armée
togolaise. Les autorités n’ont avancé aucun motif pour justifier
leur arrestation et les ont remis en liberté, sans inculpation,
huit jours plus tard, le 17 février 2003.
Toutefois, cinq jours plus tard, Marc Palanga a de nouveau été
arrêté à Sokodé, dans le centre du pays, où
il se trouvait afin de recevoir des soins médicaux à la suite
des tortures subies. Il a été placé en garde à
vue à la gendarmerie de Kara et demeure à ce jour détenu
au secret. Aucune inculpation n’a officiellement été portée
contre lui. Des informations parvenues à Amnesty International indiquent
qu’il serait de nouveau soumis à des tortures qui pourraient sérieusement
menacer sa vie.
Un autre membre de l’UFC est actuellement détenu au secret
dans les locaux de la gendarmerie de Kara. Il s’agit de Mazama Katassa,
qui a été arrêté le 26 février 2003,
à Sotoboua, dans le centre du pays. De même que pour les autres
membres de l’UFC mentionnés plus haut, aucune raison n’a officiellement
été donnée pour son arrestation.
Amnesty International estime que Marc Palanga et Mazama Katassa
ont été arrêtés et sont détenus uniquement
en raison des activités pacifiques qu’ils mènent au sein
de l’UFC. L’organisation les considère comme des prisonniers d’opinion
et demande leur libération immédiate et inconditionnelle.
La répression contre des responsables de partis politiques
de l’opposition n’est pas nouvelle. C’est ainsi que déjà
en août 2001, Yawovi Abgoyibo, président du Comité
d’action pour le renouveau (CAR) avait été condamné
à six mois de prison ferme pour «atteinte à l’honneur»
à l’issue d’un procès inéquitable4.
De même, en août 2002, les autorités ont arrêté
Claude Améganvi, Secrétaire chargé de la coordination
du Parti des travailleurs (PT) et coordinateur de Quelle solution pour
le Togo?. Claude Améganvi a été arrêté
par les forces de sécurité alors qu’il sortait d’un entretien
avec le Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et
de la Décentralisation de l’époque, Sizing Walla, au cours
duquel il avait demandé la libération de deux enseignants,
militants de Quelle solution pour le Togo?, Djoura Tiguéna
et Takana Badjessa. Ces deux personnes avaient été arrêtées
en juillet 2002, pour avoir distribué des tracts appelant la population
à rendre hommage à la mémoire de Tavio Amorin, membre
du Haut Conseil de la République (HCR), organe élu par la
Conférence Nationale, exécuté en juillet 1992, et
dont l’assassinat reste à ce jour impuni. Détenues à
la prison civile de Kara, ces deux personnes ont été jugées
en août 2002 par le tribunal de première instance de Kara
en l’absence de leur avocat et ont été condamnées
pour «troubles à l’ordre public» à douze mois
de prison dont dix avec sursis5.
Claude Améganvi, quant à lui, a été inculpé
et condamné en septembre 2002, à quatre mois d’emprisonnement
ferme pour «atteinte à l’honneur». Il lui était
reproché d’avoir transmis au directeur du journal Nouvel Echo, Julien
Ayi, un article faisant état de la fortune du Chef de l’Etat
(voir plus bas, section 3.4). Claude Améganvi a vu sa peine aggravée
en appel et a finalement été condamné à six
mois de prison ferme. Il a été libéré en février
2003.
3.2. Interdiction de marches ou de réunions de l’opposition
A la connaissance d’Amnesty International, aucune marche organisée
à l’appel d’un parti d’opposition n’a été autorisée
depuis le début de l’année 2003.
Le 13 janvier 2003, la Coalition des forces démocratiques (CFD),
qui regroupait à l’époque les principaux partis d’opposition
a appelé à une réunion publique au stade Béni
Glato de Lomé, afin de commémorer le quarantième anniversaire
de l’assassinat du premier président du Togo, Sylvanus Olympio,
tué en janvier 1963. L’opposition a fait de cette journée
un «jour de recueillement national» depuis 1991, alors qu’officiellement
cette date est considérée comme la «Journée
nationale de la libération» car elle marque la prise du pouvoir
par un groupe de militaires conduit par l’actuel président. Le 12
janvier 2003, veille de cette rencontre organisée par la CFD, le
Ministre de l’Intérieur a interdit ce rassemblement au prétexte
que cela pourrait créer des troubles. La CFD a finalement annulé
cette rencontre.
Le 25 janvier 2003, les autorités togolaises ont interdit la
tenue d’une journée de prière pour la paix au Togo, organisée
par le CAR, qui devait se tenir au foyer Pie XII à Lomé.
L’interdiction de cette réunion n’a pas découlé d’une
décision judiciaire ou administrative, elle a été
rendue impossible de facto par la présence de forces de l’ordre
armées qui ont investi les lieux dès le matin afin d’en empêcher
l’accès à ceux qui voulaient participer à cet événement.
Afin d’éviter des troubles, les responsables du CAR ont donc décidé
de demander aux participants de se replier vers le siège de ce parti
où la journée de prière a finalement pu se tenir.
Le 22 février 2003, les responsables de la Nouvelle dynamique
populaire (NDP), un mouvement créé quelques semaines plus
tôt et regroupant des jeunes militants de plusieurs partis d’opposition
ont organisé une marche à Lomé, afin de protester
contre la récente modification constitutionnelle de décembre
2002 qui abolissait la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.
