DIXIÈME
ANNIVERSAIRE DE LA LIGUE TOGOLAISE DES DROITS DE L'HOMMME (LTDH)
(20 Juillet 1990
- 20 Juillet 2000)
La Ligue Togolaise
des Droits de l'Homme (LTDH) dans sa délicate mission de promotion,
de protection et de défense des droits de l'Homme
Situation des
Droits de l'Homme au Togo : Janvier – Juillet 2000
INTRODUCTION
Dans la vie d'une organisation, il existe
des occasions qui la déterminent inexorablement à porter
un regard critique sur le chemin parcouru pour identifier les difficultés
rencontrées, les obstacles surmontés, jauger les objectifs
atteints et fixer de nouvelles directives pour la réalisation de
la mission qu'elle s'est assignée.
Voilà autant d'interrogations
qui hantent aujourd'hui l'esprit de ceux qui tiennent la direction de notre
organisation et qui saisissent cette occasion pour survoler, ensemble avec
vous les dix (10) années d'existence de la Ligue Togolaise des Droits
de l'Homme (LTDH).
En effet, la LTDH a été
créée le 20 juillet 1990, une époque où le
peuple togolais avait enclenché un rude processus démocratique
face à un système politique à parti unique déjà
vieux de près de trente (30) ans.
Son objectif était de contribuer,
par la promotion, la protection et la défense des droits de l'Homme,
à l'édification d'un véritable État de droit
au Togo.
Ce fut donc un événement
important, car la naissance de cette première organisation privée
de défense des droits de l'Homme au Togo, à côté
de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH), marquait un moment
historique de conscience collective du peuple togolais et la ferme volonté
de nos concitoyens de faire, de la dignité humaine, le fondement
de la liberté, de la justice et de la paix.
Ainsi, les principes de base tels que
définis par les membres fondateurs et sur lesquels reposaient les
actions de notre organisation depuis sa création, faisaient tous
références aux idées sous-jacentes contenues dans
les divers instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme que
notre pays, le Togo, a ratifiés ou auxquels il a adhéré.
Ce sont, entre autres, la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme (DUDH), le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques
(PIDCP) et son Protocole facultatif, le Pacte International relatif aux
Droits Économiques, Sociaux et Culturels (PIDESC), la Charte Africaine
des Droits de l'Homme et des Peuples (CADHP) qui énoncent tous des
principes qui sont également contenus dans la Constitution togolaise
du 14 octobre 1992, la loi fondamentale qui régit la vie de notre
nation.
Nous pouvons donc affirmer, sans risque
de nous contredire, que la LTDH répond à une nécessité
légitime, celle de défendre, de protéger et de promouvoir
les droits de l'Homme et doit être comprise comme un partenaire privilégié
des actions que mène l'État pour assurer le bien être
des citoyens.
C'est donc dans cette logique que la
LTDH vérifie, contrôle et analyse les mesures prises par les
pouvoirs publics pour donner effet aux différents droits reconnus
par notre Constitution et par les divers instruments internationaux relatifs
aux droits de l'Homme que notre pays a ratifié ou auxquels il est
partie.
Nous faisons ainsi des remarques et
des propositions aux gouvernants, garant de la sécurité des
citoyens, en tenant dûment compte des différents cas de violations
constatés ou signalés.
Nous n'ignorons pas certes que la LTDH
continue d'être l'objet de critiques de la part de ceux qui confondent
à tort son rôle avec celui d'un parti politique.
En effet, il faut rappeler que conformément
aux dispositions de la loi de 1901 dont la LTDH tire sa légitimité
et en application des statuts qui régissent l'organisation, la LTDH
demeure une association apolitique qui ne soutient ni ne combat aucun gouvernement
ou système économique.
Nous nous attachons exclusivement à
la défense des droits de l'Homme impliqués dans chaque cas,
indépendamment de l'idéologie du gouvernement ou des opinions
des victimes. En 1997, lorsque nous prenions les rênes de notre organisation,
il faut reconnaître que le climat socio-politique qui prévalait
dans notre pays n'était pas de nature à encourager notre
mission et nous en connaissons tous les raisons.
