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TOGO:
ÉTAT DE TERREUR
Rapport 1999
d'Amnesty International sur les
violations
de droits de l'homme au Togo
1.Introduction
2.
Le contexte politique
3.
Garanties constitutionnelles et obligations internationales du Togo
4.
Persistance des violations des droits humains
5.
Arrestation et détention de probables prisonniers d'opinion
6.
Arrestations pendant les élections présidentielles de juin 1998 et les législatives de mars 1999
7.
Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de la presse
8.
Torture et mauvais traitements
9.
Morts sous la torture en détention
10.
Exécutions extrajudiciaires et "disparitions"
11.
Conditions de détention
12.
Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
13.
Impunité
14.
Le Togo et le reste du monde
Conclusions
et recommendations
2.
Le contexte politique
Après la grande marche du 5 octobre
1990, pour la libération des prisonniers d’opinion dont LOGO Hilaire
Dossouvi et DOGLO Tino Agbelenko et pour la construction d’un État
de droit et sous la pression de la société civile, leprésident
GNASSINGBÉ Eyadéma a été contraint d’annoncer
que le parti unique céderait la place au multipartisme. Dans la
foulée, une conférence nationale réunissant des centaines
de participants et des associations a mis en place des instances de transition
dont le Haut conseil de la République (HCR), un organe législatif,
comprenant également des membres de l’opposition et des associations.
Une nouvelle Constitution a été approuvée par référendum
en septembre 1992.
Cependant le président
GNASSINGBÉ Eyadéma et les forces de sécurité
ont régulièrement lancé des défis tant au gouvernement
de transition, au HCR qu’aux membres de l’opposition. A peine quelques
mois après l’installation des nouvelles institutions au Togo, en
octobre 1991, les forces de sécurité envahissent la radio-télévision,
braquant leurs armes contre les journalistes pour les contraindre à
diffuser des messages en faveur du président GNASSINGBÉ Eyadéma.
Au cours de la même période, elles tentent d’enlever KOFFIGOH
Joseph Kokou, Premier ministre de la transition. En mai 1992, au cours
d’un attentat contre OLYMPIO Gilchrist, fils d’OLYMPIO Sylvanus, ancien
président de la République assassiné en 1963, président
de l’Union des forces du changement (UFC), quatre personnes dont le Dr
ATIDEPÉ Marc, membre du HCR, un des dirigeants de l’opposition,
furent tués. Le même mois, AMORIN Tavio, un autre dirigeant
de l’opposition, président de la Commission du HCR chargé
des affaires politiques, des droits de l’homme et des libertés fut,
lui aussi, assassiné et l’on retrouva sur les lieux les cartes d’identité
de deux membres des forces de police. Depuis Amnesty International a régulièrement
soumis ces cas aux autorités togolaises sans jamais recevoir de
réponse.
Cette situation a provoqué
une crise politique que des médiateurs européens ont essayé
au début de l’année 1993 de résoudre en vain. En effet,
au cours de leur séjour, en janvier 1993, les forces de sécurité
ont tiré sur une manifestation pacifique à Lomé faisant
de nombreuses victimes dont des dizaines de morts. Les partis d’opposition
avaient organisé cette manifestation pour montrer leur soutien à
l’initiative européenne. L’Allemagne et la France, les deux pays
médiateurs ont suspendu leur coopération, mais la France
l’a reprise une année plus tard.
En 1993, l’élection présidentielle
fut boycottée par l’opposition, toutefois celle-ci participa aux
législatives de 1994 qui marquèrent la fin de cette période
de transition. L’opposition obtint la majorité des sièges
à l’Assemblée nationale mais grâce à un jeu
habile, suscitant de nouvelles alliances, le président GNASSINGBÉ
Eyadéma et son parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT)
réussirent à garder le pouvoir. Au cours de cette période,
plusieurs opposants politiques furent abattus. Cela a notamment été
le cas de EDEH Gaston, député du Comité d’action pour
le renouveau (CAR) et de ses compagnons en février 1994, entre les
deux tours des législatives. Un autre responsable, BRUCE David,
secrétaire du président du HCR a “disparu” en 1994 et l’on
est sans nouvelles de lui, depuis.
Conséquence de ces violences
ininterrompues, plusieurs personnalités à l’origine du changement
démocratique au Togo se trouvent maintenant en exil ou vivent en
semi-clandestinité à l’intérieur de leur pays à
la suite de la répression exercée par les forces de sécurité.
En juin 1998 et mars 1999 le Togo
a connu un cycle d’incessantes élections car il a fallu pour la
première fois renouveler toute la classe politique issue des élections
pluralistes de 1993 et 1994. Or, comme lors des précédentes
consultations, ce cycle électoral a été entaché
de nombreuses vagues de contestations et les forces de sécurité
ont à nouveau utilisé la violence pour opprimer la population
civile. Des centaines de personnes ont été exécutées
de manière extrajudiciaire et des dizaines de civils dont des militants
de l’opposition ont été arrêtés et torturés.
Le 24 juin 1998, le ministre de
l’Intérieur et de la Sécurité a proclamé le
président GNASSINGBÉ Eyadéma vainqueur avec 52 % des
voix au premier tour du scrutin, alors que cette tâche incombait
normalement à la présidente de la commission électorale
nationale. En juillet 1998, la Cour constitutionnelle a estimé que
le ministre de l’Intérieur pouvait se substituer à la commission
électorale dont la majorité des membres, tous proches des
autorités togolaises avaient démissionné avant le
dépouillement total des voix. Cette démission, officiellement
expliquée par l’impossibilité de travailler dans la sérénité
a permis au ministère de l’Intérieur de se proclamer seul
maître de l’annonce des résultats.
Cependant, certains observateurs
internationaux dont ceux mandatés par l’Union européenne
(UE) ont déploré dans un rapport, que ce scrutin ne réponde
pas “aux critères d’une élection libre, transparente et équitable,
et d’autre part, que les résultats annoncés ne reflètent
pas correctement le vote exprimé par les citoyens togolais”. Selon
ce même rapport, le président GNASSINGBÉ Eyadéma
avait été proclamé vainqueur “alors que seulement
35 bureaux de vote sur 617 avaient été décomptés
dans la capitale”. L’UE a en conséquence renouvelé la suspension
de sa coopération avec le Togo.
Après la proclamation des
résultats de l’élection présidentielle de juin 1998,
des marches de protestation, réunissant des milliers de manifestants
ont été dispersées par les forces de sécurité
et des dizaines de sympathisants de l’opposition ont été
arrêtés. En août 1998, à la suite de l’annonce
d’une attaque militaire contre le Togo près de sa frontière
avec le Ghana, les forces de sécurité ont attaqué
à la roquette les maisons appartenant aux dirigeants du Parti démocratique
pour le renouveau (PDR) et de l’UFC. Plusieurs personnes ont été
blessées au cours de ces attaques.
Aux élections législatives
de mars 1999 boycottées par l’opposition, le RPT, le parti au pouvoir
a obtenu une majorité de 79 sièges sur 81. L’UE a estimé
qu’en raison de l’absence “de tous les principaux partis d’opposition,
au processus électoral et du taux de participation au vote”, la
nouvelle assemblée “ne pourra pas refléter correctement la
volonté politique du peuple togolais”.
3. Garanties
constitutionnelles et obligations internationales du Togo
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