TOGO
- TRANSITION DÉMOCRATIQUE BLOQUÉE
Publié
Morten Hagen and Michelle Spearing; Londres, 28 Novembre 2000
Centre for
Democracy & Development (CDD)
email: morten@cdd.org.uk
website: www.cdd.org.uk
(Traduit de
l'anglais par Mamoudou Gazibo)
Introduction
Les causes historiques
de la crise politique actuelle
Pourquoi Eyadéma
était-il intervenu?
L'économie
L'éducation
La conférence
nationale
Les droits de
l'Homme
Les missions ONU/OUA
Rassemblement du
Peuple Togolais - RPT
Les prétendants
au trône
La situation politique
actuelle
Le circuit du Togo
Les défis
de l'avenir
Références
INTRODUCTION
Le Togo est présentement à
la croisée des chemins en raison de l'annonce de Eyadéma
de son intention de quitter le pouvoir aux prochaines élections
présidentielles de 2003.
La situation politique est actuellement
caractérisée par la cooptation, l'intimidation et l'élimination
des principaux acteurs de l'opposition. Le président Eyadéma
est originaire d'un groupe ethnique minoritaire Kabré au Nord du
pays alors que l'opposition est issue du groupe ethnique sudiste Ewé.
La population togolaise comprend trente
six groupes ethniques mais se caractérise par un clivage Nord-Sud.
La population du Sud est dominée par les Ewé qui représentent
45% de la population togolaise. On peut identifier également d'autres
groupes ethniques notamment les Mina (venus du Ghana au 17è siècle),
les Ana (originaires de la migration Yoruba du Sud-Ouest du Nigeria vers
le Togo à partir du 13è siècle), Les Akposso (producteurs
du café et cacao du plateau dans la région Ouest de Atakpamé),
et les Bassar (au centre du pays). Le Nord est quant à lui peuplé
majoritairement des Kotokoli et des Kabré faisant environ 30% de
la population dont la plupart sont des pauvres paysans vivant dans les
régions de Sokodé, Bafilo et Kara. Le Nord abrite également
les Lamba, Les Losso et les Tchokossi (musulmans venus de la Côte
d'Ivoire au cours du 18è siècle. Les Ewé, Mina et
Ana forment l'élite commerciale, politique et intellectuelle du
Togo. Du fait de leur proximité des côtes, ils étaient
les premiers à être en contact avec les marchands européens
et ont par la suite plus bénéficié des avantages commerciaux
et éducatifs par rapport au Nord. Avec l'avènement de la
colonisation, ils ont alors été recrutés pour assurer
les fonctions administratives qualifiées de nécessaires à
la gestion efficace de l'Etat colonial.
Parmi les populations du Nord, plusieurs
groupes ethniques sont venus du Burkina au cours du 17è et 18è
siècles et se sont, tout au long de leur progression, mixés
avec les populations locales. Malgré la politique de développement
de Eyadéma, beaucoup de Nordistes vivent encore d'une agriculture
de subsistance. On peut également citer parmi eux des Hausa-Fulani.
LES
CAUSES HISTORIQUES DE LA CRISE POLITIQUE ACTUELLE
Le territoire qu'occupe le Togo actuel,
autrefois situé entre les deux puissants empires d'Ashanti (Ghana)
à l'Ouest et Dahomey (Bénin) à l'Est possède
une riche histoire. Le royaume d'Oyo du Sud-Ouest du Nigeria a atteint
les confins sud du Togo actuel à travers le Dahomey lors de son
apogée au 19è siècle. Cependant, contrairement aux
autres pays de l'Afrique de l'Ouest qui étaient sous l'influence
européenne depuis le 16è siècle, le Togo a été
laissé à lui même jusqu'à la fin du 19è
siècle. Les régions côtières du pays, les premières
à être découvertes par les Européens au 15è
siècle ont néanmoins été utilisées pour
le commerce d'esclaves à travers les ports de Kéta et Aného.
En 1884, une délégation allemande conclu un accord avec un
Chef local, menant finalement à la colonisation d'un long mais minuscule
morceau de terre allant vers le Nord jusqu'aux alentours du fleuve Niger,
bien qu'elle ne soit jamais allée aussi loin car la construction
d'un pont d'appui sur le fleuve était l'un des objectifs majeurs
du pouvoir colonial allemand.
Pendant la première guerre mondiale,
les forces alliées franco-anglaises ont marqué leur première
victoire sur les Allemands par la conquête du Togo en 1914. A la
fin de la guerre, le Togo a été divisé en deux protectorats
placés l'un sous le contrôle de la France et l'autre sous
le contrôle du Royaume Uni. La partie Ouest était ainsi administrée
par les britanniques à partir de la Gold Coast (Ghana) et l'Est
(correspondant au Togo actuel) devint un territoire français. Ce
partage a fendu le groupe ethnique Ewé en deux et déclencha
par ce fait le nationalisme Ewé dégageant des tendances prônant
l'unification sous la coordination du Comité de l'Unité Togolaise
(CUT) présidé par Sylvanus Olympio. Après le référendum
de 1956, la partie britannique a été officiellement rattachée
à la Gold Coast. La France organisa alors rapidement des élections
qui firent du Togo une république autonome mais membre de la communauté
française. Craignant des ambitions britanniques sur la partie française
et les idées panafricanistes de Nkrumah de la Gold Coast, les Français
ont favorisé l'arrivée au pouvoir de leur allié, le
conservateur Nicolas Grunitzki en 1956. Sa victoire a aussi été
facilitée, en partie, par l'alliance entre son parti, le Parti Togolais
du Progrès (PTP) et l'Union des Chefs et des Populations du Nord
(UCPN).
Après la chute de la République
autonome de Grunitzky en 1958, le Président Sylvanus Olympio devint
le premier président du Togo indépendant en 1960 à
la suite des élections supervisées par les Nations Unies.
Celui-ci adopta une politique étrangère non alignée
et s'efforça de conduire son pays vers une indépendance économique
vis à vis de la France. Ses tentatives furent cependant marquées
que par une courte période de prospérité menant à
une accentuation de l'opposition populaire à son régime.
Ces différends avec NKrumah du Ghana provoqués par leurs
divergences sur l'unification Ewé ont entre temps causé la
fermeture de la frontière entre les deux pays. Cela a davantage
détérioré les conditions de vie des commerçants
de Lomé et des alentours. Ainsi, son goût de plus en plus
prononcé pour l'autoritarisme matérialisé par la transformation
en 1962 de son parti, le CUT, en parti unique, son insouciante politique
économique austère et son anti-militarisme vont plus tard
paver la voie au coup d'Etat de Eyadéma en 1963.
POURQUOI
ÉYADÉMA ÉTAIT-IL INTERVENU ?
