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RAPPORT
D'ENQUETES SUR LE DOSSIER DES " CADAVRES TOGOLAIS "
Rapport de
la Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme au Bénin (LDH),
dévoilé en conférence de presse à Cotonou (Bénin)
le 19 juillet 1999.
VIII - Données
recueillies
Dans tous les villages visités,
toutes les personnes interrogées sont unanimes :
il y a eu beaucoup de cadavres d'hommes
presque nus, en slip. « Nous avons pu pêcher et enterrer certains,
nous avons abandonné d'autres....» nous a -t- on déclaré.
Dans quelles circonstances les cadavres
ont été découverts ? D'où pouvaient-ils provenir
? Quelles particularités présentaient-ils ? etc..
Nous répondrons à ces
questions par les témoignages recueillis.
· D'où pouvaient provenir
les cadavres et dans quelles circonstances les retrouve-t-on ?
Toutes les informations recueillies
attestent de ce que les cadavres proviennent de l'Ouest (côté
Togo).
Les populations de la Commune d'Agouè
déclarent que l'apparition des cadavres est toujours consécutive
à un phénomène constant : à la tombée
de la nuit ou au cours de la nuit (19 H 30, 20 H, 21 H ... ) il y a des
avions en provenance de l'Ouest, qui volent jusqu'à hauteur de Grand-Popo
puis rebroussent chemin .... Quelques jours (trois ou quatre ) après
ces vols bizarres, l'on commence à découvrir des cadavres
refoulés par un vent dénommé « AFOUTOU »
(en mina) qui souffle de l'Ouest vers l'Est.
Les populations ont en outre cité
un certain nombre de périodes où les cadavres ont été
constatés ! Il s'agit de la période où il y a un afflux
massif de réfugiés togolais (1993) et la période postérieure
aux élections présidentielles (1998).
Elles déclarent avoir pêché
et enterré des cadavres.
* Un cadavre en jogging
A Gbèkon, un cadavre a été
découvert et inhumé. Il était habillé d'un
«jogging» et d'un gilet (habit sans manche ...). Les populations
n'ont pas pu nous dire si c'est un militaire ou pas.
* Un cadavre décapité
Les cadavres ne sont généralement
pas amputés. Cependant, il a été découvert
un cadavre décapité à Zogbédji entre Nicouécondji
et Ayi-Guinnou.
Les populations affirment qu'il s'agît
d'un homme géant (au moins un mètre 75 cm). Elles ignorent
ce qui lui a ôté la tête. Elles affirment par ailleurs
que la tête du cadavre n'a pas été mangée par
les poissons.
* Un cadavre menotte en putréfaction
....
A Dokloboué, un enfant de 08
ans a découvert vers 11 heures un jour un cadavre.
Les populations ont lancé une
souscription populaire et ont recueilli une somme de F CFA six mille (6.000)
afin d'aller saisir les autorités,
Les autorités et l'infirmier
n'arriveront qu'à 21 heures, heure à laquelle le cadavre
avait fini par être inhumé. Son état de décomposition
avancé était tel que l'infirmier et les autorités
étaient restés a distance.
Le cadavre était habillé
d'une chemise blanche, portait des menottes et présentait des traces
de torture.
Les populations de Dokloboué
précisent que cette personne est âgée d'environ 50
ans ;
* A Ayi-Guinnou» les populations
ont déclaré avoir enterré au moins trois (3) cadavres,
(voir tombes sur photo).
* Plusieurs cadavres ont été
également enterrés à Gbèkon (Houtagbo) en présence
du maire.
Les populations de Ayi-Guinnou déclarent
qu'au début, dès qu'elles découvrent un cadavre, elles
se chargent de le ramener à la berge. Ensuite elles alertent tous
les villages voisins, se rassemblent pour identifier le cadavre puis informent
la major (il s'agit de l'infirmier) et la gendarmerie qui viennent
faire leurs constats.
Les populations dans cette zone cotisent
25 F CFA par tête, procèdent aux cérémonies
pour l'inconnu et l'inhument. La gendarmerie venaient toujours faire les
constats, disent-elles. Les corps sont ensuite enterrés au bord
de la plage.
A Ayi-Guinnou, les populations ont
un lieu dénommé «Abobolipo » où elles
enterrent ce genre de personnes.
Les corps sont enterrés sans
cercueil, avec un pagne, ou de vieilles nattes ou des paillassons ou une
enveloppe tressée avec des feuilles de cocotier (« cloba »).
Aucune épitaphe n'est posée
sur les tombes que rien n'identifie.
Au fil des temps, les populations ont
été lassées de recueillir et d'enterrer des cadavres.
Surtout lorsque la gendarmerie exige d'elles le paiement d'une somme de
F CFA cinq mille (5.000) pour effectuer ses déplacements. Elles
ont alors décidé de laisser les cadavres refluer vers l'Est.