La NDP demandait la restauration du code électoral qui avait initialement
été élaboré de manière consensuelle
en avril 2000. Les manifestants demandaient en outre la recherche d’une
solution négociée à la crise togolaise. Là
encore, la veille de cette rencontre, les forces de l’ordre ont investi
les lieux où devait se tenir cette réunion. Des manifestants
qui se sont rendus sur place, ont été dispersés de
manière brutale par des gendarmes et des policiers à l’aide
de matraques. Plusieurs personnes auraient été blessées
dont certaines grièvement. La NDP avait informé le Ministre
de l’Intérieur, au moins dix jours à l’avance, de l’intention
d’organiser cette manifestation et ce dernier ne s’y était pas opposé.
Ce n’est qu’une fois sur les lieux que les forces de l’ordre ont averti
les responsables de la NDP que cette marche était interdite.
Dès sa création en janvier 2003, la NDP a fait l’objet
d’intimidations de la part des autorités. Le président de
ce mouvement, Gilbert Atsu, et les autres membres du bureau de la
NDP ont été convoqués par les services de renseignements
pour une enquête de moralité. Des membres de la sûreté
ont effectué des perquisitions aux domiciles des responsables de
la NDP et sur leurs lieux de réunion, apparemment pour vérifier
si ces opposants ne possédaient pas d’armes. Ces derniers
ont ensuite été conduits dans les locaux de la sûreté
où leurs empreintes digitales ont été relevées.
Les autorités ont interdit une nouvelle tentative de rassemblement
des partisans de la NDP, prévu pour le 15 mars 2003. Le but de cette
marche était de protester contre l’attitude partiale des autorités
qui autorisaient les manifestations organisées par des groupes ou
partis favorables au pouvoir, tout en refusant le droit de manifester et
de se réunir aux partisans de l’opposition. La marche a été
interdite par le ministère de l’Intérieur qui aurait affirmé
qu’il devait, au préalable, confirmer l’agrément de la création
de ce nouveau mouvement. Les responsables de la NDP ont envoyé une
lettre au Ministre de l’Intérieur afin de plaider leur cause mais
celui-ci a confirmé l’interdiction de la réunion. L’appel
à la manifestation a été maintenu mais face au déploiement
des forces de sécurité depuis la veille, les dirigeants de
la NDP ont demandé aux manifestants, qui étaient tout de
même venus, de se disperser dans le calme.
Une autre réunion de l’opposition a été interdite
en ce même mois de mars 2003 entraînant des troubles et des
arrestations. Le 8 mars 2003, à Lomé, les forces de l’ordre
togolaises ont ainsi empêché, par la force, l’accès
à une salle où devait se tenir une «causerie
débat» organisée par l’UFC. Quelques heures avant le
début de cette réunion, les forces de sécurité
avaient investi les lieux et avaient bouclé toutes les rues donnant
accès à l’endroit prévu pour cette rencontre. Lorsque
les dirigeants de ce parti d’opposition sont arrivés sur place,
les forces de l’ordre leur ont indiqué que cette réunion
était interdite alors même que la loi ne prévoit aucune
autorisation préalable pour ce type de rassemblement. Des troubles
ont alors éclaté et les forces de l’ordre ont violemment
dispersé à coup de matraques et de gaz lacrymogènes,
les partisans de l’UFC, arrêtant plusieurs personnes, finalement
libérées après deux jours de garde à vue.
Les forces de l’ordre ont même réprimé avec force
la réunion hebdomadaire d’un groupe local de la fédération
UFC du 2ème arrondissement de la ville de Lomé qui se tenait
au domicile d’un des dirigeants locaux de ce parti. Dans la soirée
du 18 mars 2003, aux environs de 20 heures, une trentaine de personnes
ont été arrêtées par les forces de sécurité
alors qu’elles participaient à cette réunion. Ces personnes
dont au moins une femme qui portait son enfant en bas âge sur le
dos ont été conduites à la Sûreté nationale.
Selon des témoins, tous les hommes arrêtés, ont été
détenus dans une cellule grillagée d’environ dix mètres
carrés et n’ont apparemment reçu ni eau ni nourriture. Le
lendemain matin, les détenus ont été conduits à
leur domicile où les forces de l’ordre ont effectué des perquisitions.
Toutes ces personnes ont été libérées, sans
inculpation, le 19 mars 2003, vers 22 heures. Aucune raison n’a officiellement
été donnée à leur arrestation.
Ces exemples d’interdiction de manifestations ou de réunions
de partisans de l’opposition au cours des trois premiers mois de l’année
2003, montrent bien la volonté des autorités d’empêcher
l’expression de toute critique à l’égard du gouvernement
à la veille de l’élection présidentielle de juin 2003.
Ce recours systématique à la répression a été
souligné en novembre 2002 par le Comité des Nations unies
qui se disait «préoccupé par des informations selon
lesquelles les manifestations pacifiques organisées par la société
civile sont régulièrement interdites et violemment dispersées
par les autorités, alors que les marches de soutien au Président
de la République seraient souvent organisées par le pouvoir.»6
La crainte exprimée par cet organe des Nations unies est particulièrement
d’actualité en ce début d’année 2003 où, comme
on l’a vu, toutes les manifestations pacifiques de l’opposition ont été
systématiquement interdites ou réprimées.
3.3 Intimidation des défenseurs des droits humains et des
membres de la société civile
L’association, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la
torture au Togo (ACAT-Togo) a fait l’objet, depuis le mois de février
2003, de tentatives d’intimidations de la part des autorités, à
la suite de la publication d’un rapport sur la situation des droits humains
dans ce pays. Ce document dénonçait notamment les atteintes
à la liberté d’expression et précisait: «Au
Togo, le pouvoir par ses manœuvres d’intimidation a muselé une population
qui, par peur de représailles, n’ose pas se prononcer publiquement
sur des questions politiques par crainte de s’attirer des ennuis. Même
les journalistes qui ont pour vocation d’informer le peuple et de faire
des analyses critiques sur la vie de la nation, font l’objet dans l’exercice
de leurs fonctions de fréquentes intimidations, de harcèlements
et des arrestations».