Eyadéma était rentré
en 1963 de la guerre d'Algérie où il avait combattu avec
d'autres soldats togolais aux côté des Français contre
les indépendantistes algériens. Ils n'ont cependant pas été
réintégrés dans l'armée togolaise à
cause de ce que Olympio qualifiait de trahison envers un mouvement de libération
africain. Ce refus a été largement perçu comme étant
moins lié à leur participation à la guerre d'Algérie
qu'à leur appartenance nordiste. Une analyse rétrospective
permettrait de constater que Olympio avait commis la cruciale erreur de
forcer ces soldats avec leurs fraîches expériences du combat
à retourner dans la misère du Nord.
Les facteurs socio-économiques
ont certainement amené les soldats nordistes à entreprendre
une action militaire contre le régime. Les populations côtières
du Sud à dominance Ewé ont naturellement établi des
relations plus étroites avec les Européens et s'adaptèrent
à leur influence économique et social. Le Nord quant à
lui demeura hostile à la domination coloniale et finit par être
marginalisé du processus de développement. Le clivage Nord-Sud
s'est cristallisé pendant la colonisation, engendrant des hostilités
ethniques, sociales, économiques ainsi qu'un ressentiment mutuel
entre les deux régions. Les soldats frustrés ont fini par
trouver une cible pour leur ressentiment parmi les riches Ewé ainsi
que les anciens esclaves venus du Brésil. Le premier Coup d'État
de 1963 organisé par Eyadéma renversa le gouvernement de
Olympio et ramena Grunitzky au pouvoir. La première action prise
par ce nouveau régime fut la réintégration dans l'armée
togolaise des ex. combattants de l'Algérie triplant de ce fait les
effectifs de l'armée tout en provoquant d'énormes dépenses
militaires supplémentaires.
Le second mandat de Grunitzky a été
affecté par des clivages politiques, des problèmes économiques
et finalement les manifestations populaires de 1966 présageant une
autre intervention militaire. Eyadéma avait essayé pendant
quatre ans de se constituer activement une assise au sein de l'armée
et s'éleva rapidement du grade de Sergent administratif à
celui de Général quatre étoiles en 1976. Il observa
passivement la lente déchéance du régime qu'il avait
mis en place en 1963 et, à travers elle, le vide que les politiciens
civils désemparés créent autour du pouvoir, que l'armée
pouvait rapidement remplir. Eyadéma a réussi ainsi, sans
beaucoup de peines, à amener l'armée à reprendre le
pouvoir le 13 janvier 1967 soit exactement quatre ans après le meurtre
de Sylvanus Olympio en 1963. Il adopta par la suite l'usage de la force
brute comme style de gouvernement. En août 1967, trois mois après
le Coup d'état, Eyadéma se proclama président, supprima
les partis et gouverna par décret pendant quatre ans. Le culte de
sa personnalité a été fermement établi quand
il sortit deux fois indemne de crashs aériens qu'il avait vécus
en 1974. Bénéficiant du soutien de l'armée et disposant
de deux brigades de sécurité personnelles à savoir
la gendarmerie paramilitaire et la garde présidentielle, Eyadéma
semblait bien pouvoir exercer un contrôle absolu sur le processus
politique du Togo.
La récession économique
est le talon d'Achille des dictatures. Le Togo fut ainsi à partir
de 1990 atteint de plein fouet par la crise économique résultant
de la mauvaise gestion interne de l'économie combinée aux
contraintes économiques extérieures. La fin de la guerre
froide a aussi provoquée la disparition de l'aide attribuée
au Togo pour maintenir l'équilibre géostratégique.
Cela a affaibli la capacité du régime à poursuivre
le patronage économique. Ainsi, face à l'incapacité
matérielle du régime à opérer efficacement
par la cooptation, Eyadéma s'adonna à la répression.
Les difficultés économiques et l'affaiblissement des relations
clientélistes ont favorisé l'émergence en 1990 d'un
mouvement togolais pour la réforme dirigé par une élite
frustrée. L'effervescence démocratique qui s'en est suivie
a été influencée par les vagues de démocratisation
secouant l'Afrique après la révolution des ''Velvet'' en
Europe de l'Est, la chute du mur de Berlin en 1989 mais surtout l'expérience
démocratique en cours dans le Bénin voisin.
Depuis 1990, les forces armées
(y compris ses deux brigades de sécurité, la garde présidentielle
et la gendarmerie) constituent le seul moyen dont dispose Eyadéma
pour se maintenir au pouvoir. La Sûreté Nationale, unité
chargée de surveiller les tendances subversives au régime
n'inspire plus confiance à Eyadéma, du fait de la prédominance
des officiers sudistes en son sein. Celui-ci mit par conséquent
en place, des dispositifs personnels de sécurité subdivisés
en Brigade de Recherche et Brigade de Vigilance. La tâche officielle
confiée au premier est celle de rassembler des informations sur
des sources potentielles d'opposition aussi bien à l'intérieur
qu'à l'extérieur du Togo. Quant au second, son rôle
officiel est de surveiller les activités subversives potentielles
à Lomé. Les tâches officieuses comprennent le harcèlement
de l'opposition et les exécutions extrajudiciaires ou arrestations.
L'ÉCONOMIE
L'économie togolaise repose sur
l'exportation du phosphate, du coton , du cacao et du café ainsi
qu'un secteur commercial dynamique. La plupart des plantations de café,
de cacao et de coton se trouvent à l'Ouest dans les régions
montagneuses vers la frontalière du Ghana. Ces trois produits d'exportation
représentent environ 20% de la production agricole du pays. La savane
boisée dans la région centrale est aussi fertile et sert
pour la production vivrière. Le paysage des régions du Nord
correspondant à la savane sèche se prête à l'élevage
du bétail. Le plus important produit d'exportation est néanmoins
le phosphate provenant des mines situées à proximité
des côtes et dont l'extraction représente environ 20% du PIB
du pays mais n'employant cependant qu'un peu plus de 10% de la main d'œuvre.
Et bien que le cours du phosphate sur les marchés mondiaux
soit inférieur à ce qu'il était lors du boom de 1974,
les recettes d'exportations ont augmenté ces dernières années
à cause d'une hausse de la production. Il en est de même pour
le coton.
L'économie togolaise est restée
pendant longtemps tout à fait solide contrairement à celle
des autres pays de la région. Cela est probablement lié au
fait que la France avait œuvré pendant des années pour maintenir
la respectabilité et la légitimité du régime
Eyadéma. La signature des premiers accords entre les ACP et les
pays de l'Europe en 1975 à Lomé a donné au Togo l'image
d'un centre de conférence internationale. L'entretien du mythe d'un
Togo politiquement légitime et économiquement viable par
la France peut témoigner du grand intérêt que celle-ci
porte à la stabilité politique par rapport à la démocratisation.