Malgré cela, nous nous sommes
résolument engagés dans la rude bataille menée et
léguée par nos prédécesseurs afin de réaliser
les nobles objectifs fixés par l'organisation.
Il faut avouer que dans une situation
socio-politique aussi trouble où l'autorité de l'État
même était ébranlée par des crises et violences
de tout genre, le combat pour le respect et la sauvegarde des droits et
libertés fondamentaux n'est pas du tout aisé.
Néanmoins, certains actes ont
pu être posés. La LTDH publie chaque année, un rapport
d'activité et un rapport sur la situation des droits de l'Homme
pour présenter quelques actions qu'elle réalise non seulement
sur le plan de promotion mais aussi en matière de protection et
de défense des droits de l'Homme et pour attirer l'attention de
l'opinion publique nationale et internationale sur les violations des droits
humains qui ne cessent d'être perpétrées au Togo.
En attendant notre toute prochaine Assemblée
Générale et l'organisation de nouvelles élections
pour le renouvellement du Bureau Exécutif, nous poursuivons notre
mission, malgré les difficultés financières chroniques
que connaît notre organisation.
Nous saisissons également cette
occasion pour présenter la situation des droits de l'Homme au Togo
durant ce mi-parcours de l'an 2000.
1) DROIT À
LA VIE, LA SÉCURITÉ DES PERSONNES ET DES BIENS
Tel que nous l'avons fait remarquer
dans nos derniers rapports, l'insécurité des personnes et
des biens est l'un des problèmes les plus inquiétants qui
continuent de miner la situation des droits de l'Homme au Togo.
Les paisibles citoyens de nos villes
et campagnes sont permanemment inquiétés soit, à cause
de leurs opinions, soit à cause de leurs biens. Mais, pour résoudre
ce problème, la LTDH pense que le gouvernement doit prendre ses
responsabilités et manifester clairement sa volonté de mettre
fin au règne de l'impunité au Togo, en reconnaissant à
notre Justice sa pleine indépendance dans l'exercice de sa mission
de garante des droits et libertés individuels. Ce qui permettra
sans doute de prévenir de nouvelles violations et rassurera nos
concitoyens.
Après donc des décennies
d'atrocités, d'exécutions extrajudiciaires, de disparitions
forcées, de tortures et d'arrestations arbitraires, il est temps
que le pouvoir en place au Togo se résolve à faire toute
la lumière sur toutes les accusations qui sont dirigées contre
lui. Ce serait une condition essentielle à la vraie réconciliation
nationale et au renouveau politique. C'est pourquoi nous saluons aujourd'hui
le courage et la volonté du gouvernement togolais qui accepte la
mise en place par l'ONU et l'OUA d'une Commission Internationale Conjointe
pour faire la lumière sur les violations des droits de l'Homme au
Togo, mentionnées dans les différents rapports des organisations
internationales de défense des droits de l'Homme, notamment Amnesty
International.
A l'orée de ce troisième
millénaire, le Togo a déjà enregistré certaines
violations qui illustrent bien l'insécurité permanente entretenue
par l'impunité. On peut mentionner à titre indicatif des
exemples ci-après :
- Le 11 décembre 1999, aux environs
de 18 H à Kouvé dans la préfecture de Yoto, suite
à un litige foncier entre deux familles alliées, le militaire
SOUKOU Komi, alors en guet-apens, attaqua DOGBEAVOU Kodjo Jacques avec
son pistolet et son couteau de commando. Paniqué, ce dernier tenta
de s'enfuir mais tomba dans un trou en donnant l'occasion à son
bourreau de le poignarder violemment à la poitrine. Avant de rendre
l'âme, la victime a cassé le bras de son assassin qui s'est
enfuit dans la brousse devant les yeux impuissants des paysannes revenues
du champ en abandonnant sur le lieu du crime sa moto Honda CG.
