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TOGO:
ÉTAT DE TERREUR
Rapport 1999
d'Amnesty International sur les
violations
de droits de l'homme au Togo
1.Introduction
2.
Le contexte politique
3.
Garanties constitutionnelles et obligations internationales du Togo
4.
Persistance des violations des droits humains
5.
Arrestation et détention de probables prisonniers d'opinion
6.
Arrestations pendant les élections présidentielles de juin 1998 et les législatives de mars 1999
7.
Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de la presse
8.
Torture et mauvais traitements
9.
Morts sous la torture en détention
10.
Exécutions extrajudiciaires et "disparitions"
11.
Conditions de détention
12.
Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
13.
Impunité
14.
Le Togo et le reste du monde
Conclusions
et recommendations
11. Conditions de détention
Dans tout le pays, et plus particulièrement
à la prison civile et à la gendarmerie nationale situées
à Lomé, les conditions de détention sont extrêmement
pénibles. Elles sont loin de répondre aux normes internationales
pour le traitement des prisonniers, notamment à l’Ensemble de règles
minima pour le traitement des détenus et l’Ensemble de principes
pour la protection de toutes personnes soumises à une forme quelconque
de détention ou d’emprisonnement. Les conditions de détention
des prisonniers d’opinion, des prisonniers politiques et de droit commun,
sont si déplorables qu’elles constituent une négation de
leurs droits les plus fondamentaux. Elles sont une menace pour leur santé,
voire pour leur vie, et peuvent être assimilées à un
traitement cruel, inhumain et dégradant.
Quoique officiellement la prison
civile de Lomé soit un établissement public, ce n’est pas
l’administration pénitentiaire qui y fait régner l’ordre,
mais certains détenus qui, avec l’accord tacite de l’administration
imposent leur loi.
D’après les témoignages
qu’Amnesty International a pu recueillir en novembre 1998, il semble que
la vie à l’intérieur de la prison échappe à
tout contrôle de l’État. Il n’a pas été possible
d’obtenir le règlement intérieur. Si toutefois celui-ci existe,
il est régulièrement détourné, voire bafoué,
au profit d’une bande de détenus, qui, avec la complicité
tacite du ministère de la Justice, y fait régner l’arbitraire
le plus total. Ces détenus ne pensent qu’à s’enrichir sur
le dos de ceux qui ont les moyens de payer et répondent à
des noms comme “chef de bâtiment” (CB), “chef de bâtiment adjoint”
(CBA) ou “commando”.
Tout nouvel arrivant doit verser
des droits pour notamment bénéficier d’une natte individuelle,
être appelé par le “crieur” lors des visites ou pour avoir
accès aux WC ou la douche. Le droit d’entrée varie entre
5500 et 7500 CFA en fonction de la situation financière du
détenu. Un ancien détenu a raconté à la délégation
d’Amnesty International la vie quotidienne dans la prison civile de Lomé:“Ceux
qui n’ont pas le moyen de payer se retrouvent dans une situation appelée
“cafouillage” ou “single always” c’est-à-dire qu’ils s’entassent
très serrés à cinq ou six par natte afin de permettre
à ceux qui sont “en règle” de se coucher à deux sur
une natte. Les détenus, responsables de l’ordre ont chacun
une natte pour dormir”.
Cet ancien détenu ajoute
que des “arrêts” et des “amendes” sont infligés à ceux
qui ne sont pas en règle. “Celui contre qui un arrêt est prononcé
doit l’exécuter dans un délai de 48 heures, sans quoi, il
est puni d’effectuer une des corvées (vaisselle, évacuation
d’eau sale, d’urine et de WC), en cas de refus, il est muté dans
un bâtiment plus dur. Des détenus moins âgés,
sont tenus de “ventiler” les plus âgés responsables de la
prison, surtout durant les grosses chaleurs, pendant toute la nuit quand
ils dorment ou pendant la journée”.
Des punitions corporelles sont
également infligées à ceux qui ne respectent pas certaines
règles de la prison. Au signal de “makou général”
(silence général), les détenus ne doivent plus parler
et celui qui enfreint cette consigne est battu. Il est également
interdit de réveiller les autres la nuit ou de dormir à l’intérieur
d’une cellule de la prison dans la journée. Mises à part
les amendes et les corvées décrites plus haut, le détenu
récalcitrant peut être contraint de se tenir debout sur un
seul pied jusqu’au passage d’un avion au dessus de Lomé.
En dehors des détenus privilégiés
qui rançonnent les prisonniers, des gens inconnus de l’administration
pénitentiaire, se présentant au titre de commis d’administration
au parquet, viennent régulièrement proposer une libération
immédiate aux détenus contre le paiement d’une somme d’argent.
L’administration pénitentiaire
peut difficilement ignorer ces faits puisque c’est elle-même qui
octroie certains droits aux détenus “responsables”. C’est ainsi
que le “porte-parole”, qui fait le lien entre l’administration et les détenus
notamment au moment des visites dans la grande cour, peut accorder de son
propre chef le droit à un détenu de recevoir un visiteur.