Si cette vicieuse personnalisation de la coopération dans les domaines
culturel, militaire et économique pouvait s'expliquer dans le contexte
de la guerre froide, sa poursuite devient plus difficile à justifier
après 1989. Le peuple togolais continue à souffrir parce
que la France n'arrive pas à assumer sa part de responsabilité
dans la survie de ce régime brutal et dictatorial.
L'économie togolaise a connu
trois phases de développement distinctes depuis le début
de la période coloniale en 1884. La première phase remonte
à la période coloniale (1884-1914) pendant laquelle les infrastructures
de base ainsi que l'industrialisation ont été introduites
résultant de la volonté des Allemands de faire du Togo une
colonie autosuffisante. L'agriculture vivrière s'est développée
au Sud servant à l'exportation de café, de cacao, d’huile
de palme et de coton. Leur livraison a été facilitée
par la construction des trois premières lignes de chemin de fer
du Togo. Le taux de scolarisation de base est passé de 9% en 1914
à 72% en 1990. On assista cependant à un ralentissement de
cet élan et l'économie stagna entre 1920 et 1940 (pendant
l'entre deux guerres) suite à la partition franco-anglaise de la
colonie après la première guerre mondiale et la récession
globale des années 30.
La seconde phase de la croissance arriva
après la deuxième guerre mondiale, la partie occidentale
étant rattachée à la Gold Cost britannique et la partie
orientale bénéficiant de l'assistance française au
développement.
La troisième phase commença
avec le boom soudain du phosphate en 1974. En effet, la montée des
cours de phosphate sur les marchés mondiaux a permis au Togo de
quintupler ses recettes d'exportation du phosphate. La France et l'Allemagne
augmentèrent leur volume d'aide au développement attribué
au Togo en 1970. Alimentée également par le boom à
court terme du phosphate, l'économie togolaise renoua avec la croissance
vers la fin des années 70 provoquant l'émergence des entreprises
aussi bien publiques que privées dans le secteur commercial. Les
politiques économiques libérales adoptées par le régime,
en dépit de son autoritarisme, ont favorisé l'épanouissement
du commerce transfrontalier et de la contrebande ce qui a non seulement
stimulé des nouvelles initiatives mais aussi permis d'introduire
pour la première fois une politique de développement au Nord.
Le boom de l'économie résultant
de la hausse des cours du phosphate entre 1974 et 1976 a paradoxalement
engendré la faillite de l'économie à cause de la nationalisation
de la plupart des industries du pays. La Compagnie Togolaise des Mines
du Bénin (COMITAB), société qui s'occupe de l'extraction
du phosphate fut créée en 1957 et avait une importance considérable
du point de vue stratégique. Mais elle a été nationalisée
en 1974 suite aux allégations de Eyadéma faisant état
de l'intention que ses responsables auraient eu de porter atteinte à
sa vie pour échapper à la nationalisation. En plus, les nominations
à la tête des entreprises étatiques érigées
en instrument de gratification des alliés du régime au mépris
du mérite ont engendré l'inefficacité dans la gestion
et l'accumulation des dettes extérieures. Cela poussa Eyadéma
à recourir à l'assistance du FMI et de la Banque Mondiale.
Les mauvaises prévisions du régime fondées sur une
hausse continue du cours des phosphates ont laissé le Togo avec
une économie au bord du gouffre au début des années
80, une accumulation de la dette extérieure ainsi que l'austérité
économique prônée par les conditionnalités de
la Banque Mondiale et du FMI. L'exécution des programmes d'ajustement
structurel introduits au Togo dans les années 80 a cependant reçu
les bonnes appréciations de la Banque Mondiale notamment en matière
de privatisation des industries que Eyadéma avait nationalisées
auparavant à coûts de crédits. Les privations économiques
endurées par les populations intensifiées par l'augmentation
du chômage ont contribué à fortifier davantage les
forces de l'opposition. Cette tendance découle également
de la frustration des déshérités du Sud vis à
vis des Nordistes considérés comme les bénéficiaires
du régime de Eyadéma.
D'une manière générale,
la politique économique libérale menée par le Togo
(en dehors de la série de nationalisations au milieu des années
70) et la bonne réputation qu'il avait acquise du fait de sa bonne
application des conditionnalités imposées par la Banque Mondiale
et le FMI ont permis à Eyadéma de garder des relations internationales
relativement bonnes pendant des années en dépit de sa brutalité
envers les citoyens qu'il gouverne.
Remarquons que la réduction des
dépenses publiques a affecté mêmes les militaires cette
année avec la révision à la baisse d'environ 20% du
budget alloué à la défense. Cela s'avère intéressant
quand on sait que les militaires, pour la plupart originaires du Nord et
surtout de l'ethnie Kabre pour les officiers clés, sont les plus
proches alliés de Eyadéma.
Avec un littoral de 56 km le long du
golfe de Guinée et une minuscule bande de terre atteignant approximativement
500 km d'intérieur vers le Nord, le Togo attire malgré cette
petite taille beaucoup de touristes et le tourisme représente la
troisième source de recette extérieure. La promotion du secteur
touristique est favorisée par l'économie libérale
du Togo, plusieurs réalisations touristiques et le spectaculaire
itinéraire côtier entre Accra et Lomé. Lomé
dispose de peu de choses à offrir en termes d'attractions intérieures
et sites historiques notoires par rapport au Ghana et au Nigeria. Le secteur
touristique a failli s'écrouler pendant les tensions politiques
des années 90 mais a été relancé vers la fin
de la décennie, même si l'excessive distribution des contrats
aux alliés du régime ont mené à un surplus
des capacités hôtelières laissant de nombreux hôtels
pratiquement vides.
Le transport entre le Nord et le Sud
du Togo se fait essentiellement par voies terrestres à travers notamment
la route récemment rénovée reliant les régions
côtières de Lomé à la frontière du nord
avec le Burkina Faso. La route transafricaine allant du Ghana jusqu'à
la frontière orientale du Togo avec le Bénin en passant par
Lomé est également utilisée et mise à niveau.
Le système ferroviaire togolais, comme ceux des autres pays africains,
a quant à lui besoin d'être modernisé. Le Togo dispose
également d'un large port moderne mais sous utilisée du fait
des troubles sociaux ayant eu lieu pendant une bonne partie des années
90 et des problèmes économiques de ses voisins du Nord.
L'ÉDUCATION
Le système éducatif togolais,
introduit pendant la colonisation allemande a, par la suite été
remodelé conformément au système éducatif français.
Alors que l'inscription au primaire représente près de 75%,
le secondaire enregistre un taux de fréquentation beaucoup plus
bas à cause de la prédominance de l'enseignement des matières
comme la culture et la langue française ainsi que l'histoire européenne
au détriment d'une éducation en langues togolaises et d'un
enseignement technique portant sur l'agriculture, la santé primaire
etc. L'agriculture de subsistance représente 75% de l'économie
togolaise et un nombre considérable d'enfants quittent chaque année
les bancs de l'école pour assister leurs familles dans les travaux
champêtres.
