Accueil English version
Actualités Échos de la Diaspora Nouvelles de partis politiques


Précédent Suivant
RAPPORT D'ENQUETES SUR LE DOSSIER DES " CADAVRES TOGOLAIS "

Rapport de la Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme au Bénin (LDH), dévoilé en conférence de presse à Cotonou (Bénin) le 19 juillet 1999.


Il y a quelques temps, la Commission Béninoise des Droits de l'Homme -C.B.D.H. - a sollicité de la Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme au Bénin - L.D.H.- une rencontre au sujet du dossier de cadavres togolais révélés par Amnesty International (A.I).

La L.D.H. accepta la dite rencontre au cours de laquelle la C.B.D.H. l'informait qu'elle agissait à l'initiative de la Commission togolaise des Droits de l'Homme.

Tout naturellement et sans arrière pensée, nous avions déclaré à la C.B.D.H. que nous n'avions pas d'éléments précis pouvant étayer les faits portés à notre connaissance. Mais nous avions promis d'entreprendre des recherches sans délai en raison de la gravité du sujet.

Sitôt après cette réunion, nous nous sommes mis à l'œuvre.

Un peu comme par hasard et par bonheur, nous avions reçu de nombreux coups de fil, certains anonymes, d'autres avec indication d'adresses, qui nous annonçaient que des cadavres avaient été bel et bien découverts au Bénin, sur les côtes de l'océan Atlantique.

Quelques temps après, deux séries de faits importants sont intervenus nous convainquant complètement de la nécessité de nous investir à fond dans ces enquêtes.

Il s'agit de ;

- D'abord ce qui apparaît comme une levée de boucliers des tortionnaires contre A.I, illustrée par des réactions en chaîne des autorités politiques togolaises et béninoises.

L'on se souvient en effet qu'au lendemain dudit rapport, l'Etat Togolais avait condamné A.I. et avait engagé des poursuites judiciaires à son encontre.

Des personnes soupçonnées d'être les informateurs d'A.I. ont été arrêtées et soumises à instruction : il s'agit de NADJOMBE KOFFI Antoine, TENGUE Nestor, GAYIBOR François et SANT'ANNA Brice.

Le gouvernement béninois lui emboîtait le pas (Cf. les déclarations du Ministre Pierre OSHO appuyées plus tard par le Chef de l'Etat).

Pendant ce temps, un collectif d'avocats avaient été mobilisés. La C.B.D.H et la Commission Togolaise des Droits de l'Homme finalisaient leur rapport qui, on le sait maintenant, concluait à l'inexistence de cadavres.

- Ensuite des témoignages à décharge faits par dos chefs et notables popo et mina du Bénin sur les antennes de la télévision togolaise, lesquels témoignages menaient en cause les faits rapporté par Amnesty International.

L'acte des chefs et notables popo et mina suscita des réactions multiples et diverses. D'abord le Sous-préfet de Grand-popo qui prit spontanément un arrêté par lequel il les avait démis de leur poste; puis, se ravisant suite à la position du Président de la Républiquc du Bénin qui soutenait le pouvoir d'EYADEMA, il se dédit et procéda à leur réhabilitation sous la désapprobation de ses administrés.

Cf: Pièce N°1 : Arrêté N°1/009/SP-GP-BAG du 26 Mai 1999.

Ensuite l'indignation et les protestations; des populations popo et mina qui avaient marché pour dénoncer la traîtrise et l'indignité de leurs responsables et exiger leur destitution immédiate.

Cf: Pièces N°2 : Autorisation de marche sur la voie publique en date du 9 Juin 1999.

Une motion avait été prise dans ce sens. Des révélations avaient porté sur les faits de leur corruption par l'Etat togolais, sur les sommes d'argent qui leur avaient été distribuées et qui étaient perçues par eux en contre partie de leur silence.

Cf: Pièce N°3 : Motion de protestation en date du 9 Juin 1999.

Nous nous sommes dits que dans ces conditions nous avons un rôle important à jouer. Nous avions l'obligation de garder toute notre sérénité, et do rechercher, en toute objectivité, des éléments qui permettraient de démentir ou de confirmer le rapport d'Amnesty International.

Il s'agit là d'une tâche de grande portée démocratique ; elle s'est révélée très difficile mais nous avons pu nous en acquitter.

Après cette brève introduction qui a situé les raisons qui ont motivé ce rapport, nous allons vous présenter le résultat de nos enquêtes qui va s'articuler autour des points suivants :

- Période de l'enquête.
- Composition de la mission.
- Méthodologie.
- Moyens financiers.
- Cadre de l'enquête ou contrées visitées.
- Climat général.
- Personnes contactées.
- Données recueillies.
 

I- Période de l'enquête

L'enquête a commencé depuis le début du mois de Juin 1999. Elle s'est poursuivie jusqu'au Samedi 17 Juillet 1999, soit un peu plus d'un mois de durée.
 

Il- Composition de l'équipe

La mission est composée de :
- Simon FANOU:   Trésorier de la L.D.H.
- Romain DOSSOU:  Militant de la L.D.H.
- Jérémie GOZO:   Militant de la L.D.H.
- Docteur Etienne HOUNKONNOU :     Militant de la L.D.H. (qui s'est joint à l'équipe à son retour de voyage).