- Suite à un autre litige foncier
qui a opposé le militaire reformé VIGBEDO Koumondji Komlan
Simon et le sieur FIAGAH Komi Agbégnégan, instituteur à
l'IPE d'Agoé-Nyivé et qui a vu son dénouement à
la Cour d'appel de Lomé, le 22 octobre 1998, ce dernier fait l'objet
de persécutions et de menaces de mort de la part de Monsieur VIGBEDO
jusqu'à ce jour.
- Dans la soirée du 03 mai 2000,
le sieur Edi Class, un commerçant belge âgé de 55 ans,
alors qu'il quittait le Bar Ricardo, non loin de la frontière Lomé-Aflao,
dans le quartier de Kodzoviakopé aux environs de l'Ambassade d'Allemagne,
a été braqué et tué par des malfrats armés
qui ont réussi à s'emparer de son sac contenant de l'argent.
- Le samedi 15 avril 2000, dans le quartier
Tokoin-Solidarité, en début de soirée, le Chargé
d'Affaires de la République du Gabon au Togo, M. Mamva N'Kélé,
alors à bord de sa Mercedes pour rejoindre la chancellerie, a été
attaqué et froidement abattu par deux individus armés non
identifiés qui ont réussi à s'enfuir à bord
de la Mercedes en abandonnant sur les lieux leurs motos. Alertées,
les autorités togolaises ont ouvert une enquête afin de retrouver
les assassins et nous attendons la suite de cette enquête au cours
de laquelle deux (2) personnes ont été arrêtées.
- Le 06 avril 2000, aux environs de
03 H du matin, dans le quartier Avédji, une banlieue au nord-ouest
de Lomé, des malfrats non identifiés ont tiré à
bout portant sur le douanier OBIAOU Kossi a et blessé grièvement
sa femme dans leur domicile. Ce dernier a succombé à ses
blessures le 13 avril 2000 malgré les soins qui lui ont été
administrés au pavillon militaire du CHU de Lomé-Tokoin.
Les raisons de cet assassinat restent non élucidées jusqu'à
ce jour.
2) LIBERTÉ
DE PRESSE ET D'EXPRESSION
La LTDH a toujours pris position et
exprimé ses vives préoccupations relativement aux multiples
violations de la liberté de presse en dénonçant les
persécutions dirigées contre les responsables de publications
de journaux indépendants et les procès intentés contre
certains journaux.
Il y a deux ans, nous avons salué
la volonté de protéger davantage la liberté de presse
et d'expression, manifestée par les autorités togolaises
qui ont installé la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de
la Communication (HAAC) et adopté, en janvier 1998, un Code de la
Presse et de la Communication.
Malheureusement, la confiance que le
peuple a placée dans ces instruments a été trahie
par les fréquentes violations dont continue de souffrir cette catégorie
de droits, des violations qui sont illustrées par des arrestations
et emprisonnements arbitraires tels que nous les avons mentionnés
dans nos derniers rapports.
Aujourd'hui, malgré les efforts
de la société civile pour améliorer la liberté
de la presse, le gouvernement cherche plutôt les moyens pour intimider
et réduire au silence la presse, une des composantes nécessaires
à l'édification d'un véritable État de droit.
En effet, le 22 décembre 1999,
le gouvernement a adopté un projet de loi qui, tout en modifiant
le Code de la Presse, aggrave les peines de prisons fermes à l'égard
des journalistes coupables de délits de presse.
Malgré les explications données
par les Organisations des Médias Privés sur le caractère
répressif de ce projet, le 04 janvier 2000, l'Assemblée Nationale
a voté un projet de loi en donnant ainsi au gouvernement une loi
scélérate qui lui permet désormais d'emprisonner les
journalistes pour des délits de presse. Ce que nous considérons
aujourd'hui comme une régression en matière de liberté
de presse au Togo.