L'université du Bénin
qui se trouve à Lomé a été construite en 1970
et abrite 6000 étudiants. Actuellement elle essaie d'élargir
ses capacités d'accueil pour recevoir 17000 étudiants de
plus en plus mécontents et hostiles. D'une manière générale
le secteur éducatif togolais enregistre une baisse sous l'effet
de l'accroissement démographique combiné à une baisse
des financements liée à la réduction des dépenses
publiques. Autrefois le plus élevé de l'Afrique, le taux
d'alphabétisation du Togo n'est aujourd'hui que de 50%. Les résultats
scolaires de cette année reflètent dans tout le pays un faible
taux de réussite de l'ordre de 25% soit 4000 réussites sur
16000 candidatures. Bien que le Ministre de l'éducation ait directement
mis en cause les grèves sporadiques des enseignants, cet échec
enregistré ne demeure pas moins un indicateur du dysfonctionnement
du système éducatif togolais.
Le manque d’infrastructures de base
comme les soins de santé, l'accès à l'eau potable
pour la consommation et l'hygiène, en plus de l'absence de médicaments
de base et probablement la sous-alimentation et la malnutrition contribuent
à la prévalence de maladies faciles à traiter et d'un
taux de mortalité élevé. Les conditionnalités
de la Banque Mondiale ont conduit à la réduction des dépenses
publiques allouées à la santé alors que le sida, la
tuberculose et même la rougeole sonnent le glas d'un secteur sanitaire
déjà affecté par un manque chronique de médecins
et d'infirmiers.
LA
CONFÉRENCE NATIONALE
La conférence nationale a été
convoquée le 26 juin 1991 suite à l'accord conclu le 12 juin
1991 entre le gouvernement et l'opposition. Celle-ci a élu Joseph
Kokou Koffigoh comme premier ministre et a projeté l'organisation
de nouvelles élections en juin 1992. Cependant, malgré l'apparente
force de l'opposition à l'époque, l'armée majoritairement
nordiste demeura fermement solidaire au régime de Eyadéma.
La conférence nationale a essentiellement, en dehors des radicaux
représentant des groupes de l'opposition qui étaient rentrés
d'exil pour y prendre part, attiré les forces de l'opposition locale
principalement constituées de juristes, enseignants et éminents
hommes d'affaires. Avant la conférence nationale de 1991, il n'y
avait jamais eu de consensus entre les principaux leaders de l'opposition,
chacun étant plutôt préoccupé par la satisfaction
de ses intérêts immédiats. La faiblesse principale
des partis de l'opposition fut leur incapacité à coopérer
pour établir un pouvoir de large assise nationale au lieu de se
combattre. Ils ont aussi échoué à s'assurer un soutien
national et une réconciliation avec le principal tenant du pouvoir,
les forces armées. En poursuivant des discours radicaux, déclarant
la souveraineté de la conférence nationale, essayant de transformer
les structures politiques par décret, mettant les forces armées
à l'écart du processus de négociation, ils n'ont pas
su acquérir un authentique soutien national.
De plus, ils menaçaient la clique
des individus puissants et riches que le régime d'Eyadéma
avait nourri. Eyadéma ne règne pas dans un vide civil, soutenu
seulement par les officiers fidèles et les soldats. Apparemment,
ses alliés dans le cabinet, les fonctionnaires fidèles et
les hommes d’affaires qui ont prospéré sous son régime,
n'ont pas été correctement reconnus par l’opposition comme
courtiers de puissance qui risquent de perdre leurs positions privilèges
en cas de chute du régime d’Eyadéma.
Joseph Kokou Koffigoh, le premier ministre
nouvellement élu par la CNS essaya de sauvegarder son pouvoir en
nommant à la tête des entreprises étatiques des ressortissants
de sa propre région, ce qui lui a valu des accusations de corruption
et de népotisme. Il a néanmoins bénéficié
du soutien de la majorité des populations togolaises ainsi que d'une
légitimité internationale. Il ne bénéficiait
cependant pas de la loyauté de l'armée togolaise qui entreprit
d'ailleurs une impressionnante démonstration de force attestant
que la force brutale était toujours, à ses yeux, supérieure
à la légitimité démocratique. Après
le bombardement de la demeure de Koffigoh et l'arrestation de celui-ci
par l'armée, Eyadéma s'est encore une fois de plus félicité
de l'emprise qu'il continue toujours à avoir dans la lutte pour
le pouvoir au Togo.
Avec le début du règne
de la terreur exercée sur les membres de l'opposition, le nombre
des réfugiés traversant les frontières togolaises
pour le Ghana et le Bénin s'éleva à 100 000 faisant
au total à peu près plus de 200 000 réfugiés.
Le règne de la terreur inaugurée par l'armée continua
jusqu'en 1992 et celui-ci était le principal instigateur de la tentative
d'assassinat de Gilchrist Olympio, le principal rival et ennemi de longue
date de Eyadéma ainsi que des membres du Cabinet de Koffigoh, de
ceux du Haut Conseil de la République qui se réfugièrent
en masse à l'étranger. La menace démocratique émanant
de la CNS s'envola ainsi assez vite et Eyadéma entreprit de rétablir
graduellement son emprise sur le pouvoir.
En septembre 1992, une nouvelle constitution
a été adoptée par référendum mais en
octobre de la même année, les militaires assiégèrent
le parlement et prirent en otage tous les membres du HCR qui n'étaient
partisans du RPT, conditionnant leur libération contre le payement
d'une rançon.
Le règne de la terreur continua
jusqu'en 1993 et notamment en janvier, mois au cours duquel des centaines
de personnes auraient été tuées à Lomé
provoquant par la suite de nouveaux flux de réfugiés vers
le Togo et le Bénin. Eyadéma était le seul candidat
en lice pour les élections présidentielles d’août 1993,
Gilchrist Olympio étant disqualifié et les autres candidats
de l'opposition, Edem Kodjo et Yao Agboyibor ayant décidé
de boycotter le scrutin.
LES
DROITS DE L'HOMME
La longévité du régime
de parti unique du président Gnassingbé Eyadéma est
la principale cause de la détérioration de la situation des
droits de l'homme au Togo. La période des années 80 représente
en effet, le temps fort de l'oppression et parmi les violations des droits
de l'homme observées à cette époque figurent les ''arrestations
arbitraires de masse, les détentions sans jugements, les tortures
et les assassinats des prisonniers.'' (Decalo, 1996, p.9).