Ce document a été distribué à des parlementaires
européens qui devaient participer quelques jours plus tard à
Bruxelles à «un échange de vues sur la situation des
droits de l’homme» avec les autorités togolaises, en
présence des représentants de l’ACAT. Quelques jours avant
cette réunion de Bruxelles qui a eu lieu le 19 février 2003,
le président de l’ACAT-Togo, Yannick Bigah a été convoqué
par le Ministre de la Justice qui l’a reçu en présence du
Ministre de l’Intérieur. Ces deux responsables ont exigé
des explications sur le contenu de ce rapport. Au cours de cet entretien,
des menaces de poursuites judiciaires ont été proférées
à l'encontre de Yannick Bigah, accusé d'avoir écrit
un document politique jugé diffamatoire et d'utiliser les droits
humains à des fins politiques. Le même jour, le président
de l’ACAT-Togo recevait une convocation pour se présenter devant
le chef de l’Etat, Gnassingbé Eyadéma.
Craignant pour sa sécurité, Yannick Bigah a fui le pays.
D’autres membres de l’ACAT-Togo qui auraient reçus depuis lors plusieurs
appels anonymes et auraient été suivis par des personnes
non identifiées ont également dû partir en exil. En
plus de ces intimidations, l’ACAT-Togo a fait l’objet, dans les jours
qui ont suivi la réunion de Bruxelles, d’attaques dans les médias
nationaux étatiques visant à discréditer cette organisation.
Ce n’est pas la première fois que les autorités togolaises
s’en prennent à des membres de l’ACAT-Togo Déjà en
1999, le président de l’ACAT-Togo de l’époque, Arsène
Bolouvi, avait dû fuir le pays après avoir été
soupçonné d’avoir fourni des informations à Amnesty
International pour son rapport Togo: Etat de terreur.
Même lorsque des membres de la société civile togolaise,
préoccupés par la situation politique du pays, à la
veille de l’élection présidentielle de 2003, ont tenté
de se réunir hors du Togo, les autorités togolaises ont cherché
à empêcher la tenue de telles rencontres. C’est ainsi que
vers la mi-mars 2003, le gouvernement de Lomé a refusé de
parapher l’accord de financement par l’UE d’une réunion de plusieurs
associations togolaises prévue à Dakar, au motif que ce type
de consultations devaient être organisées au Togo. L’objectif
de cette rencontre au Sénégal était de discuter
de la «contribution de la société civile et de la diaspora
pour l’édification de la démocratie, la réhabilitation
et le développement du Togo».
Le gouvernement togolais semble également avoir fait pression
sur les autorités sénégalaises afin que celles-ci
ne permettent pas la tenue de cette réunion. Ainsi, le ministère
de l’Intérieur sénégalais a convoqué, le 17
mars 2003, soit deux jours avant le début de ce colloque, Alioune
Tine, le secrétaire général de l’organisation sénégalaise,
la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO)
qui soutenait cette initiative de la société civile togolaise.
Alioune Tine s’est vu signifier que le gouvernement sénégalais
ne souhaitait pas la tenue de cette rencontre à Dakar. Le lendemain,
le coordinateur de cette réunion, Daniel Komlan, un citoyen togolais,
a été interpellé et maintenu en garde-à-vue
pendant plusieurs heures. Cependant, face à la mobilisation de la
société civile sénégalaise, la réunion
a pu finalement se tenir.
3. 4 Musellement des médias
Les journalistes et media togolais qui ont commenté de manière
indépendante, depuis la signature de l’Accord-cadre de Lomé
en 1999, les dissensions politiques liées au processus électoral
ont, de ce fait, été victimes d’intimidations, d’arrestations
ou d’interdictions.
Le 17 janvier 2003, Abass Saïbou, directeur de publication
de l’hebdomadaire Le Regard, a été convoqué par le
Ministre de la Communication du Togo à la suite d’un article dans
lequel il évoquait une réunion entre le Ministre de la Communication
et ses confrères de la presse privée au cours de laquelle
le cas du journaliste et directeur de publication du Courrier du citoyen,
Sylvestre Nicoué7, arrêté
en décembre 2002, avait été abordé. Deux semaines
plus tard, le 3 février 2003, Abass Saïbou était à
nouveau convoqué cette fois-ci par le Directeur de la sécurité
publique au sujet d’un article dans lequel ce journaliste avait cité
les propos que le Ministre de la Communication, Pitang Tchalla, lui avait
tenu le 17 janvier 2003 dans une réunion où se trouvaient
également des représentants de la Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Le ministre aurait alors reproché
au journaliste de refuser de s’associer à une nouvelle dynamique
de relations entre le pouvoir et les medias voulue par les autorités
et il aurait proféré des propos, que le journaliste a jugés
menaçants à son encontre. Le Ministre s’était senti
diffamé par cet article. A la connaissance d’Amnesty International,
aucune suite judiciaire n’a été donnée à cette
affaire.
En cette période pré-électorale, les autorités
togolaises semblent particulièrement soucieuses de contrôler
toutes les informations qui porteraient atteinte à leur image. En
mars 2003, un journaliste togolais confiait à Amnesty International
que «il ne se passe guère une semaine sans que le Ministre
de la Communication ne convoque un journaliste pour lui demander des comptes
sur un article».
