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TOGO:
ÉTAT DE TERREUR
Rapport 1999
d'Amnesty International sur les
violations
de droits de l'homme au Togo
1.Introduction
2.
Le contexte politique
3.
Garanties constitutionnelles et obligations internationales du Togo
4.
Persistance des violations des droits humains
5.
Arrestation et détention de probables prisonniers d'opinion
6.
Arrestations pendant les élections présidentielles de juin 1998 et les législatives de mars 1999
7.
Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de la presse
8.
Torture et mauvais traitements
9.
Morts sous la torture en détention
10.
Exécutions extrajudiciaires et "disparitions"
11.
Conditions de détention
12.
Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
13.
Impunité
14.
Le Togo et le reste du monde
Conclusions
et recommendations
12. Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
Dans la majorité de ses discours
et lors de ses apparitions publiques et privées, le président
GNASSINGBÉ Eyadéma a toujours fait l’éloge des FAT
qu’il a façonnées afin d’assurer sa domination dans la vie
politique du pays. Il a justifié l’intervention de l’armée
dans la vie publique en déclarant qu’elle mettait un terme “aux
abus” et qu’en rétablissant l’ordre, elle assurait la paix et garantissait
la sécurité. Ses discours sont régulièrement
ponctués de termes tels que “l’abîme”, “les arrestations arbitraires”,
“le tribalisme et le népotisme” pour expliquer la situation du pays
avant son arrivée au pouvoir.
Les FAT ont connu un accroissement
considérable en l’espace de 25 ans et comptent actuellement plus
de 13000 militaires. Président et chef des armées, le chef
de l’État a fait en sorte que l’armée soit constituée
principalement par des militaires de son ethnie (les Kabye) et que des
postes de responsabilité soient confiés à son entourage
le plus proche. Les FAT sont également connues sous le nom d’une
“armée de cousins”.
L’armée dont la tâche
principale est la protection des citoyens n’a jamais joué et continue
de ne pas jouer ce rôle au Togo. Pourtant l’article 49 de la Constitution
précise : “Les Forces de sécurité et de Police, sous
l’autorité du Gouvernement, ont pour mission de protéger
le libre exercice des droits et des libertés, et de garantir la
sécurité des citoyens et des biens”. En réalité,
l’armée togolaise a été utilisée pour assurer
le maintien du président GNASSINGBÉ Eyadéma au pouvoir
et la pérennité d’un système répressif. Cette
omniprésence et cette intervention des forces armées togolaises
dans la vie publique ont engendré une violence qui gagne de plus
en plus du terrain.
Cette répression qui a
connu un caractère sélectif avant le 5 octobre 1990, date
d’une grande manifestation ayant ouvert la voie au multipartisme, prend
désormais une autre forme. Avant cette date, les présumés
opposants politiques étaient principalement visés par des
actes répressifs des FAT. Après cette grande marche de1990,
on assiste à une rupture : l’ennemi politique revêt un caractère
pluriel, et la répression et la violence s’étendent
également à la population civile et aux militaires soupçonnés
d’être démocrates.
Au cours de la décennie,
des militaires membres de l’Association des militaires démocrates
(ADM) ou ceux qui étaient soupçonnés d’être
liés à l’opposition non violente ou armée ont été
exécutés de manière extrajudiciaire. Certains militaires
accusés d’avoir participé à une tentative d’attaque
contre le camp du RIT ont été arrêtés en mars
1993 et maintenus en détention pendant au moins huit mois. Lors
d’une autre attaque contre ce même camp en janvier 1994, les militaires
arrêtés en mars 1993 ont été exécutés
de manière extrajudiciaire à Massouhoin. Avant d’être
abattus, ils ont été aspergés d’essence et brûlés
vif. Un autre militaire, le lieutenant TOKOFAI Vincent qui s’était
réfugié au Ghana, a été abattu à Accra
en juillet 1995, vraisemblablement avec la complicité des militaires
togolais. Une enquête a été ouverte mais les résultats
n’ont pas été publiés.
Les FAT s’entourent également
de la collaboration d’une milice dont les membres sont à la fois
des militaires et des membres du Rassemblement du peuple togolais (RPT).
Cette milice qui est présente sur l’ensemble du territoire togolais
agit surtout pendant la nuit et s’est rendue responsable d’actes d’intimidation
à l’égard des partisans de l’opposition.
En juillet 1998, à Afagnan,
une sous-préfecture, des miliciens du RPT de concert avec les forces
de sécurité ont réprimé une manifestation de
l’opposition qui protestait contre la proclamation des résultats
de l’élection présidentielle. Au cours de cette manifestation,
un tailleur qui se trouvait devant la porte de sa boutique a été
tué, quand les militaires ont fait un usage excessif de leurs armes
à feu.
Un des militants de l’opposition
de Sédomé, dans la préfecture du Yoto, a également
été victime d’exécution extrajudiciaire et certains
d’entre eux ont été contraints d’abandonner leur village.
Des témoins, présents lors de l’exécution de KEGBE
Mathieu Koffi, le responsable du CAR à Sedomé, ont confié
à la délégation qu’avant de l’exécuter, les
miliciens portant des treillis militaires l’ont interrogé sur son
appartenance politique. Quand il a répondu qu’il était membre
du CAR, les miliciens lui ont dit : “Tu dis tu es du CAR, qu’ils viennent
te chercher”. Ils l’ont obligé à se courber puis ils lui
ont tiré une balle dans l’anus, enfin ils l’ont achevé d’un
coup de poignard. Sa mère qui voulait s’interposer en proposant
qu’on la tue à la place de son fils a également reçu
des coups. Les témoins ont reconnu un membre du RPT parmi les assaillants.
13. Impunité
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