La lutte pour l’indépendance du Togo est indissociable du nom
de Sylvanus Olympio.
Avec la nouvelle donne politique favorisée par l’Assemblée
générale de l’ONU, le Conseil de tutelle va servir en plusieurs
occasions à Olympio pour ses déclarations et ses pétitions
contre l’administration française. Le Togo était entre les
années 1945-1960, un territoire associé, membre de l’Union
française.
Sylvanus Olympio entendait faire d’une pierre deux coups : se servir
des dispositions offertes par le Conseil de tutelle pour revoir le tracé
colonial des frontières, puis affranchir son pays de la domination
étrangère.
Sylvanus Olympio est né à Lomé [Dans
: Sylvanus Olympio : Un destin tragique, Livre Sud, NEA, 1992, A. Agbobli
situe la naissance de Sylvanus Olympio à Kpandu en Gold-Coast.]
en septembre 1902, dans une famille bourgeoise. Son père, Epiphanio
Elpidio Olympio, était lui-même un fils d’immigré brésilien.
Le grand-père de Sylvanus, Francisco Olympio, avait émigré
du Brésil au Togo quelques décennies auparavant pour affaires
commerciales. Son fils Epiphanio tombera amoureux d’une beauté du
Nord-Togo. Il l’épousera. De cette union naîtra Sylvanus,
aîné d’une trentaine d’enfants. Le père Epiphanio eut
au total six épouses. Des partisans acharnés du régime
d’Eyadéma soutiennent mordicus que Sylvanus Olympio n’était
pas Togolais. Les faits démontrent qu’au moins sa mère était
du Nord du Togo.
Enfant, Sylvanus Olympio entre à l’école primaire catholique
allemande de Lomé, puis à l’école secondaire anglaise.
En
1920, le jeune Sylvanus prend le chemin de l’Europe.
Il va suivre de sérieuses études de droit et d’économie.
Il obtient à Londres un diplôme d’aptitude à l’enseignement
supérieur et le grade de "Bachelor of commerce" en sciences économiques.
Il poursuit sa formation en France. Il parcourt plusieurs pays d’Europe
: Autriche, Hollande, Suède...
Olympio parlait anglais, français et allemand. A son retour
d’Europe, il sera l’un des cadres de la société Unilever.
Il travailla deux années au Nigeria, puis en 1938, il devint le
second personnage de l’United African Company (UAC) au Togo.
Sous l’impulsion de S. Olympio, le CUT se métamorphose vers la
fin des années 1945, en un vrai parti politique. Le CUT est alors
composé de l’élite bourgeoise et de la jeune intelligentsia
togolaise. En 1946, le parti inscrivit à son programme la réunification
des territoires éwés et l’indépendance du Togo. Parallèlement,
dans le cadre du tracé des frontières, Sylvanus Olympio et
un intellectuel de la Gold-Coast, Daniel Chapman, défendirent à
l’ONU l’idée de la réunification des peuples éwés
du Togo et de la Gold-Coast. Ils créèrent l’Association "All
Ewé Conference" dans ce but.
Mais en Gold-Coast, le parti de Kwame N’Krumah réussit à
obtenir l’autodétermination, puis l’indépendance de son pays.
En 1956, une grande partie des habitants du Togo britannique se prononça
pour la fusion avec la Gold-Coast et la levée de tutelle. Les revendications
de Sylvanus Olympio pour un Togo éwé ne rencontreront plus
d’échos à la tribune des Nations-unies.
Le 8 décembre 1946, Sylvanus Olympio fut élu député
et président (cinq ans durant), de la première assemblée
représentative du Togo, après avoir raflé la presque
totalité des sièges.
Après l’indépendance de la Gold-Coast en 1957, de nouvelles
élections se tinrent au Togo pour le choix des représentants
à la nouvelle Assemblée. En 1952, Sylvanus Olympio démissionna
du groupe Unilever qui voulait l’affecter à Paris sur les insistances
des autorités françaises. Enfin, il pouvait s’adonner totalement
à sa mission de réunification et d’indépendance de
son peuple. Le CUT et ses alliés revendiquant l’indépendance,
arrivèrent en tête de presque toutes les consultations électorales,
nonobstant les fraudes et les intimidations de la part des autorités
françaises.