3) SITUATION
DES PRISONNIERS - ARRESTATIONS ARBITRAIRES, TORTURE ET MAUVAIS TRAITEMENTS
EN DÉTENTION
Dans tout état démocratique,
le respect de la dignité humaine reste le critère de référence
incontournable à tout système de répression des citoyens.
C'est pourquoi des règles de poursuites judiciaires ont été
établies, de même que des règles minima pour le traitement
des détenus ont été définies, dans des instruments
relatifs aux droits de l'Homme, afin de sauvegarder l'intégrité
physique et psychologique des citoyens qui seront amenés à
répondre de leurs actes délictueux.
Malheureusement, les conditions de détention,
le traitement des détenus et l'État de nos prisons, sont
déplorables voire inquiétantes. Cette situation avait préoccupé
depuis 1994 les dirigeants de la LTDH qui ont organisé des visites
dans toutes les prisons du pays pour identifier les réels problèmes
et voir dans quelles conditions ils peuvent aider à leurs trouver
des débuts de solutions.
La LTDH a en effet interpellé
plusieurs fois le gouvernement afin d'améliorer sensiblement les
conditions de détention et l'état de nos prisons. Malgré
ces appels, force est de constater que ces conditions se dégradent
de jour en jour et les autorités semblent ne pas en faire une priorité.
Ainsi, à côté de
la surpopulation, des mauvaises conditions d'hygiène et la détérioration
de la santé des détenus, tout cela accompagné de la
lenteur judiciaire dans le traitement des dossiers, il faut noter que certaines
arrestations qui conduisent dans ces prisons, surtout pour les prisonniers
d'opinion, sont pour la plupart arbitraires.
A titre indicatif, nous pouvons citer
les cas ci-après :
- Accusé d'avoir publié
un communiqué qui fait état de la mort d'une jeune lycéenne
suite à l'intervention répressive des forces de l'ordre lors
de la réunion pacifique des Etudiants au lycée d'Agbalépédogan,
le 07 décembre 1999, le journaliste COMLAN Kpagli Roland a été
arrêté le 23 décembre 1999 et gardé à
la Prison Civile de Lomé.
Un mois après l'arrestation du
journaliste, les syndicalistes, MM. ALLAGA-KODEGUI Pierre, Secrétaire
Général de la Fédération des Travailleurs de
l'Enseignement et GBIKPI-BENISSAN Norbert, Secrétaire Général
de l'UNSIT, auteurs du communiqué incriminé, ont été
à leur tour arrêtés et emprisonnés pour même
le chef d'accusation que le journaliste COMLAN, "publication de fausses
informations".
Les deux syndicalistes et le journaliste
ont finalement retrouvé leur liberté le 04 février
2000 suite à un soi-disant geste de magnanimité du Chef de
l'État.
Il faut noter que cette libération
intervenait à la veille d'une grande marche pacifique prévue
pour le 05 février 2000 pour exiger leur libération inconditionnelle
et immédiate.
- Pour avoir publié un article
dans le n°27 de son journal et qui fait état de la mort de la
fille du Chef de l'État au cours d'un accident de la circulation
survenu le mardi 04 avril 2000, le Directeur de l'hebdomadaire "l'Exilé"
a été arrêté et envoyé à la prison
civile de Lomé, le 14 avril 2000 alors que le journal a été
saisi la veille avant même d'être distribué. Or, le
journaliste était accusé d'avoir publié ou diffusé
de fausses informations.