La situation politique actuelle se caractérise
également par des stratégies de cooptation, intimidation
et élimination. Selon une dépêche d'Amnesty International,
des centaines d'exécutions extrajudiciaires ont eu lieu au Togo
en 1998 (AI, Juin 2000). En effet, dans un rapport plus détaillé
rédigé conjointement par Amnesty et les journalistes de la
Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme au Bénin (LDH),
publié en mai 1999 par Amnesty, un lien a été établi
entre l'expansion des actes de violation des droits de l'homme y compris
les meurtres politiques commis à cette époque et la période
électorale de 1998. Déjà en avril 1991, des soldats
ont poussé des manifestants pro-démocratiques dans la lagune
de Bé de Lomé où ils se noyèrent.
En juin 1990, l'ancien Président
français François Mitterand qualifia le Togo de Eyadéma
de plus grand détracteur des droits de l'homme en Afrique. Cependant,
en novembre 1991 la politique africaine de la France sous Mitterand connut
un revirement diplomatique (probablement influencée par le feu Jacques
Foccard, et la prise en compte de certains intérêts nationaux
français). Mitterand a ainsi affirmé que la France ne s'ingérerait
pas dans les affaires africaines et qu'il revenait à chaque pays
de trouver sa propre voie de réforme démocratique. Par la
suite, les soutiens de Eyadéma au sein des forces armées
entreprirent un mois après un Coup d'état en décembre
1991.
Selon les propos d'une autre organisation
de défense des droits de l'homme, La Ligue Togolaise des Droits
de l'homme (LTDH), rapportés à partir de Lomé par
l'agence de presse IPS, le 13 août 2000 : "Les paisibles citoyens
de nos villes et campagnes ont constamment peur d'exprimer leur opinion
et sont alarmés quant à la sécurité de leurs
biens. La LTDH a aussi condamné la très répressive
loi sur la presse au Togo qui prévoit une peine de plusieurs mois
de prison pour tout journaliste accusé d'outrage envers le Président,
le Premier ministre ou n'importe quel autre ministre et parlementaire.
De plus, le gouvernement togolais a été accusé d'arrestations
arbitraires, de mauvais traitements et de détention des citoyens
sans prétexte valable. La LTDH a aussi fait cas des sources décrivant
le centre de détention de Lomé d'enfer et le comparant même
aux bateaux esclavagistes des siècles précédents,
du point de vue des conditions de détention. L'organisation des
défense des droits de l'homme a aussi critiqué la répression
des manifestations pacifiques, les raids gouvernementaux sur les habitations
privées et les arrestations arbitraires.
Au lieu d'aborder sérieusement
ces épineuses questions, le gouvernement togolais a depuis mai 1999
systématiquement intimidé, menacé de mort ou tenté
de corrompre les témoins, détruire les preuves et poursuivre
les défenseurs des droits de l'homme et journalistes togolais, sans
aucune autre raison que la suspicion d'avoir fourni des informations à
Amnesty International selon les communiqués de presse de l'organisation.
LES
MISSIONS ONU/OUA
Le 7 juin 2000, l'ONU et l'OUA ont fait
une déclaration sur l'établissement d'une Commission d'enquête
sur les violations des droits de l'homme de 1998 (exécutions extrajudiciaires
de centaine de personnes), une initiative qui a été immédiatement
approuvée par Amnesty International. Selon le point de presse du
15 septembre 2000, la Commission, composée de Mr. Mahamat Hassan
Abakar (Tchadien et Président de la commission), Mr. Issaka Souna
(Niger) et Mr. Paulo Pinheiro (Brésil), a visité aussi bien
le Togo que les pays voisins pour enquêter sur ces plaintes.
RASSEMBLEMENT
DU PEUPLE TOGOLAIS - RPT
Le RPT demeure la base politique de
Eyadéma. Il a été crée en 1969 avec l'avènement
de la 3e république comme le seul parti légal auquel tous
les togolais devaient adhérer. A travers tout le pays, les fidèles
du RPT participaient activement aux rassemblements locaux organisés
par celui-ci. Et tous les électeurs potentiels devaient verser une
cotisation annuelle au parti. Qu'on l'ai voulu ou non, le RPT a continué
à jouer un rôle actif dans la société togolaise
jusqu'aux soubresauts démocratiques de 1990.
Le Président a dirigé
le RPT comme son propre parti. Les dignitaires du parti organisaient activement
des manifestations pro-Eyadema dans les communautés locales, tout
en contribuant à renforcer le culte de la personnalité de
celui-ci. Cependant, ils agissent sans aucun doute volontairement aussi
pour soutenir le régime (quoi que influencé par le patronage
et la politique économique discriminatoire de Eyadema en faveur
du développement de la partie Nord du Togo). Les cadres loyaux du
parti et les forces armées demeurent les garants de la longévité
du règne de Eyadéma. L'assise ethnique du régime Eyadéma
s'est diversifiée durant toutes ces années de règne,
la loyauté pour l'armée et le RPT pouvant s'observer aussi
bien chez les Kabré que dans les autres groupes ethniques du Nord.
Les membres les plus fidèles aussi bien du RPT que de l'armée
et de la garde personnelle de Eyadéma sont originaires de sa circonscription
au Nord et plus précisément de son groupe ethnique, les Kabré
(l'ethnie majoritaire du Nord).
LES
PRÉTENDANTS AU TRONE
Edem Kodjo fait partie des ambitieux
leaders d'opposition connus aussi bien au Togo qu'à l'étranger.
Il a été plusieurs fois ministre des affaires étrangères
et des finances de Eyadéma. Il a aussi été secrétaire
général de l'OUA. Sa mauvaise réputation provient
du fait qu'il ait été l'instigateur de l'infâme livre
vert, considéré comme le fondement intellectuel de l'instauration
du système de parti unique au Togo en 1969. Il se défend
de cette accusation en affirmant que si tel était le cas, il serait
alors l'homme idéal pour démanteler la structure qu'il aurait
édifié. Plusieurs mouvements d'opposition ont consenti à
le présenter comme leur candidat à l'élection présidentielle
de 1993, mais ils ont par la suite boycotté les élections,
laissant Edem Kodjo sans aucune structure pour défier Eyadéma.
Son propre parti, l'Union Togolaise pour la Démocratie a ainsi participé
tout seul aux élections législatives de 1994. Il a néanmoins
été nommé, par la suite, Premier Ministre de Eyadéma,
ce qui lui a permis de favoriser le retour des membres de l'opposition
exilés au Togo. L'acceptation du poste de Premier Ministre de Eyadéma,
à un moment où l'opposition s'était résolue
à défier le régime lui a valu ainsi qu'à son
parti une réputation de fourberie. Kodjo n'a pas participé
aux élections présidentielles de 1998 au cours desquelles
Gilchrist olympio leader de l'Union des Forces du Changement et fils de
l'ancien président Sylvanus Olympio se présenta contre Eyadéma.
Les autres candidats de l'opposition à savoir Yao Agboyibor, Léopold
Gnininvi et Jacques Amoussou sont tous originaires de l'ethnie Ewé.