Quelques jours après, un nouvel exemple de harcèlement
de journalistes parvenait à la connaissance d’Amnesty International.
Le 27 mars 2003, Basile Agboh, Directeur de publication de l’hebdomadaire
Akéklé-Scorpion était convoqué par le Ministre
de la Communication pour avoir publié un encart dans lequel il était
fait état de la «suspension jusqu’à nouvel ordre»
des correspondants des médias internationaux au Togo (AFP, BBC,
Reuters et RFI). Cette suspension aurait été motivée
par le mécontentement des autorités qui reprochaient à
ces journalistes de ne pas avoir couvert le forum sur les élections
en Afrique organisé à Lomé quelques jours plus tôt.
A la connaissance d’Amnesty International, cet ordre de suspension des
correspondants des médias internationaux au Togo a été
uniquement prononcé de manière verbale par le Ministre de
la Communication qui l’aurait levé de manière tout aussi
informelle début avril 2003.
Radio France Internationale (RFI) avait déjà été
censurée quelques mois plus tôt lorsque les autorités
avaient décidé en septembre 2002 de brouiller les ondes de
cette radio à la suite de la diffusion d’un entretien avec l’ancien
Premier Ministre togolais, Agbéyomé Messan Kodjo. Celui-ci
avait démissionné avec fracas en juin 2002 en dénonçant
les pratiques autoritaires du gouvernement dans une déclaration
écrite intitulée «Il est temps d’espérer».
Ce n’est qu’en février 2003 que RFI a pu à nouveau être
écoutée en FM au Togo
Au cours des trois premiers mois de l’année 2003, deux
radios privées ont également été empêchées
d’émettre de manière temporaire. C’est ainsi par exemple,
que dans le but d’empêcher la diffusion d’un débat politique
consacré à la future élection présidentielle,
les autorités ont décidé la fermeture, le 28 février
2003, de la radio Tropik FM qui voulait organiser une émission sur
le thème: «Consultation présidentielle: partition ou
boycott?». Deux semaines plus tard, cette radio a été
autorisée à émettre de nouveau.
Si cette dernière interdiction d’émettre a été
relativement courte, une autre radio privée est interdite d’antenne
depuis plus d’un an. Il s’agit de Radio Victoire qui a dû cesser
d’émettre en février 2002 et a vu son matériel de
transmission confisqué. Les responsables de cette radio se sont
vus reprocher d’avoir refusé de mettre fin à deux émissions
de débat ouvertes aux auditeurs. La HAAC avait alors jugé
ces émissions «controversées, conduisant leurs animateurs
à des commentaires passionnés, diffamatoires et discréditant
les autorités constitutionnelles et administratives». Au moment
où le présent rapport est achevé [fin avril 2003],
cette radio n’a toujours pas reçu l’autorisation de reprendre ses
émissions.
Dans un autre cas, le directeur d’une radio religieuse, Radio Maria
a été convoqué par la HAAC, le 4 avril 2003, pour
avoir diffusé à plusieurs reprises une lettre de l’épiscopat
qui regrettait notamment que «des élections législatives
anticipées [aient] été organisées unilatéralement
le 27 octobre 2002, et [que], loin de constituer une solution, elles [aient]
davantage exacerbé la crise politique». La lettre critiquait
également les modifications électorales qui, selon l’épiscopat,
ont enlevé «toute son indépendance et donc toute crédibilité
à la CENI». Les responsables de la HAAC auraient protesté
contre la diffusion répétée de ce message sur les
ondes de Radio Maria mais à ce jour, aucune autre mesure d’intimidation
n’a été exercée sur les responsables de cette radio,
à la connaissance d’Amnesty International.
Plus généralement, au cours des dernières
années, les autorités ont de manière constante et
persistante réprimé ou intimidé les journalistes indépendants
qui refusaient de suivre la ligne politique du gouvernement8.
Cette répression a été accompagnée d’un durcissement
progressif de l’arsenal juridique en matière de médias. Plusieurs
modifications du Code de la presse et de la communication ont été
adoptées depuis l’année 2000 afin d’aggraver les sanctions
visant les journalistes et de restreindre par conséquent la liberté
des médias. En novembre 2002, le Comité des droits de l’homme
des Nations unies s’inquiétait de ces modifications du Code et constatait
«que le Code de la presse et de la communication a été
modifié au cours des deux dernières années dans un
sens particulièrement répressif»9.
Alors que le Code de la presse initialement adopté en 1998 ne
prévoyait notamment que des peines avec sursis pour les délits
contre les institutions et les personnes (par exemple dans le cas d’offense
ou de diffamation de personnalités publiques), la modification de
ce texte intervenue en février 2000 introduisait des sanctions pénales
fermes pour ce type de délits.
En septembre 2002, les parlementaires durcissaient une nouvelle fois
ces sanctions. Par exemple, l’offense au Président de la République
qui était passible d’une peine de un à six mois d’emprisonnement
en l’an 2000 est désormais «punie d’un emprisonnement d’un
(1) à cinq (5) ans sans sursis».
On note que pour ce même délit, la modification du Code
de la presse de février 2000 ajoute comme peine possible «la
suspension de la publication pour une durée d’un (1) à trois
(3) mois». Cette peine a été élargie aux autres
médias dans le cadre de la modification de ce texte en septembre
2002 puisque depuis lors, le juge peut également ordonner la suspension
«de l’organe de communication audiovisuel pour une durée
d’un (1) à trois (3) mois». On voit donc bien que chaque modification
du Code de la presse élargit par cercles concentriques le champ
du pouvoir répressif accordé aux autorités en augmentant
à la fois les peines et le nombre des médias passibles de
suspension.