- A la suite des manifestations organisées
par des étudiants de l'Université du Bénin, le jeudi
02 mars, sur le campus universitaire, 12 étudiants ont été
arrêtés le même jour et déférés
à la prison civile de Lomé. Ils avaient été
accusés d'avoir participé volontairement au rassemblement
illicite organisé par le sieur LAMBONI Lorampo qui disputait la
direction du CEUB avec l'étudiant ABENTE et pour avoir participé
à la casse des biens publics à la direction du CNOU. Bien
que les prévenus n'aient pas reconnu les faits qui leur sont reprochés,
parce qu'arrêtés pour la plupart en dehors du lieu de la manifestation,
la Chambre Correctionnelle du Tribunal a procédé au jugement
des douze (12) étudiants. Cinq (5) d'entre eux ont été
relaxés, 7 ont été condamnés à 6 mois
d'emprisonnement avec sursis tandis que LAMBONI Lorempo, SEGBEAYA Komivi,
AKAKPO Ayaovi et KOLANI, ont été jugés par défaut
et condamnés à 18 mois de prison ferme et à trois
millions (3.000.000) de francs à titre de dommages-intérêts.
Un mandat a été décerné à leur encontre.
Malgré ces intimidations, les
étudiants étaient déterminés dans leur mouvement
de revendication pour l'amélioration de leurs conditions de vie
et d'étude. Au lieu d'amorcer un dialogue avec les étudiants,
les autorités ont arrêté respectivement les lundis
03 et 10 avril 2000 et déférés à la justice
respectivement les mardis 04 et 11 avril, les étudiants KPELAFIA
Koumoyi, Secrétaire Général de CEUB et TCHADJOBO Hanif,
délégué des étudiants du département
d'histoire emprisonnés également pour incitation à
la désobéissance civile et destruction de biens publics.
Le journaliste AGBOH n'a été
libéré que le 16 juin 2000 après un report de son
jugement, au lendemain de la libération des étudiants. Il
faut souligner que leur libération intervenait à la veille
d'une grande marche interdite par les autorités togolaises.
- Pour avoir répondu à
un appel de la police secours qui l'accusait d'avoir appelé pour
signaler la perte d'un véhicule RT-8112-P appartenant au sieur KABOUA
Abass, la mineure AGBOZO Essi âgée de 12 ans a été
conduite, sur ordre de la police, par sa tutrice dame Abah Da SILVEIRA
Adjélé à la Sûreté Nationale où
elle a été gardée, du 05 au 06 mai 2000 avant d'être
transférée à la Brigade pour Mineurs, pour être
finalement libérée le 11 mai 2000 suite à l'intervention
conjuguée de la LTDH et de la Commission Nationale des Droits de
l'Homme (CNDH).
- Pour avoir protesté contre
des campagnes de mensonges et de diffamation et de dénigrements
orchestrées au cours d'un point de presse au Centre Communautaire
de Bè par des individus se réclamant de l'UFC, de la CDPA
et du CAR sous la direction du sieur GBEGNEDZI Agbélenko et couvertes
par les médias d'État, en l'occurrence la Télévision
Togolaise, une dizaine de jeunes militants de l'UFC ont été
blessés et arrêtés les 23 et 24 février 2000.
Il s'agit de :
Koffi AGANON; Koffi AGBAVON; Espoir
AMEKOUDJI; Foli AMOUANI; Augustin ATTILEY; AWOUKOU; Debuto BAMEZON; Kwassi
XEMATSRI; HILLAH; KPADE; Messan KOUDZRA; Brigitte LAÏSON; Edith SODOPE.
Parmi eux, sept (7) continuent d'être
incarcérés à la prison civile de Lomé après
un premier report de leur jugement le 05 juillet 2000 cinq jours avant
la tenue du sommet de l'OUA à Lomé.
- D'autres prisonniers font l'objet
de mauvais traitements au cours de leur détention. C'est le cas
par exemple de l'Adjudant KPETO Amé, mis aux arrêts depuis
le 09 janvier 1999 à la gendarmerie nationale et transféré
depuis bientôt quatre mois à la prison civile de Lomé.
Tout récemment, pour des raisons non clairement élucidées,
le sieur KPETO a été sauvagement tabassé devant les
prisonniers de même que sa femme qui a reçu des coups de bâton
dans les mains pour avoir apporté des cigarettes à son mari
lors d'une de ses visites.