Eyadéma sortit vainqueur de ces élections marquées
par des allégations de fraudes massives. En 1999, Edem Kodjo
s'est allié à d'autres leaders d'opposition comme Jean Sanve
de Tove et Corneluis Aidam pour former la Convergence Patriotique Africaine
(CPP), qui a joué un rôle modérateur pour maîtriser
la longue crise politique du Togo. Edem kodjo n'a pas encore annoncé
son intention de se présenter ou pas à l'élection
présidentielle de 2003.
Le juriste Yao Agboyibor (57ans) est
le principal rival de Edem kodjo dans la course à la présidence
au sein de l'opposition, même s'il partage la même plate-forme
politique avec lui. Yao Agboyibor est un ambitieux politicien luttant pour
l'avènement du changement démocratique sous la bannière
de son parti, le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR). Yao Agboyibor
a été un membre loyal du RPT, le parti de Eyadéma.
Il a également été le premier Président de
la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH) établie en
1988 par Eyadéma suite au rapport d'Amnesty International de 1987
dénonçant les arrestations arbitraires et tortures perpétrées
par le régime. Avec la montée des revendications pour la
libéralisation politique, Agboyibor démissionna en 1988 et
créa son propre parti politique, le CAR. Il passa entre temps auprès
de l'opinion nationale comme l'homme qui a osé aborder les questions
sensibles des droits de l'homme. Eyadéma voulait en réalité
instrumentaliser la CNDH pour soigner l'image de son régime en démontrant
sa volonté de sanctionner les violations des droits de l'homme,
se justifier par rapport aux accusations d'Amnesty International de 1987
et rejeter la responsabilité de ces violations sur les conflits
internes au groupe ethnique Ewé. En 1994, l'électorat
attribua au CAR 36 sièges sur les 83 que comptent le parlement.
Zarifou Ayeva, un homme d'affaire âgé
de soixante ans fait aussi partie des prétendants au trône,
mais contrairement aux autres candidats de l'opposition originaires du
groupe ethnique sudiste Ewé, Ayeva est originaire de Sokodé
au Centre-Nord et il appartient à l'ethnie Kotokolo. Il a été
Ministre du commerce de Eyadéma, Président du Parti Démocratique
du Renouveau (PDR), et a son fief dans la zone Kotokoli de Tchaoudjo.
Le Professeur Léopold Messan
Gnininvi, président de la Convention Démocratique des Peuples
Africains (CDPA) fait aussi partie des candidats. Ses critiques vis à
vis du régime de Eyadéma sont modérées par
rapport à ceux de l’opposant radical Agboyibor. Ancien professeur
de mathématique et de physique à l'Université du Bénin
à Lomé, son programme politique se concentre sur le changement
politique et démocratique y compris le développement rural.
L'homme d'affaire Jacques Amouzou (63ans)
est aussi postulant au trône. Il était l'un des deux candidats
de l'opposition qui s'étaient présentés aux élections
de 1993 que le reste de l'opposition avait boycottées.
Gilchrist Olympio de l'Union des Forces
du Changement (UFD) est l'un des plus sérieux candidats à
la présidence. Son père dirigea le Togo de l'indépendance
jusqu'au 1er coup d'état de Eyadéma en 1963. Son problème
politique majeure découle du fait qu'il réside au Ghana depuis
l'assassinat de son père pendant le Coup d'Etat de 1963. La tentative
d'assassinat dont il fut victime en mai 1992 lors d'un voyage vers le Nord
ne le motive pas à mettre un terme à l'exil qu'il s'est lui
même imposé. Economiste formé à l'Université
d'Oxford, il a travaillé pour les Nations Unies et le FMI. Son programme
politique s'apparente à celui de la CDPA du professeur Gnininvi,
même s'il se présente comme étant plus radical en préconisant
une totale restructuration économique, l'unité nationale
et la réconciliation. Cette dernière est vivement souhaitée
dans ce pays depuis longtemps divisé entre d'une part le pilier
du pouvoir de Eyadéma au Nord et la partie Sud dominée par
l'ethnie Ewé de l'autre.
LA
SITUATION POLITIQUE ACTUELLE
Le régime militaire de Eyadéma
et l'opposition ont convenu de la tenue de nouvelles élections législatives
en mars 2000 suite à des négociations menées l'année
dernière. Un accord fut signé à cet égard au
cours d'une cérémonie en présence du Président
français Jacques Chirac. Malgré cet accord, Eyadéma
n'a fait qu'établir une Commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI) de vingt membres le 30 juin 2000 laissant présager la tenue
des élections dans les 60 jours qui suivirent. Mais le 30 août
2000 passa, sans qu'il y ait une nouvelle des élections.
La mise en place de la CENI a été
plusieurs fois reportée en raison probablement d’une stratégie
de retardement de Eyadéma. Le Comité Paritaire de Suivi (CPS)
regroupant les représentants du gouvernement, de l'opposition et
un groupe de médiateurs de l'Union Européenne était
présidé par l'ancien Ministre des droits de l'homme, de la
démocratie et de l'Etat de droit, Harry Octavianus Olympio, le cousin
du principal leader de l'opposition Gilchrist Olympio vivant en exil au
Ghana.
Peu de temps après la reprise
du dialogue du CPS sur la réconciliation nationale, le 25 avril
2000, Harry Olympio le Président du comité a de justesse
échappé à une tentative d'assassinat à l'extérieur
de son bureau le 5 mai 2000 à Lomé. Harry Olympio avait apparemment
déjà été utilisé auparavant par Eyadéma
pour diviser l'opposition et pouvait servir de cible pour retarder l'avancement
des travaux du CPS. Le Ministre s'est déjà désolidarisé
de son cousin Gilchrist Olympio, deux ans auparavant, quand il accepta
de servir dans le gouvernement de Eyadéma. Il est perçu par
la majeure partie de l'opposition comme un traître.
Après avoir survécu à
l'attentat dont la responsabilité a par la suite été
officieusement attribuée à la garde présidentielle,
le Ministre Olympio fut chassé du gouvernement la veille d'un remaniement
ministériel entrepris par Eyadéma le 12 juin 2000. Tout ceci
se passait deux semaines avant la prestation de serment des nouveaux membres
élus de la CENI. Harry Olympio a été remplacé
au Ministère des droits de l'homme, de la démocratie et de
l'Etat de droit par le Général Seyi Méméme,
un très proche fidèle du Général Eyadéma.
Un autre remaniement ministériel
a eu lieu le 24 août 2000. Gabriel Messan Agboyomé Kodjo du
RPT fut nommé Premier ministre de Eyadéma en remplacement
de Eugene Koffi Adoboli qui démissionna à la suite d'un vote
de motion de censure de l'Assemblée. Le départ de Adoboli
peut néanmoins être perçu comme émanant de la
quête par le régime d'un bouc émissaire sur qui rejeter
la responsabilité des problèmes économiques résultant
de la mauvaise gouvernance de Eyadéma. Le nouveau Premier Ministre
Agboyomé a déjà occupé auparavant les postes
de Ministre de la jeunesse, culture et éducation et de Ministre
de la sécurité et de l'administration territoriale. Il est
membre du bureau politique du RPT et un fidèle bien connu de Eyadéma.