C’est dans le même esprit que la première modification
du Code de la presse datant de février 2000 a introduit de nouvelles
dispositions octroyant au Ministre de l’Intérieur un pouvoir de
«sanctions administratives» permettant de saisir un journal
par simple décret. Ce pouvoir de saisie par décret est en
totale contradiction avec la constitution togolaise qui dispose que «l’interdiction
de diffusion de toute publication ne peut être prononcée qu’en
vertu d’une décision judiciaire» (Article 26).
La modification du Code en septembre 2002 a encore élargi les
pouvoirs de saisies accordés au Ministre de l’Intérieur.
Le pouvoir de saisie s’étend désormais à «la
diffusion ou la publication d’informations contraires à la réalité
dans le but manifeste de manipuler les consciences ou de déformer
l’information», une définition qui peut être interprétée
de manière très large et conduire à une dérive
répressive.
Au-delà de cet arsenal juridique, les autorités ont également
fait appel au Code pénal afin d’inculper et parfois condamner des
journalistes. Par exemple, en juin 2002, Basile Agboh et Maurice Atchinou,
respectivement directeur de publication et rédacteur-en-chef
de l'hebdomadaire Akéklé-Scorpion, ont été
arrêtés par les forces de sécurité. Leur journal
avait publié un article rapportant que le fils du chef de l’Etat,
Ernest Gnassingbé, aurait proféré des menaces de mort
à l’encontre du Premier Ministre togolais d’alors, Agbéyomé
Kodjo. Ernest Gnassingbé a porté plainte contre le journal
pour atteinte à l’honneur10. Le directeur
de publication du journal le Tambour, Eric Johnson, qui a également
publié un article sur ce sujet, aurait également été
recherché par les forces de sécurité. A la connaissance
d’Amnesty International, cette personne n’a pas été inquiétée
par la suite.
Les autorités ont même condamné des journalistes
à des peines de prison ferme. En septembre 2002, deux journalistes,
Julien Ayi, directeur de publication de l’hebdomadaire Nouvel Echo et Névamé
Klu, rédacteur en chef de ce journal, ont été condamnés
pour «atteinte à l’honneur» à la suite de la
publication d’un article faisant état de la fortune supposée
du Chef de l’Etat. Julien Ayi a été condamné en première
instance à quatre mois de prison ferme, peine portée à
six mois en appel. Névamé Klu a été condamné
par contumace à six mois d’emprisonnement.
Amnesty International s’inquiète du recours à l’emprisonnement
ferme de journalistes qui n’ont fait qu’exercer de manière
pacifique leur droit à la liberté d’expression. Pour sa part,
dans son rapport de janvier 2000, le rapporteur spécial des Nations
unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté
d’opinion et d’expression a eu l’occasion de rappeler que «l’emprisonnement
en tant que sanction de l'expression pacifique d'une opinion constitue
une violation grave des droits de l'homme»11.
Les autorités ont également exercé des pressions
sur des responsables d’organes de presse proche du pouvoir. C’est ainsi
que le 24 juillet 2002, Apollinaire Mewenemesse, ancien directeur de publication
de l’hebdomadaire La Dépêche, un journal proche du gouvernement,
a été arrêté à Kara et conduit à
Lomé à la Sûreté nationale où il a été
interrogé par le Ministre de l’Intérieur et le directeur
de la Sûreté qui recherchaient des détails sur un article
paru dans son ancien journal et intitulé: «Le député
Péré déjoue une conspiration tendant à l’impliquer
dans les préparatifs d’un coup d’état au Togo»12.
Les autorités togolaises ignoraient apparemment que M. Mewenemesse
n’était plus directeur de la rédaction de ce journal et elles
l’ont libéré sans inculpation le 27 juillet 2002 mais en
exigeant de lui qu’il retrouve l’actuel directeur de publication de La
Dépêche. Amnesty International n’a pas eu connaissance de
la suite donnée à cette affaire.
Ces intimidations persistantes de journalistes ont été
dénoncées par l’Association togolaise des éditeurs
de presse privée (ATEPP) qui, en mai 2002, à l’occasion de
la journée internationale de la liberté de la presse,
écrivait dans un «Memorandum sur les crimes contre la
presse indépendante au Togo»:
«Les autorités togolaises n’hésitent pas
à harceler et à menacer verbalement les directeurs de publication
de la presse indépendante qu’elles enjoignent parfois de démentir
des informations vraies ou de révéler les sources de leurs
informations les contraignant parfois à bafouer les règles
déontologiques.»
En matière de censure, les autorités ont eu largement
recours aux saisies de journaux par décision administrative. Cette
pratique a été grandement facilitée par les deux modifications
du Code sur la presse de février 2000 et de septembre 2002 qui,
en laissant cette décision à la discrétion du Ministre
de l’Intérieur, ont ouvert la voie à un moyen rapide et efficace
de museler les medias.
Dans son Memorandum de mai 2002, l’ATEPP affirmait que depuis
la modification du Code de la presse de février 2000, «le
ministre de l’Intérieur a ordonné vingt-quatre (24) saisies
de publications».
Amnesty International pour sa part a recensé une
dizaine de cas depuis le début de l’année 2002. C’est ainsi
que pour le seul mois d’avril 2002, l’organisation a comptabilisé
sept saisies de journaux. Certains journaux ont été saisis
parce qu’ils évoquaient la situation des droits humains au Togo.