En prison, les soins médicaux
et l’alimentation sont très insuffisants. De nombreux détenus
souffrent de maladies comme la tuberculose ou d’affections de la peau,
pour lesquelles ils ne reçoivent aucun traitement médical
de la part de l’administration pénitentiaire.
En juin 1997, des dizaines de
décès en détention ont été signalés
et la presse togolaise, dont “Crocodile”, en avait fait état à
l’époque à la suite de la découverte de 69 cadavres
qui ont été inhumés par les services de la morgue
de Tokoin. La direction de la morgue avait déclaré que parmi
les 69 corps, 37 avaient été ramassés par la police
dans la rue et que les 32 autres étaient ceux de détenus
décédés de suites de maladie. A ce sujet, il est utile
de signaler qu’aucune annonce n’avait été faite pour que
les parents des détenus viennent récupérer les corps
et qu’aucune autopsie n’avait été pratiquée sur les
37 autres retrouvés dans les rue de Lomé.
Des anciens détenus ont
également confié à Amnesty International que quatre
à cinq décès, parfois plus, sont enregistrés
par semaine. Parmi les personnes décédées :
DANKOH Dosseh et AGBOJALOU Kemau,
arrêtés en juin 1997 et accusés de terrorisme, décédés
un mois plus tard à la prison civile de Lomé.
TENOU Koffi, décédé
en septembre 1998 de malnutrition.
AHADJI Kodjo, décédé
de diarrhée en octobre 1998.
Un ancien détenu a fait
la description suivante du traitement réservé à toute
personne présentant les symptômes d’un agonisant :
“Le seul remède dont elle
(la sécurité intérieure de la prison) dispose est
l’eau fraîche qu’elle verse sur l’agonisant pour provoquer une réaction.
S’il ne réagit pas, on lui tape sur le dos et les joues. Très
souvent, il est trop tard et le corps est bien caché de la vue des
autres prisonniers pour éviter le choc émotionnel. S’il s’agit
d’un autre problème, l’inculpé est bien tabassé et
on le change de bâtiment ou de cellule”.
Si l’état de santé
d’un détenu exige une évacuation au “cabanon” , le
malade doit, là aussi, payer :
“Pour que le transport se fasse avec
diligence, soit le CB demande une cotisation, soit la sécurité
interne fait une quête dans chaque bâtiment, pour frais de
taxi, faute de moyen de l’administration pénitentiaire. Mais le
“cabanon” du CHU est aussi vide de médicaments pour ne pas dire
de soins que l’infirmerie de la prison. Les détenus qui reviennent
du cabanon meurent presque toujours quelques jours ou semaines après”.
À la gendarmerie nationale
de Lomé, les détenus sont incarcérés dans trois
cellules connues sous les noms de : “grande porte”, “petite porte” et “le
fond” où l’aération existe à peine. Des anciens détenus
ont confié à la délégation d’Amnesty International
que des personnes y sont incarcérés pendant des mois, voire
des années. Si certains détenus reçoivent des visites,
en revanche, ils n’ont pas droit à des promenades. Des anciens détenus
incarcérés à la gendarmerie de Lomé ont confirmé
que des décès dus à la torture et aux mauvaises conditions
de détention sont également survenus, ils ajoutent que pendant
les périodes de grande chaleur, le taux de mortalité est
très élevé.
À la prison de Kara, les
conditions de détention sont aussi mauvaises. Un ancien prisonnier,
incarcéré dans une cellule en compagnie d’autres détenus
à la prison de Kara, a déclaré à la délégation
d’Amnesty International que la lumière du jour arrivait à
peine dans sa cellule et qu’il ne sortait que pour vider les excréments
contenus dans un seau ou pour se laver, “avec l’absence de lumière
à l’intérieur de la cellule, j’avais l’impression de marcher
dans le vide en titubant parfois pour les sorties à la douche”.
Des visiteurs qui ont eu l’occasion d’approcher les neuf réfugiés
togolais transférés de la prison civile à celle de
Kara ont confié à la délégation d’Amnesty International
qu’ils étaient “squelettiques”. L’un d’eux, NTSUKPUI Attisso, est
décédé vraisemblablement à la suite des tortures
et des mauvaises conditions de détention.
La situation déplorable
qui règne dans les lieux de détention du Togo, notamment
dans la prison de la capitale ainsi que dans la gendarmerie nationale de
Lomé apparaît moins comme la conséquence de pénuries
d’ordre matériel que comme le résultat d’une action délibérée
ou de négligences graves de la part des autorités.
Les conditions de détention
dans les prisons togolaises violent l’article 5 de la Charte africaine
des droits de l’homme et des peuples, qui garantit le droit au respect
de la dignité de la personne humaine et prohibe le recours à
des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Quand un détenu
décède à la suite de mauvais traitements ou de conditions
de détention trop pénibles, il s’agit d’une violation de
l’obligation internationale de l’État de garantir l’intégrité,
la sécurité et le droit à la vie des détenus.
12.Violations
des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
Suggestions ou critiques à diastode@diastode.org
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