Sa nomination vise à conforter l'emprise du Président sur
le pouvoir.
Le 8 octobre 2000, Eyadéma effectua
son dernier remaniement ministériel en remplaçant quatre
Ministres à savoir celui du tourisme; de la communication; de la
culture, jeunesse et sports et le Secrétaire d'Etat au développement
du secteur privé. Les nouveaux Ministres sont Kossi Assimayibou,
Bawa Semedo, Komi Klassou et Mme Angèle Aguigah.
LE
CIRCUIT DU TOGO
Au sommet de l'OUA financé par
la France, la Libye, le Nigeria et la Chine, tenu en mi-juillet 2000 à
Lomé, le gouvernement angolais avait réitéré
ses accusations sur l'appui actif apporté par Eyadéma aux
rebelles angolais de l'UNITA dans le trafic de diamant et l'achat d'armes
en Europe de l'Est. Le gouvernement angolais avait presque réussi
à convaincre les pays de la SADC à boycotter le sommet de
Lomé. Face à cette menace, Eyadéma expulsa 56 Angolais
soupçonnés d'avoir des liens avec l'UNITA en guise de geste
de bonne volonté envers la SADC.
Le rapport des Nations Unies sur les
sanctions prises à l'encontre de l'UNITA/Angola (Rapport Fowler)
montre comment le Zaïre de Mobutu a joué un rôle de négociant
d'armes et de diamant pour l'UNITA dans le Nord de l'Angola. En 1993, Jonas
Savimbi, leader de l'UNITA dépêcha un émissaire à
Lomé pour faire part à Eyadéma de sa crainte quant
à l'éventualité d'une interruption de l'exportation
du diamant avec l'érosion de l'influence de Mobutu au Zaïre.
Savimbi avait vu la nécessité d'utiliser le Togo comme une
garantie pour la poursuite du commerce d'armes et de diamants. La machine
militaire de l'UNITA a besoin d'un constant approvisionnement et en cas
d'une éventuelle perte de contrôle de la situation au Zaïre,
l'organisation aurait besoin d'un intermédiaire de secours pour
fournir les certificats d'achats d'armes et servir d'intermédiaire
entre l'UNITA et ANTWEP pour la vente de diamants en Belgique.
L'émissaire, le Colonel Alcides
Lucas Kangunga, arriva à Lomé avec un paquet de diamants
destiné à Eyadéma pour mieux le convaincre d’accepter
de combler le vide que pourrait laisser Mobutu. L'émissaire finit
par obtenir l'accord de Eyadéma vers la fin de 1993 et lui offrit
les diamants en guise de remerciements de la part de Savimbi. Le Colonel
Kagunga s'est finalement installé à Lomé en tant que
représentant de l'UNITA au Togo. Selon les accords conclus, le Togo
percevrait 20% sur chaque transaction réalisée.
Savimbi étant convaincu que les
Etats Unis ont retiré leur soutien à Mobutu, le circuit du
Togo fut activé en janvier 1997. Par la suite, les armes stockées
à Kinshasa et Gbadolite ont été transférées
dans les bases de l'UNITA au Nord de l 'Angola. Certains missiles anti-aériens
SAM6 ont été transférés de Kinshasa à
Lomé pour contourner l'équipe d'inspection des Nations Unies
en Angola (UNAVEM). La mission de vérification des Nations Unies
en Angola a été mise en place pour faciliter la restauration
de la paix et le processus de la réconciliation nationale en Angola.
Avec l'éviction de Mobutu Sesse Seko du pouvoir par Laurent Desiré
Kabila au Zaïre, Savimbi fit recours à Eyadéma comme
le principal fournisseur d'armes, conduisant à un transfert des
vols chargés d'armes de l'Europe de l'Est vers le Togo.
LES
DÉFIS DE L'AVENIR
Le circuit du Togo activé en
1997 a probablement aidé à financer la victoire de Eyadéma
en 1998. Avec l'augmentation soudaine de la richesse générée
par ce trafic illégal, la répression désespérée
entreprise par le régime ces deux dernières années
devient plus facile à saisir. Toutes les violations de droit de
l'homme initiées par le régime doivent par conséquent
être jugées.
L'un des pays les plus pauvres du monde,
avec un système politique instable, le Togo peut aussi être
considéré comme l'un des Etats les plus faibles en Afrique.
Pour cela, le régime de Eyadéma continue à représenter
une menace non seulement pour sa propre population mais aussi pour la stabilité
de la région Ouest-africaine. Au paroxysme de la crise politique
et l'escalade de la violence conduisant des centaines de milliers de réfugiés
à traverser les frontières voisines du Bénin et du
Ghana, le Président Rawlings du Ghana considéra l'option
d'envoyer les forces de l'ECOMOG pour éviter un second Libéria
en Afrique de l'Ouest.
Eyadéma sera tenu responsable
de la persistance des difficultés économiques et des obstacles
à la prospérité économique du Togo à
cause de sa détermination à bloquer la démocratisation.
La façon dont Eyadéma dirige le Togo comme si c'était
son patrimoine personnel, avec un style autoritaire d'un autre âge,
finira par constituer le principal obstacle à l'amélioration
des relations internationales du Togo. Sans l'appui des donateurs extérieurs,
l'économie sera davantage handicapée par une alimentation
irrégulière et insuffisante en énergie.
Les plus proches amis de Eyadéma
sont en France et en Libye, ce qui est paradoxal car les deux États
prétendent être issus de révolutions populaires. L'Union
Européenne (dont la France assure présentement la présidence)
adopte une attitude beaucoup plus progressiste à l'égard
des abus du pouvoir de Eyadéma. La Libye lutte quant à elle
pour la réalisation de l'Unité africaine. Et tout ceci coïncide
avec la présidence de l'OUA par Eyadéma, ce dictateur qui
gouverne son pays avec la stratégie de "diviser pour mieux régner".
Après le volte face diplomatique
de Mitterand sur sa politique africaine en 1993, on est en droit de se
demander si la politique africaine de la France ne va pas encore une fois
de plus sombrer dans un somnambulisme désastreux au Togo comme ce
fut le cas au Zaïre de Mobutu en mai 1997. '' La France s'est obstiné
à soutenir Mobutu jusqu'à la fin en prolongeant l'agonie
et perdant ainsi sa légitimité auprès du nouveau régime;
En même temps, les forces françaises ont été
incapables de sauver Mobutu. La France était devenue par la suite
tellement impertinente que Mobutu n'avait même pas informé
ses officiels de sa décision de partir". (Grégory 2000, p.