C’est le cas de La Tribune du Peuple, dont l’édition du 4 avril
2002 a été saisie parce qu’elle faisait état du témoignage
d’une personne torturée par les forces de l’ordre. Quatre journaux
ont été saisis dans les jours et semaines qui ont suivi uniquement
pour s’être fait l’écho de la lettre de l’ancien président
de l’Assemblée nationale, Maurice Dahuku Péré, critiquant
le fonctionnement interne du parti au pouvoir.
Le 18 novembre 2002, au matin, des membres des forces de l’ordre
se sont rendus, sur ordre du Ministre de l’Intérieur, à l’imprimerie
où était produit l’hebdomadaire Motion d’Information pour
en saisir tous les exemplaires avant sa mise en vente. Ce journal
avait déjà vu ses trois numéros précédents
être saisis dans les mêmes conditions. Il semble que les autorités
se soient acharnées contre ce journal notamment à la suite
d’un article intitulé, «En attendant le vote des bêtes
sauvages» qui critiquait le déroulement des dernières
élections législatives13.
Ces saisies ont entraîné dans certains cas l’arrestation
de personnes en charge de la distribution de ces journaux. C’est ainsi
qu’en avril 2002, deux personnes ont été arrêtées
alors qu’elles étaient en train de diffuser des exemplaires du journal
Le Regard dans lequel était critiquée la décision
de la Commission des Nations unies de mettre un terme à l’examen
du Togo sous la procédure confidentielle 1503.
Dans leur volonté de contrôler tout discours jugé
non-conforme à leurs vues, les autorités ont également
censuré certains sites Internet en empêchant leur accès
depuis le Togo. Cette mesure semble avoir été prise à
partir de septembre 2002 lorsque le site d’information letogolais.com a
publié un entretien avec l’ancien premier ministre, Agbéyomé
Kodjo, aujourd’hui en exil qui critiquait le fonctionnement du pouvoir
politique au Togo. A la même époque, les autorités
ont également empêché l’accès depuis le Togo
à d’autres sites dont celui de l’UFC.
4. CONCLUSION
Conscientes que les modifications unilatérales du code électoral
et de la Constitution ont provoqué un très fort mécontentement
au sein des partis politiques de l’opposition et de larges couches de la
société civile y compris l’épiscopat, les autorités
togolaises semblent bien décidées à ne permettre aucune
critique de leur politique. Constamment sur le qui-vive, les autorités
ont mis en place une police de la pensée qui traque, à tous
les stades de la production, l’émergence d’une opinion dissidente,
que celle-ci s’exprime dans le cadre de partis politiques ou d’associations,
dans les colonnes d’un journal, sur les ondes radiophoniques ou même
sur les sites Internet.
Militants de partis d’opposition, défenseurs des droits humains
ou simples membres de la société civile, journalistes, imprimeurs,
distributeurs de tracts ou de journaux, personne au Togo ou même
à l’étranger comme on l’a vu dans le cas de la réunion
de Dakar en mars 2003, ne peut espérer émettre une opinion
dissidente sans crainte de représailles ou d’intimidations.
Plus de dix ans après la tenue d’une conférence nationale
qui devait permettre l’avènement de la démocratie et du respect
des droits humains, la population togolaise assiste dans un dénuement
économique grandissant à des querelles de pouvoir incessantes
et à une série de crimes impunis. L’enjeu de l’élection
présidentielle à venir est capital. Si toutes les opinions
politiques ne peuvent s’exprimer librement, comme il est fortement à
craindre vu l’intensification de la répression depuis le début
de l’année 2003, le risque est grand de voir des troubles qui pourraient
à nouveau ensanglanter le pays. Dans ce contexte, la responsabilité
de la communauté internationale et notamment celle de la France,
est grande. Des pressions doivent être exercées auprès
de toutes les parties prenantes à l’élection présidentielle
afin que les droits humains soient respectés. Dans le cas contraire,
le pays pourrait sombrer dans le chaos.
5. RECOMMANDATIONS
5.1 Aux autorités togolaises
-
libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers
d’opinion, notamment Marc Palanga et Mazama Katassa
-
mettre fin immédiatement à la torture dans le pays conformément
à la Convention des Nations unies contre la torture dont le Togo
est un état signataire, et en particulier, mettre en place «des
formations régulières et spécifiques (…) notamment,
en matière de lutte contre la torture et les traitements inhumains
et dégradants» préconisée par le Comité
des droits de l’homme des Nations unies dans ses observations finales en
novembre 2002
-
ouvrir une enquête impartiale, indépendante et exhaustive
sur les allégations de torture perpétrées par les
forces de l’ordre togolaises et traduire en justice les personnes responsables
-
mettre un terme à toute intimidations, harcèlements et menaces
contre les journalistes et revoir le Code de la presse et de la communication,
pour le mettre en conformité avec l’article 19 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques (le Pacte) ainsi qu’avec la Constitution
togolaise
-
assurer que les défenseurs des droits humains au Togo, notamment
les membres de l'ACAT- Togo puissent travailler sans crainte d'arrestation
et d'intimidation conformément à la Déclaration sur
les droits et responsabilités des individus, groupes et organes
de la société à promouvoir et protéger les
droits et libertés fondamentaux universellement reconnus, adopté
par l’Assemblée Générale des Nations unies le 10 décembre
1998.
-
mettre en œuvre les recommandations du Comité des droits de l’homme
contenues dans les observations finales de novembre 2002, qui demande notamment
aux autorités togolaises de «garantir la sécurité
de tous les membres de la société civile, notamment les membres
de l’opposition, lors des prochaines élections».
-
rétablir le droit de réunion pacifique et garantir son exercice
dans la pratique sans restrictions abusives, conformément à
l’article 21 du Pacte.