Elles nous ont demandé, pour
en savoir davantage, de mener des investigations vers le village AVLO et
l'embouchure, etc...
* Les pêcheurs pratiquant la
pêche désignée sous le nom de « WOUATCHA »
découvrent des dizaines de cadavres ...
Les pêcheurs de Gboffa - Agonninkanmè
(Grand-popo) nous ont informés qu'un jour, alors qu'elles s'apprêtaient
à commencer la pèche dans les eaux profondes, elles découvrirent
soudain horrifiées, des flots de cadavres ballotés par les
vagues. C'était au cours de la pêche « wouatcha »
( la pêche WOUATCHA se pratique en équipe, puis un par un
nombre important de personnes, entre 3 et 6 Km de la côte, là
où les eaux sont profondes d'au moins 20m).
Après avoir vu les cadavres,
elles ont fui et n'ont pu pêcher ce jour, tellement le spectacle
était affreux. Depuis, elles redoutent de s'aventurer à nouveau
vers les hautes eaux.
Elles ont déclaré que
le nombre de cadavres est plus de deux fois supérieurs à
l'effectif des pêcheurs qui sont ou nombre de 30. Il y aurait un
minimum soixante (60) cadavres.
Les cadavres ressemblaient à
une bande de moutons flottants. Ils étalent tous presque nus, en
slip.
Cette découverte a été
faite au large de Gbèfià - Agonninkamè.
Elles déclarent (ce que nous
n'avons pu vérifier) que les trafiquants d'essence qui font la navette
entre Sème (département de l'Ouémé) et Hilacondji
(ville frontière des Etats béninois et togolais) ont fait
les mêmes découvertes macabres.
Les pêcheurs ont en outre déclaré
que les cadavres refluent de l'Ouest vers l'Est.
Les pêcheurs ont ensuite expliqué,
répondant à nos questions, que la plupart de ces cadavres
ne parviennent pas à la berge.
C'est que, une fois jetés dans
les hautes eaux, ils se gonflent au terme de 72 heures sous l'effet de
l'eau et de la putréfaction commençante. Ils flottent à
la surface et sont ballottés par les vague constituant ainsi des
proies pour les poissons.
Beaucoup de cadavres ont par conséquent
la chance d'être dévorés par les poissons. Des enquêtes
dans les eaux profondes aideront, nous l'espérons, à découvrir
des ossements et autres restés.
* Un cadavre casqué
Il a été découvert
à hauteur du village Ayi-Guinnou un cadavre casqué. II avait
été pêché. Les populations découvriront
hébétées que le corps avait été dévoré
jusqu'à hauteur de la poitrine.
Elles s'étaient efforcées
de lui enlever le casque (voir photo) qui porte les inscriptions suivantes
:
- Sur la partie frontale : ARAÏ
HELMET.
- Profil gauche: OMNI 2.
- Derrière : OMNI plus une étiquette
portant un grand S avec des inscriptions en langue chinoise ou asiatique.
En ce moment, la LDH a pu, à
grand peine, prendre possession du casque qu'elle préserve comme
pièce à conviction et pour les nécessité d'enquête.
Pièce N°4: Casque. Pièce
N°5: Photo du casque.
* Un cadavre revendiqué par
des inconnus
A Ayi-Guinnou, quelques jours après
l'enterrement d'un corps, des inconnus dont des gendarmes armés
avaient débarqué et ordonné aux populations d'indiquer
le lieu d'enterrement d'un cadavre qu'elles venaient d'inhumer.
Les populations menacées et
prises de panique ont cédé face aux intimidations et indiqué
le lieu de l'enterrement. Les inconnus déterrèrent le cadavre
et disparurent.
Nous avons posé de nombreuses
questions sur la provenance de ces personnes, leur identité, les
références de leurs véhicules, la direction prise.
Mais les populations n'avaient pu recueillir d'éléments d'information
en raison de la peur et du manque d'intérêt au fait que le
cadavre avait été emporté.
Nos enquêtes se poursuivent.
* Pourquoi les autorités togolaises
et béninoises se mettent en quatre pour récupérer
les objets trouvés sur les cadavres ?
Nous avons indiqué plus haut
qu'un cadavre a été vu casqué, que le dit casque avait
été récupéré comme pièce à
conviction par les populations. Depuis l'intervention sur RFI du journaliste
du FIGARO et le communiqué de la L.D.H., les populations d'Ayi-Guinnou
font l'objet de tracasseries de la part des autorités togolaises
et béninoises.
Un jeune homme, présumé
gardien du casque est fébrilement recherché par des agents
togolais. Des personnes ont été payées pour le retrouver.
Des agents togolais s'étaient offerts pour acheter le casque mais
avaient essuyé un revers de la population qui s'y est opposée..