- Depuis janvier 2000, la LTDH a été
régulièrement informée que des citoyens togolais ont
été arrêtés, gardés à la Sûreté
Nationale et transférés à la prison civile de Kara
où ils sont détenus actuellement dans des conditions très
déplorables. Il s'agit de :
Amégninou dit Samba Santos, Doni
Koffi, Mawuli Kové, Kliko Kokou Yovodévi dit Gildas Eglo,
Lawson Akouété Latévi dit Kalakouta, Messan Kokou
Paul dit Hébiesso, Ntsukpui Attisso, Nyabledji John Séko
Koudjo dit Django et Sosouvi Kovi Hounvé.
Selon les informations reçues,
ces détenus font l'objet de mauvais traitements et de torture et
leur état de santé est considérablement dégradé.
Nous avons été informés de la mort deux d'entre eux
à savoir Ntsukpui Attisso et Messan Kokou Paul. La LTDH, de même
que certaines organisations nationales et internationales de défense
des droits de l'Homme sont en train de mener des actions en vue de l'amélioration
des conditions de détention de ces prisonniers et accélérer
leur jugement.
4) LIBERTÉ
DE CIRCULATION
Cette catégorie a déjà
fait l'objet d'une large analyse dans notre dernier rapport.
Nous saisissons toutefois cette occasion
pour attirer l'attention des autorités togolaises sur les difficultés
que les citoyens continuent de rencontrer dans la délivrance des
titres de voyage, en l'occurrence le passeport.
Nous avons salué la prise de
position du gouvernement exprimé le 20 janvier dernier par le Ministre
de la défense relativement à l'allégement sensible
des conditions de délivrance de passeport. Malheureusement, force
est de constater que l'obtention de ce titre de voyage demeure un parcours
de combattant pour les citoyens.
Ce qui est contraire au principe de
la libre circulation des citoyens exprimé dans notre Constitution
et dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme que
le Togo a ratifiés ou auxquels il a adhéré.
5) LIBERTÉ
DE RÉUNION ET DE MANIFESTATIONS PACIFIQUES
On ne saurait terminer ce rapport sans
faire remarquer que la liberté de réunion et de manifestation
pacifique n'est pas respectée au Togo.
Pour preuve, à titre indicatif,
nous soulignons que, depuis décembre 1999 jusqu'à ce jour
les manifestations pacifiques organisées par les paisibles citoyens
pour revendiquer leurs droits légitimes ont toujours été
soldées par des arrestations ou bloquées par des interdictions
que les autorités brandissent quelques fois.
C'est le cas par exemple des manifestations
des enseignants, étudiants et élèves du 08 décembre
1999 qui ont été soldées par des arrestations, blessures
et séquelles graves dont ont été l'objet certains
manifestants.
C'est également le cas de la
marche pacifique du 17 juin dernier en vue de la libération des
militants de l'UFC, des étudiants et du journaliste AGBOH.
Enfin, c'est le cas de la marche du
06 juillet dernier organisée par des militants de l'UFC pour protester
contre le maintien en détention de leurs sept militants écroués
depuis quatre mois et qui a vu de nombreux manifestants, en majorité
des femmes, molestés et blessés.
CONCLUSION
ET RECOMMANDATIONS
Somme toute, à la lumière
de tout ce qui précède, on peut aisément constater
qu'il y a un décalage entre les droits et libertés proclamés
dans la constitution du 14 octobre 1992 et la pratique qui en est faite
au quotidien.
Les cas de violations des droits de
l'Homme qui sont répertoriés dans le présent rapport,
loin d'être exhaustifs, ont le mérite d'attirer l'attention
sur l'état des droits et libertés dont la protection laisse
encore à désirer au Togo.
Car, si la plupart des institutions
prévues par la Constitution et pouvant contribuer à la promotion
et à la protection des droits de l'Homme au Togo, telles la Commission
Nationale des Droits de l'Homme (C.N.D.H.), la Haute Autorité de
l'audiovisuel et de la Communication (H.A.A.C.), la Cour Constitutionnelle,
voire le Code de la Presse ont été mises en place, force
est cependant de constater qu'elles n'ont pas encore répondu aux
attentes d'efficacité que les citoyens peuvent légitimement
en espérer.