Cette équipe a travaillé sous la direction du Président de la L.D.H. Julien TOGDADJA, avec la collaboration de Maître Magloire YANSUNNU.
 

III - Méthodologie

La mission devait recueillir les données en se faisant guider par un questionnaire.

Elle devait visiter tous les villages côtiers situés au Bénin et bordant l'océan Atlantique, interroger toutes personnes susceptibles de fournir des renseignements sur le sujet.

II est recommandé à chaque membre de recueillir toutes les informations fournies par les personnes interrogées. Il s'agira ensuite de procéder à des recoupements et à des synthèses des déclarations reçues.

La mission était munie d'un appareil photographique et devait photographier toui objet ou toute chose susceptible de renseigner.

Les populations civiles des régions concernées ont été la cible essentielle de l'enquête.
 

VI - Moyens financiers

L'enquête a été faite par les moyens propres de la L.D.H. Nous informons au passage que nous ne sommes financés par aucune institution, aucun Etat. La L.D.H. ne vit que de la cotisation et des dons de ses militants. Elle prouve ainsi qu'il est possible de faire du bon travail avec peu de moyens malgré l'ostracisme des institutions internationales à son égard.
 

V - Cadre de l'enquête

La mission a eu pour cadre les villages suivants visités en deux temps,

• D'abord : Grand-Popo, Agouè, Ayi-Guinnou, Nicouécondji, Sèkohoué, Gbèkon.

• Ensuite: Gbècon, Gbeffa, Avlo-plage, Hakouè, Docloboué, l'embouchure.
 

VI - Climat général

Du fait que la L.D.H. a très peu de militants organisés de la région disponibles pour ces investigations, nous nous sommes essentiellement rabattus sur des cadres originaires du département du Mono parlant le popo, le mina, le Xwela.

Il s'est fait que le camarade popo, membre da la délégation n'a plus de parents et d'attaches au village. Nous avons été confrontés à une première difficulté qui est le point de contact sur les lieux.

Nous avions alors utilisé les canaux et les noms qui nous ont été bénévolement proposés.

La raison essentielle de ces premiers échecs tenait à la peur de la répression, à la peur qu'inspiraient aux populations les pouvoirs des présidents KEREKOU et EYADEMA.

Selon les populations, ces deux présidents sont des frères politiques qui ont beaucoup de choses en commun.

Pour fonder leurs réserves, elles ont cité de nombreux faits dont voici quelques uns;

- Les militaires de l'Etat togolais sillonnent régulièrement la zone Sud-Ouest du Benin.

- Il existe une grande collaboration entre les deux présidents et il y a eu plusieurs tentatives du président EYADEMA de capter des réfugiés togolais au Bénin par l'intermédiaire de commandos togolais qui ont été dépêchés en territoire béninois.

- Après la marche de protestation du lundi 09 Juin 1999 et l'interview que certainnes personnes ont accordé à un journaliste du FIGARO, ces personnes font l'objet de tracasseries policières (convocation interminables à la Brigade, menaces...).

- Nous avions eu quelques petites ouvertures qui se sont vite refermées. C'est que ces personnes qui s'étaient offertes de nous aider se sont vite ravisées. Elles craignaient que leur assistance à notre mission ne leur crée des déconvenues.

- Tel est le cas d'un pêcheur qui avait avoué qu'il avait péché un cadavre mais qui s'était refusé à toutes autres déclarations car dit-il, «... moi je pratique la pèche jusque vers ANEHO ; il suffira que je sois repéré comme ayant collaboré avec vous pour que mon compte soit bon. Et entre temps, vous, vous serez déjà parti... ».

C'est dire que la présentation de l'ordre de mission, l'exhibition des cartes d' identités et des cartes de membre de la L.D.H. n'a pus suffi.

Enfin, lueur d'espoir. Dans l'une des contrés ( dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurités), certaines personnes qui avaient longtemps observé la mission, ont enfin reconnu l'un des membres de la L.D.H. qu'elles avaient précédemment vu au cours d'une manifestation publique de la L.D.H.

Elles ont déclaré connaître personnellement l'ancien et l'actuel Président de la LDH.

C'est l'une des clés qui enfin nous avait permis de rentrer dans ce monde qui s'était refermé sur lui même.

Il faudra toutefois aussi mentionner les longs débats avec certains intellectuels qui n'ont pu nous rallier qu'après avoir été convaincus de la portée démocratique et humanitaire de la mission de la Ligue.
 

VIl - Personnes contactées

Pour des raisons de sécurité, nous ne livrerons aucun nom de personne dans le présent rapport.

La mission a discuté avec quelques notables, quelques délégués qui n'ont pas été mêlés à l'affaire de corruption par l'Etat togolais, beaucoup de pêcheurs, quelques intellectuels, des participants à la marche de protestation, quelques réfugiés togolais.

Les personnes interrogées sont toutes des hommes, aucune femme.
 

Suite ...
 


Suggestions ou critiques à diastode@diastode.org