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TOGO:
ÉTAT DE TERREUR
Rapport 1999
d'Amnesty International sur les
violations
de droits de l'homme au Togo
1.Introduction
2.
Le contexte politique
3.
Garanties constitutionnelles et obligations internationales du Togo
4.
Persistance des violations des droits humains
5.
Arrestation et détention de probables prisonniers d'opinion
6.
Arrestations pendant les élections présidentielles de juin 1998 et les législatives de mars 1999
7.
Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de la presse
8.
Torture et mauvais traitements
9.
Morts sous la torture en détention
10.
Exécutions extrajudiciaires et "disparitions"
11.
Conditions de détention
12.
Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
13.
Impunité
14.
Le Togo et le reste du monde
Conclusions
et recommendations
1.
Introduction
Depuis des années, ne cessent
de parvenir des informations concernant les violations des droits humains
au Togo. Par ailleurs, les exécutions extrajudiciaires et les "disparitions"
se poursuivent en toute impunité dans ce pays, gouverné depuis
1967 par le président GNASSINGBÉ Eyadéma. Les arrestations
arbitraires suivies de torture et de mauvais traitements aboutissent parfois
à des décès en détention.
La transgression des lois nationales
ainsi que le non-respect des instruments internationaux, notamment le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques et la Convention
contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants que le Togo a ratifiés, se poursuivent et ont
sérieusement ébranlé les fragiles structures de la
société togolaise.
Aucun des changements démocratiques
intervenus au Togo depuis la grande manifestation du 5 octobre 1990, n’est
parvenu à mettre un terme aux violations des droits humains. Au
cours du deuxième trimestre 1991, une conférence nationale
réunissant des centaines de personnes dont des membres des organisations
non gouvernementales de défense des droits humains, a mis en place
des instances de transition. Une nouvelle Constitution ouvrant la voie
au pluralisme politique a été approuvée par référendum
en septembre 1992. Cependant, l’avènement du multipartisme et d’une
certaine liberté d’expression n’ont pas empêché que
de graves atteintes aux droits de la personne continuent d’être commises
en toute impunité.
Ces violations sont essentiellement
le fait des forces de sécurité qui agissent depuis des années
sans en répondre devant la justice. De nombreux interlocuteurs rencontrés
par une délégation d’Amnesty International en novembre et
décembre 1998, ont insisté sur la volonté délibérée
des Forces armées togolaises (FAT) et de la gendarmerie nationale
de terroriser la population civile, surtout à la veille de grands
rendez-vous électoraux, lorsque les autorités togolaises
pressentent la volonté de changement au sein de la population. Il
en a été ainsi lors de la manifestation pacifique de janvier
1993 et lors du scrutin présidentiel de juin 1998. Les forces de
sécurité togolaises, dont le rôle est la protection
des citoyens togolais, inspirent plutôt la terreur. Un ancien prisonnier
d’opinion , arrêté arbitrairement, lors de l’élection
présidentielle de 1998, et torturé pendant sa détention
a confié à la délégation d’Amnesty International
sa peur à la simple vue d’un homme portant l’uniforme des forces
de sécurité. D’autres, depuis leur libération, vivent
dans la clandestinité au Togo ou ont préféré
se réfugier dans des pays limitrophes comme le Bénin et le
Ghana ou même en Europe.
La délégation d’Amnesty
International composée de trois personnes qui s’est rendue au Togo
en novembre et décembre 1998, s’est entretenue de la gravité
de la situation des droits humains avec des responsables du pays, y compris
les ministres de la Justice, de l’Intérieur et de la Défense.
Tous ont affirmé leur attachement à la protection et
à la promotion des droits humains et déclaré que leur
pays était un État de droit. La délégation
d’Amnesty International a pu effectuer également sans entraves une
mission de recherche auprès des victimes et des témoins directs
de certaines atteintes tant dans la capitale que dans les préfectures
dont celles du Haho, des Lacs, de l’Ogou et du Yoto. En outre, la délégation
d’Amnesty International a rencontré d’autres victimes et témoins
togolais résidant au Ghana ou au Bénin.
Malgré cette apparente
bonne disposition à l’égard d’Amnesty International, les
autorités togolaises refusent de faire la lumière sur leur
politique en matière de droits humains. Confrontées à
tout un faisceau d’indices concernant notamment les exécutions extrajudiciaires,
les arrestations arbitraires suivies de tortures et de mauvais traitements
et les décès en détention, les autorités ont
nié les informations d’Amnesty International et ont reproché
à la délégation de remuer de vieux souvenirs. Le ministre
de l’Intérieur a reconnu l’exécution extrajudiciaire du colonel
TEPE Eugène Koffi, chef d’état-major adjoint, et trois membres
de sa famille, survenues en mars 1993, au lendemain d’une attaque contre
le camp du Régiment interarmes togolais (RIT). Il a ajouté
:"il faut le mettre dans le contexte, les militaires voulaient se venger,
on est en Afrique ici et il est évident qu’en Europe cela ne pourrait
pas se passer". Au moins 20 personnes, comprenant à la fois des
militaires et des civils, avaient été exécutés
extrajudiciairement par les FAT. Un autre ministre a parlé de "bavure"
pour minimiser les actions des forces de sécurité.
Devant les allégations
répétées de violations de droits humains, Amnesty
International demande que les mots "oubli" et "bavure" ne soient pas érigés
en système de defense. La société civile, les victimes,
leurs proches ainsi que la communauté internationale attendent une
réponse des autorités togolaises et ne peuvent se contenter
de déclarations à propos d’un hypothétique État
de droit. La situation dans laquelle se trouve le pays exige des actes
concrets. Le Togo, qui a ratifié la quasi totalité des instruments
internationaux et dont la Constitution offre certaines garanties en matière
de protection de droits humains, ne peut pas se voiler la face et se doit
d’honorer ses engagements tant sur le plan national qu’international.
A plusieurs reprises dans le passé,
Amnesty International a adressé des recommandations aux autorités
togolaises afin qu’elles agissent de toute urgence pour empêcher
que soient commises de nouvelles atteintes aux droits humains, mais rien
pour le moment n’a réellement été entrepris pour mettre
un terme à cette situation qui a fait déjà des centaines
de victimes civiles.
Le présent document se
fonde sur les résultats de la mission d’enquête d’Amnesty
International menée en novembre et décembre 1998. Il relate
la politique d’exécutions extrajudiciaires, la pratique de "disparitions",
les arrestations et les mises en détention arbitraires suivies de
torture et de mauvais traitements ainsi que les décès en
détention et les mauvaises conditions de détention , au cours
des quatre dernières années. Il s’achève par un certain
nombre de recommandations adressées aux autorités togolaises
ainsi qu’à des pays étrangers principalement la France à
qui l’on demande de s’assurer que les transferts en matière militaire,
de sécurité et de police ne soient pas utilisés contre
la population civile et que toute aide dans ce domaine comporte un programme
de formation en matière de droits humains.
2. Le contexte
politique
Suggestions ou critiques à diastode@diastode.org
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