Il convient donc, d'exhorter une fois
encore le Gouvernement togolais à consentir, au cours de cette année
2000 proclamée année internationale de la culture de la paix
par les Nations Unies, un effort particulier pour aménager et respecter
effectivement des espaces de libertés dans notre pays, afin de traduire
dans les faits, l'aspiration à la dignité humaine des populations.
La LTDH exhorte les autorités
publiques à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté
plus grande pour favoriser le progrès social, en mettant tout en
oeuvre pour mettre un terme aux violations des droits de l'Homme.
Sur les cas d'assassinats et de
vols à mains armées
Vivement préoccupée par
les actes criminels de grand banditisme qui sèment la désolation
au sein de paisibles familles, la LTDH exhorte le Gouvernement à
s'attaquer à ce fléau en mettant en place une véritable
politique de lutte contre l'insécurité, avec le concours
de la société civile, afin de dissuader un tant soit peu
les auteurs de ces actes répréhensibles ou le cas échéant,
d'apporter un prompt secours aux victimes. Une attention particulière
pourrait être accordée à certains quartiers de la capitale
où sévit particulièrement l'insécurité.
L'électrification de ces quartiers pourra être envisagée
comme un début de solution.
Dans tous les cas, les auteurs des actes
criminels doivent être recherchés, traduits devant la justice
et punis conformément à la loi.
Sur les violations de domicile
et les arrestations arbitraires
La LTDH exhorte les autorités
compétentes togolaises à un respect scrupuleux des dispositions
de l'article 28 de la Constitution du 14 octobre 1992 et à mettre
un terme aux pratiques de perquisitions et de visites policières,
en dehors de tout mandat régulièrement délivré
par l'autorité judiciaire compétente. Il en va de même
pour les arrestations arbitraires.
Sur les cas de violences politiques
La LTDH invite le Gouvernement à
tout mettre en oeuvre pour que les périodes pré-électorales
et de campagnes électorales prochaines se déroulent dans
un climat de sécurité pour toutes les formations politiques.
Pour ce faire, elle demande aux autorités publiques de rechercher
et de punir les vrais auteurs et les pseudo-auteurs exhibés sur
les médias d'État des agressions et violences dirigées
contres les militants et leaders des partis politiques, afin de dissuader
la réédition de tels actes.
En tout état de cause, l'impunité
nuit à l'État de droit et fait peser de lourdes menaces sur
la paix dans notre pays, en ce qu'elle comporte des risques de recours,
par les formations politiques, aux milices d'autodéfense.
Sur les cas de disparitions forcées
La LTDH demande instamment aux autorités
d'user de tous les moyens à leurs dispositions pour faire connaître
la vérité sur ces disparitions. Cela constituera pour le
Gouvernement un acte de crédibilité tant aux yeux de la communauté
nationale qu'internationale.
Sur la liberté de presse
et d'expression
La LTDH demande au gouvernement d'assurer
une gestion rationnelle et équitable des médias d'État
dont il a la charge, en garantissant le libre accès à toutes
les formations politiques et à faire de ces médias de véritables
espaces de liberté, de formation civique et de culture démocratique.
Les organes de la presse privée
ne doivent plus faire l'objet de menaces incessantes, mais ils doivent
plutôt participer à la formation du public. Et pour ce faire,
la LTDH invite le gouvernement à respecter et à faire respecter
le Code de la Presse et de la Communication par les autorités judiciaires
en matière de répression du délit de presse.
Sur les cas de torture
La LTDH rappelle que la vie humaine
n'a pas de prix et que toute personne a droit au respect de sa vie et demande
au gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires afin
que la santé physique et psychologique des détenus soit préservée,
eu égard à la Constitution que nous avons adoptée.
Suggestions ou critiques à diastode@diastode.org
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