441).
Par son appartenance à la zone
franc, l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et
la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),
la longue crise politique et l'instabilité économique du
Togo continue d'affecter les autres pays ouest- africains et en particulier
ses voisins immédiats, le Ghana et le Bénin. Fuyant le règne
de la terreur et de la torture de Eyadéma, les réfugiés
continuent à affluer au Ghana, organisant par la suite des incursions
violentes au Togo. Bien que les forces armées togolaises n'égalent
pas les forces militaires ghanéennes, une éventuelle mission
suicidaire des forces armées togolaises au Ghana serait porteuse
d'un très grand risque pour la paix et la stabilité en Afrique
de l'Ouest.
Apparemment malgré la stratégie
de division menée par Eyadéma, l'opposition togolaise n'est
pas prête de représenter un vrai défi pour son régime.
La multiplication des groupes de l'opposition pourrait être perçue
comme un signe de l'amorce de la démocratisation mais pourrait aussi
témoigner de la faiblesse et de la fracture de l'opposition. On
remarque également l'absence d'une authentique politique adaptée
aux besoins de développement de la population toute entière.
La politique de développement initiée par Eyadéma
pour le Nord semble à cet égard plus viable que l'attention
que portent les partis politiques de l'opposition sur les intérêts
des différents groupes ethniques du Sud. Ce n'est pas surprenant
que Eyadéma ait un contrôle absolu et un considérable
soutien non seulement au sein du groupe ethnique Kabré, dont il
est originaire, mais aussi dans toute la partie Nord du pays. Actuellement
aucun parti d'opposition ne dispose d'une assise remarquable au Nord. L'opposition
démocratique togolaise semble bien destinée à rester
dans l'opposition à moins de résoudre ses divisions inter-Ewé
et d'établir une plate-forme nationale. C'est pourquoi nous pensons
qu'il est d'une importance vitale que les forces de l'opposition non seulement
renouent avec la coopération COD2 du début des années
90 mais aussi opèrent le choix décisif de savoir si elles
doivent adopter à court terme une stratégie populiste s'appuyant
uniquement sur l'élite Ewé du Sud ou de traiter tous les
citoyens sur un même pied d'égalité indépendamment
de leurs origines ethniques ou géographiques en considérant
également les populations du Nord. La dernière option en
plus du soutien qu'elle apportera à l'opposition peut aussi engendrer
l'érosion de l'assise de Eyadéma dans le Nord.
Nous partageons la préoccupation
d'Amnesty non seulement pour les victimes d'oppression et de meurtres mais
aussi pour le sort de la population toute entière dans la course
pour les prochaines élections de 2003. Eyadéma ayant dirigé
de façon solitaire pendant 40 ans, une transition démocratique
paisible n'est possible qu'avec le règlement efficace par le gouvernement
togolais des questions des droits de l'homme et de la crise politique actuelle.
Cela constituera un test crucial pour le Président et son parti
en permettant de vérifier si les structures politiques mises en
place après l'indépendance reposaient sur un homme ou si
Eyadéma et son parti ont été en mesure d'établir
des institutions étatiques durables. Pour faciliter le transfert
pacifique du pouvoir à une nouvelle génération, les
restrictions sur la société civile doivent être levées
et la démocratie multipartisane encouragée. Les droits de
l'homme doivent être garantis pour les citoyens sans considération
de leurs opinions politiques ou origines ethniques.
Le Président Eyadéma semble
bien disposé à rester au pouvoir principalement parce qu'il
se confond au pays qu'il prétend représenter, au point de
ne même pas avoir confiance aux Ministres de son cabinet. La plupart
d'entre eux étaient des membres influents de l'opposition nommés
par Eyadéma dans ses tentatives de cooptation de ses plus farouches
ennemis, ce qui lui permettait de diviser et affaiblir l'opposition. En
effet, la stratégie de cooptation, division et pacification de l'opposition
par Eyadéma consiste à nommer et à renvoyer les membres
de l'opposition intéressés par les portefeuilles ministériels.
La conviction qui habite Eyadéma
d'être l'incarnation du Togo a été renforcée
par les tentatives d'assassinats dont il a fait l'objet de la part des
rebelles armés entrés au Togo à partir du Ghana. Il
a même quitté sa résidence, le Palais présidentiel,
attaqué en 1994 et 1993 à cause du manque de sécurité
nocturne pour s'installer au quartier général de l'armée
à Lomé.
Le fait pour Eyadéma de ne compter
que sur le népotisme et le patronage ethnique en ne faisant confiance
qu'aux membres de sa famille et à ses amis Kabré au Nord
du pays renforce l'impression qu'il n'arrive plus, depuis longtemps, à
dissocier sa personne de son pays. On peut observer cette tendance à
compter sur des relations et loyautés personnelles même dans
ses rapports avec des Chefs d'État aussi bien d'Afrique que d'ailleurs.
Les sanctions internationales prises
par l'Union Européenne depuis 1993 à l'encontre du Togo peuvent
renforcer davantage ses sentiments d'être persécuté.
A cet égard, un accroissement de la pression internationale pourra
plutôt conduire Eyadéma à revenir sur son engagement
pour rester ou tomber avec la destinée du Togo.
Les pressions et menaces (avec des attaques
armées) qui ont eu lieu jusqu'au moment où il avait promis
d'organiser de nouvelles élections législatives en mars 2000
peuvent de la même manière s'avérer contre-productive,
Eyadéma préférant toujours se défendre que
de céder à la pression.
Le prix que la société
civile, l'opposition active et les citoyens ordinaires ont payé
pour la façon dont Eyadéma dirige le pays comme son patrimoine
va au delà de toute mesure. Le nombre de cadavres et des prisonniers
de conscience ne pouvant servir que d'indicateurs à la souffrance
du peuple togolais. Il est tentant de décrire le Togo comme une
chambre de torture Ouest-africaine, où toutes les préoccupations,
autres que la protection du régime et la sécurité
personnelle de Eyadéma sont considérées comme insignifiantes.
A la lumière de cette analyse,
le sort de ses victimes et l'épouvantable situation des droits de
l'homme sous Eyadéma en général, peuvent être
perçus comme inacceptables mais constituent le nécessaire
et inévitable prix à payer. L'usage de la répression
et de la force brute en réponse aux demandes populaires de libéralisation
politique peuvent entraîner le retour aux armes et conduire à
une spirale de la violence, nécessitant le besoin d'intervention
d'une force étrangère que le Président Rawlings proposa
durant les pires affrontements entre l'opposition et le pouvoir dans les
années 90.
Avec cette longue crise politique, les
élections à venir sont à la fois un signe d'espoir
et d'incertitude.
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________________________________
Publié par Morten Hagen and Michelle Spearing; Londres, 28 Novembre
2000.
Traduit de l’anglais par Mamoudou Gazibo.
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