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TOGO:
ÉTAT DE TERREUR
Rapport 1999
d'Amnesty International sur les
violations
de droits de l'homme au Togo
1.Introduction
2.
Le contexte politique
3.
Garanties constitutionnelles et obligations internationales du Togo
4.
Persistance des violations des droits humains
5.
Arrestation et détention de probables prisonniers d'opinion
6.
Arrestations pendant les élections présidentielles de juin 1998 et les législatives de mars 1999
7.
Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de la presse
8.
Torture et mauvais traitements
9.
Morts sous la torture en détention
10.
Exécutions extrajudiciaires et "disparitions"
11.
Conditions de détention
12.
Violations des droits humains - responsabilités des forces de sécurité
13.
Impunité
14.
Le Togo et le reste du monde
Conclusions
et recommendations
7. Arrestations de journalistes et entraves à la liberté de
la presse
Depuis plusieurs années, la société
civile, qui a été à l’origine de plusieurs changements
démocratiques dont la tenue d’une conférence nationale,
la création d’organisations des droits humains et le pluralisme
de la presse, est l’objet de menaces de la part des forces de sécurité.
Les organisations des droits humains ont été contraintes
de réduire leurs activités et éprouvent de grandes
difficultés à effectuer leur travail tant les menaces et
intimidations se multiplient au quotidien. Ces actes d’intimidation visent
à réduire leur marge de manœuvre.
Certains journaux indépendants
ont été contraints à la suite de fortes amendes de
cesser de paraître. Des journalistes comme GBÉNOUGA Martin
ont été contraints à l’exil, après plusieurs
arrestations arbitraires suivies de condamnations. Ces arrestations s’inscrivent
dans la politique de harcèlement dont sont victimes également
les vendeurs de journaux indépendants et les directeurs de publication.
En novembre 1995, des vendeurs de journaux indépendants ont été
retenus et interrogés par des officiels du ministère de l’Intérieur
au sujet de deux hebdomadaires qu’ils vendaient, “Kpakpa désenchanté”
et “La Tribune des démocrates”. Cependant, malgré ces mesures
d’intimidations, d’autres journaux continuent de paraître. En février
1998, une loi sur le code de la presse et de la communication est entrée
en vigueur. Si ce nouveau texte contient quelques garanties quant à
la liberté d’expression, en revanche deux de ses articles (83 et
86) ont été utilisés contre des journalistes et des
militants politiques porteurs de tracts appelant à une “journée
ville morte”.
Au cours de cette décennie,
des dizaines de journalistes ont été régulièrement
arrêtés et condamnés à des peines de prison.
Les charges régulièrement retenues contre eux sont “troubles
à l’ordre public”, “publication de fausses nouvelles” et “diffamation
et atteinte à l’honneur du chef de l’État”.
En 1996, MESSAN Lucien et AGOH
Basile , respectivement directeurs de publication des hebdomadaires “Le
combat du peuple” et “ Crocodile”, ont été arrêtés
sans aucun mandat d’arrêt sur ordre d’un officier de la gendarmerie
pour avoir fait état du décès d’une femme battue à
mort par son mari, un gendarme. Ils ont été libérés
au bout de deux jours. Le ministère de la Justice a affirmé
ne pas avoir été informé de cette affaire avant la
libération des journalistes. Au cours de la même période,
la personne qui avait communiqué l’information a été
également arrêtée, et libérée cinq jours
plus tard.
En 1997, au moins quatre journalistes
ont été interpellés. Ce fut notamment le cas d’ASSIOGBO
Augustin et de SAÏBOU Abass. Ce dernier a été arrêté
en février pour un article intitulé “Horreurs sous le régime
de Eyadéma”. Détenu sans charge, il a été relâché
au bout de quelques jours. Pendant sa détention, il a été
emmené chez le chef de l’État qui l’a interrogé et
traité de “voyou”. Quant à ASSIOGBO Augustin, directeur de
l’hebdomadaire privé “Tingo-Tingo”, il a été arrêté
en février 1997, à la suite d’une plainte déposée
par la famille de l’ancien ministre des Affaires étrangères,
ALASOUNOUMA Bombera. Inculpé “d’atteinte aux morts” et de “diffamation”,
il a été condamné à quatre mois d’emprisonnement
dont deux avec sursis. ASSIOGBO Augustin avait fait un jeu de mot, à
la suite de la mort accidentelle du ministre des Affaires étrangères.
En 1998, d’autres journalistes
ainsi que des directeurs de publication ont été également
arrêtés. HOUNKALI Elias et AMENOUHOU Edoh, journalistes au
journal “Le nouveau combat” ont été arrêtés
respectivement en août et novembre 1998 pour un article concernant
les bijoux que Madame MOBUTU Sese Seko aurait laissés chez Madame
GNASSINGBÉ Eyadéma lors d’une escale après la chute
du maréchal Mobutu, en 1997. Les deux journalistes attendent d’être
jugés et demeurent, à ce jour, détenus à la
prison de Lomé.
MÉWÈNÈMESSÈ
Apollinaire Essowè, directeur de “La dépêche”, un journal
réputé proche des autorités togolaises, a été
arrêté en octobre 1998 pour un article faisant état
de l’insécurité au Togo et mettant en cause les militaires.
Le procès a été reporté à deux reprises,
mais MÉWÈNÈMESSÈ Apollinaire Essowè
a été libéré en décembre 1998 après
avoir adressé une lettre dans laquelle il demandait pardon au chef
de l’État.
La Constitution togolaise en son
article 26 garantit la liberté d’expression et la liberté
de la presse et elle reconnaît que la “la presse ne peut être
assujettie à l’autorisation préalable, au cautionnement,
à la censure ou à d’autres entraves”. De plus, l’article
19 du Pacte dispose que “Nul ne peut être inquiété
pour ses opinions ; toute personne a droit à la liberté d’expression
; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de
répandre des informations et des idées de toute espèce,
sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite,
imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix”.
8. Torture
et mauvais traitements
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