Le 14 juillet 1999, deux (2) personnes
qui déclareront plus tard qu'elles seraient des colonels étaient
allées à l'hôtel « AWALE » (chambre N°5)
et tentèrent d'y faire venir le délégué
d'Ayi-Guinnou. Celui-ci s'y était opposé. Le maire fut sollicité
à cette fin, tenta de convaincre le délégué
mais sans succès.
C'est alors que ces deux personnes
décidèrent d'arriver en personne à Ayi-Guinnou, autour
de 20 heures, à bord du véhicule J0046RB.
Elles se mirent à fureter dans
les maisons. Découvertes, elles furent interpellées et contraintes
de s'expliquer sur leur présence à cette heure dans le village
et de décliner leur identité. Elles s'y opposèrent.
Elles furent encerclées par environ deux cents (200) personnes.
Elles menacèrent de tirer sur les populations inermes. Celles-ci
résistèrent et avaient maintenu l'étau autour d'elles.
C'est sur ces entrefaites que surgirent
les Chefs de Brigade de Grand-popo (qui semblait connaître les suspects)
et d'Agouè (ce dernier était très menaçant)
qui libérèrent les deux suspects et disparurent avec eux.
L'un des suspects exhiba entre temps
une carte d'identité militaire au nom de Samson OROU. Les populations
l'ont reconnu comme togolais.
Serait-ce le fameux OROU Samson bien
connu au temps du P.R.P.B, ou aurait-il passé sa carte à
un militaire togolais pour les besoins de la cause ? En tout cas, il a
entrepris une jeune fille du nom de KAZAME à qui il a remis 5.000
F pour lui servir d'indicatrice. Démasquée, celle-ci prendra
la fuite et était allée se réfugier au Togo. C'est
pendant qu'il recherchait son indicatrice qui avait pris la fuite à
son insu qu'il a été arrêté.
Pour les populations, les deux suspects
ont une nationalité douteuse.
Nous venons d'apprendre que le jeune
présumé gardien du casque serait recherché et vit
en ce moment en clandestinité, de même que le délégué
qui a été convoqué par la Gendarmerie.
(Cf.: Pièce N°6 : Convocation
de la Brigade de Gendarmerie d'Agouè en date du l6 JuiIlet l999.
CONCLUSIONS
Des questions
se posent alors...
Pourquoi les autorités togolaises
et béninoises s'acharnent à récupérer les objets
retrouvés sur les cadavres ?
Pourquoi persécutent-elles
ceux qui sont supposés les détenir ?
Pourquoi les personnes qui ont pu
faire des révélations ou se sont prêtés aux
questions de la LDH ou du journal FIGARO font l'objet de tracasserie ?
Que traduit la connivence entre
les autorités béninoises et togolaises dans cette affaire?
La Ligue pour la Défense des
Droits de l'Homme est préoccupée par la sécurité
des populations de la région.
Elle est préoccupée d'autant
que l'on sait avec quelle facilité les autorités togolaises
font de plus en plus d'incursion sur le territoire béninois à
des fins répressives. En tout état de cause, nous rendons
responsables les autorités du Bénin de tout ce qui adviendra
aux populations du Sud-Ouest du Mono (Communes de Grand-Popo, d'Agouè,
d'AvIo etc...) relativement au dossier des cadavres.
Les faits sont parlants.
Pour nous à la L.D.H., il
y a eu bel et bien des cadavres découverts sur les côtes du
Bénin, et au minimum une centaine dérivant au large. Face
aux tracasseries de la Gendarmerie béninoise, les populations ont
renoncé à les récupérer et même à
signaler leur présence ce qui confirme bien les révélations
d'Amnesty International.
Il appartient aux autorités
togolaises et béninoises, si elles persistent dans leurs attitudes,
de rapporter la preuve contraire.
Notre enquête a contribué
à mettre davantage en lumière l'affaire des cadavres.
Mais pour tarir les vaines dénégations
des autorités béninoises et togolaises, la Ligue pour la
Défense des Droits de l'Homme réclame une enquête internationale
indépendante.
Elle exige de faire partie de cette
commission d'enquête qui aura pour mission d'ouvrir les tombes désignées,
de vérifier les objets susceptibles d'appartenir aux personnes jetées
à la mer, de fouiller les registres de gendarmerie les plus secrets
tant an Bénin qu'au Togo, afin de faire un décompte de l'effectif
des soldats togolais, notamment ceux de Lomé, avant et après
les élections présidentielles de 1998 etc...
Nous remercions vivement les populations
d'Agouè, de Grand-popo, d'Avlo, d'Ayi-Guinnou et particulièrement
tous ceux qui ont aidé la L.D.H. pour leur esprit démocratique
et tout ce qu'ils ont fait pour la réussite de notre mission.
Cotonou, le 19 juillet 1999
Pour le Bureau Exécutif, Le
Président,
Julien TOGBADJA
Complément
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