5.2 A la communauté internationale
-
faire pression sur les autorités togolaises afin de libérer
immédiatement et sans condition les prisonniers d’opinion, faire
cesser les tortures et faire respecter leurs engagements internationaux
en matière de lutte contre la torture.
-
faire pression sur les autorités togolaises pour faire cesser les
restrictions à la liberté d’expression, garantir la jouissance
sans entrave de la liberté de réunion pacifique et permettre
à toutes les parties aux élections un accès libre
et égal aux médias nationaux.
-
demander notamment à l’UE et l’Organisation Internationale de la
Francophonie, d’assister les autorités togolaises afin de mettre
le code de la presse et de la communication en conformité avec les
standards internationaux.
-
souligner, lors des contacts avec les autorités togolaises, la nécessité
de garantir la sécurité des défenseurs des droits
humains, y compris des membres de l’ACAT-Togo et d’assurer que les défenseurs
des droits humains au Togo puissent travailler sans entrave ni crainte
d’arrestations et d’intimidations.
-
demander à l´UE, à travers ses représentants
dans les pays tiers, d´accorder une attention particulière
à la sécurité des défenseurs des droits humains
au Togo.
-
demander en particulier à l’UE de mettre en place un système
efficace de protection temporaire ou permanente des défenseurs des
droits humains menacés de violations des droits humains dans leur
pays d’origine ou dans les pays voisins.
Annexe: Attaques contre les médias depuis 2002
| 5 février 2002 |
Radio Victoire |
Radio Victoire Fermeture de la radio sur
décision de la HAAC, pour avoir refusé de mettre fin à
deux émissions de débat ouvertes aux auditeurs. |
| 25 février |
Radio Lomé |
Mise à pied d’un journaliste suite à un reportage faisant
état d’inscriptions sur les pancartes lors d’une manifestation. |
| 4 avril |
Tribune du Peuple |
Saisie du journal faisant état du témoignage d’une personne
torturée par les forces de l’ordre. |
| 8 avril |
Motion d’information |
Saisie du journal, à la suite de la parution d’un article concernant
des étudiants qui ont fui au Bénin après avoir reçu
des menaces au Togo. |
| 9 avril |
Le Regard |
Saisie du journal à la suite d’un article critiquant la décision
de la Commission des droits de l’homme des Nations unies de clore
l’examen du Togo sous la procédure confidentielle 1503. Le directeur
de publication Abass Saïbou a du partir en clandestinité.Arrestation
et brève détention de deux distributeurs. |
| 9 avril |
Tribune du Peuple |
Saisie du journal à la suite d’un article concernant une réunion
tenue par le Chef de l’Etat. |
| 16 avril |
Le Regard |
Saisie du journal à la suite de la parution d’un article reprenant
la déclaration de Maurice Dahuku Péré, député,
membre à l’époque du Comité central du parti au pouvoir,
le RPT et ancien Président de l’assemblée nationale.
Ce texte critiquait les méthodes du RPT et appelait à un
changement de mentalités au sein de la classe politique. |
| 22 avril |
Combat du Peuple |
Saisie du journal, pour avoir repris la déclaration de Maurice
Dahuku Péré. |
| 22 avril |
Motion d’Information |
Saisie du journal, pour avoir repris la déclaration de Maurice
Dahuku Péré |
| 5 juin |
Akéklé-Scorpion |
Arrestation de Basile Agboh, directeur de publication et Maurice Atchinou,
rédacteur-en-chef. Basile Agboh a été inculpé
de"publication d’informations contraires à la réalité
dans le but de porter atteinte à l’honneur d’autrui", à la
suite d’un article mettant en cause l’un des fils du Chef de l’Etat, qui
aurait proféré des menaces de mort à l’encontre du
premier ministre togolais d’alors, Agbeyomé Messan Kodjo. |
| 5 juin |
Le Tambour |
Eric Johnson, directeur de publication recherché par les forces
de sécurité pour avoir publié ces mêmes informations. |
| 24 juillet |
La Depêche |
Arrestation d’Appolinaire Esso-we Méwénémessé
, ancien directeur de publication parce que son ancien journal avait publié
un article intitulé: «Le député Péré
déjoue une conspiration tendant a l’impliquer dans les préparatifs
d’un coup d’Etat au Togo». Appolinaire Esso-we Méwénémessé
a été relâché trois jours plus tard. |
| 24 juillet |
Radio Nana FM |
Convocation du Directeur à la suite d’une une émission
sur l’éducation sexuelle. L’émission a été
suspendue. |
| 2 août |
Agoo Na Mi |
Saisie de l’édition contenant un article sur la fortune supposée
du Président Eyadéma. Le gouvernement a porté plainte
pour «diffusion de fausses nouvelles». |
| 3 août |
Nouvel Écho |
Saisie de l’édition contenant un article sur la fortune supposée
du Président Eyadéma. Le gouvernement a porté plainte
pour «diffusion de fausses nouvelles». |
| 6 août |
Nouvel Écho |
Arrestation du directeur de publication, Julien Ayi, pour avoir évoqué
dans son journal la fortune supposée du Président Eyadéma.
Les forces de sécurité ont également cherché
à arrêter Névamé Klu, rédacteur en chef
de ce journal. |
| 12 septembre |
Nouvel Écho |
Condamnation de Julien Ayi à quatre mois d’emprisonnement pour
«atteinte à l’honneur».Condamnation par contumace de
Névamé Klu à six mois d’emprisonnement pour «atteinte
à l’honneur». |
| 21 octobre |
Motion d’information |
Saisie du journal pour avoir publié un article intitulé,
«En attendant le vote des bêtes sauvages». |
| 5 novembre |
Tribune du Peuple |
Arrestation du directeur de la rédaction Siliadin Kodjo pour
avoir dénoncé la répression de la manifestation interdite
du 28 septembre organisée par l’opposition. Libéré
le jour même suite à l’intervention des éditeurs de
presse. |
| 5 décembre |
Nouvel Écho |
La peine d’emprisonnement de Julien Ayi est portée à
six mois en appel. |
| 26 décembre |
Courrier du citoyen |
Arrestation du directeur de publication, Sylvestre
Nicoué pour avoir publié un article intitulé, ««Empêcher
Eyadéma de gouverner». Toujours détenu à
l’heure où ce document est achevé |
| 17 janvier 2003 |
Le Regard |
Convocation du directeur de publication, Abass Saibou, par le ministre
de la Communication, à la suite d’un article sur une réunion
de la presse convoquée par ce même ministre. |
| 30 janvier |
Radio Nana FM |
L’émetteur de cette radio a été saisi par les
forces de l’ordre sans aucun motif apparent. |
| 2 février |
Le Regard |
Convocation du directeur de publication, Abbass Saibou, par le
Directeur de la sécurité publique à la suite d’un
article dans lequel le ministre de la Communication se sentait diffamé. |
| 28 février |
Radio Tropik FM |
Fermeture sur ordre de la HAAC de cette radio à la veille d’un
débat qui devait avoir lieu sur le thème «Consultation
présidentielle: participation ou boycott?». Cette station
a été autorisée à émettre à nouveau
deux semaines plus tard. |
| 25 mars |
AFP, RFI, Reuters, BBC |
Suspension des correspondants de l’AFP, RFI, BBC et Reuters jusqu’à
nouvel ordre décidée par le Ministre de la Communication
qui leur reprochait de ne pas avoir couvert un forum tenu à Lomé
sur le processus démocratique en Afrique. Suspension levée
de manière orale quelques jours plus tard. |
| 27 mars |
Akéklé-Scorpion |
Convocation du directeur de publication, Basile Agboh, par le
Ministre de la Communication à la suite de la publication d’un article
faisant état de la suspension des correspondants étrangers.
Après l’avoir fait attendre deux heures, le Ministre est parti sans
le recevoir. |
| 4 avril |
Radio Maria |
Convocation du directeur de la radio par la HAAC qui lui a reproché
d’avoir retransmis à plusieurs reprises le texte d’une lettre de
l’épiscopat qui critiquait notamment les récentes modifications
électorales. |
1«Memorandum sur les crimes contre
la presse indépendante au Togo» , publié par l’Association
togolaise des éditeurs de presse privée (ATEPP) en mai 2002.
2Le 10 avril 2003, un décret annonçait
que l’élection présidentielle se tiendrait le 1er juin 2003.
3Voir Accord-cadre de Lomé, signé
le 29 juillet 1999.
4Voir notamment le communiqué de presse
publié par Amnesty International le 26 novembre 2001 et intitulé:
Togo: Le Président Eyadéma doit libérer les prisonniers
d’opinion, (Index AI: AFR 57/019/2001)
5Voir le communiqué de presse publié
par Amnesty International le 12 août 2002 Togo: Amnesty International
demande la libération de Claude Améganvi et deux autres prisonniers
d’opinion (Index AI: AFR 57/008/2002)
6UN Document CCPR/CO/76/TGO
7Sylvestre Nicoué, journaliste au
Courrier du citoyen, avait publié, fin décembre 2002,
un article intitulé «Empêcher Eyadéma de gouverner».
Sylvestre Nicoué est toujours détenu à l’heure où
ce document est achevé. Amnesty International a demandé aux
autorités les raisons de sa détention mais n’a pas reçu
de réponse à ce jour.
8Voir en annexe la liste non exhaustive des
cas d’atteinte à la liberté de la presse depuis le début
de l’année 2002.
9Observations finales du Comité des
droits de l’homme, Togo, CCPR/CO/76/TGO, 11 novembre 2002
10Maurice Atchinou a été libéré
au lendemain de son arrestation. Quant à Basile Agboh, il a été
inculpé de"publication d’informations contraires à la réalité
dans le but de porter atteinte à l’honneur d’autrui" et déféré
à la prison civile de Lomé. Il a été libéré
de manière provisoire après plus de deux mois passés
en détention. Voir le communiqué publié par Amnesty
International le 7 juin 2002 Togo: Nouvelles attaques contre la liberté
de la presse (AI Index AFR 57/007/2002)
11UN Doc E/CN.4/2000/63, 18 janvier 2000
12En avril 2002, Maurice Dahuku Péré,
député et membre du Comité central du parti gouvernemental,
le Rassemblement du Peuple togolais (RPT) avait critiqué les pratiques
de son parti et avait appelé à un changement de mentalités
au sein de la classe politique.
13Le titre de cet article fait référence
à un roman célèbre de l’écrivain ivoirien,
Ahmadou Kourouma, qui met en scène une personnage imaginaire de
dictateur-président à qui son griot prédit une victoire
électorale en ces termes: «Vous briguerez un nouveau mandat
avec la certitude de triompher, d’être réélu.
Car vous le savez, vous êtes sûr que si d’aventure les hommes
refusent de voter pour vous, les animaux sortiront de la brousse, se muniront
de bulletins et vous plébisciteront.» Ahmadou Kourouma
«En attendant le vol des bêtes sauvages», Paris, Editions
du Seuil, 1998, p.358.