Pour trouver un remède au ferme vouloir indépendantiste
de Sylvanus Olympio, les autorités françaises, fidèles
à leur politique de division, entreprirent de faire naître
une scission dans le camp du CUT. Ainsi naquit l’UCPN (l’Union des Chefs
et des Populations du Nord), destinée à trouver un complément
au PTP (Parti Togolais du Progrès) de Nicolas Grunitzky, qui n’avait
pas d’audience dans le Nord, mais qui était soutenu à bout
de bras par l’administration française.
Tous les prétextes étaient bons pour mettre les bâtons
dans les roues du CUT et de son leader. En 1954, M. Olympio est condamné
pour non-déclaration de revenus à l’étranger. Le tribunal
correctionnel de Lomé le somme de payer cinq millions de francs
d’amende. Il perd ses droits civiques pour cinq ans. Un moyen pour les
autorités françaises de le maintenir à l’écart
des grandes décisions concernant l’avenir du Togo.
Sylvanus Olympio et son parti, le CUT, ainsi éloignés
pour un temps de la scène politique, l’administration française
se frottait les mains et ses protégés le PTP et L’UCPN gagnaient
toutes les consultations électorales. Les élections de 1956
à propos de la loi Defferre, sur l’autonomie interne, furent remportées
par ces formations politiques. Mais Sylvanus Olympio revint de son purgatoire
politique. Le 27 avril 1958, le CUT remportera avec ses alliés (JUVENTO
et MPT), les consultations relatives à la levée de l’autonomie
et à l’octroi de l’indépendance.
En mai 1958, le Haut commissaire de France est obligé de proposer
Sylvanus Olympio comme Premier ministre de la République du Togo.
Mais l’indépendance officielle ne sera proclamée que deux
ans plus tard, le 27 avril 1960. Certains historiens affirment que cette
décision fait suite à un accord entre De Gaulle et Olympio.
D’autres spécialistes du Togo, à l’instar de Jean de Menthon,
soutiennent qu’" Olympio voulait élaborer une nouvelle Constitution,
réformer les collectivités locales, promouvoir le self-help
(aide-toi, toi-même). Olympio voulait enfin, redresser la situation
financière, s’entourer de l’avis d’experts internationaux sur le
développement à entreprendre. " [de Menthon
(J.), A la rencontre du Togo, L’Harmattan, Paris, 1993, p.127.]
En somme, le futur premier Président du Togo, tentait de mettre
en route les conditions d’une véritable indépendance avant
le jour J.
Le 27 avril 1960, il proclamera l’indépendance officielle du
Togo. Le 9 avril 1961, il sera élu président de la République.
Sylvanus Olympio a gagné la guerre contre le colonisateur. Il
va progressivement mener une lutte contre ses adversaires politiques. Son
régime se mua vite en règne autoritaire frisant la tyrannie.
Bon nombre de ses adversaires du PTP et de l’UCPN furent mis en prison;
ses propres amis politiques aussi parfois. Le leader du PTP (Nicolas Grunitzky)
et le chef de l’UCPN (Antoine Méatchi), furent contraints à
l’exil.
Sur le plan économique, S. Olympio, grâce à sa
formation d’économiste, géra de façon admirable le
budget du Togo. Alors que les derniers budgets étaient déficitaires,
celui de 1960 fut équilibré sans aucune aide extérieure.
Dans le cadre de l’une de ses allocutions mensuelles de 1961 à la
nation, le président Olympio annonçait une possibilité
de participation du Togo à la Compagnie Togolaise des Mines du Bénin
(CTMB) à hauteur de 20% du capital social. Il se montrait dans ce
discours, heureux de faire savoir au peuple, la possibilité en étude
par le gouvernement, de céder une certaine partie des actions aux
Togolais qui en exprimeraient le désir. Ce faisant, Olympio abordait
un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur, celui de
la mobilisation de l’épargne togolaise pour la construction économique
du pays. Occupant lui-même la charge de ministre des Finances, il
rêvait d’une indépendance économique pour le Togo.
Il était rigoureux envers les dépenses de l’administration
et de ses ministres ; vivant lui-même simplement, circulant parfois
en vélo dans les rues de la capitale.
Apprenant la fin de la guerre d’Algérie, le président
Olympio aurait confié à son gendre : "C’est une bonne chose,
mais je crains fort que les troupes africaines qui seront démobilisées
ne viennent semer le trouble dans nos pays. " [Agbobli (A.),
Un destin tragique, Livre SUD, NEA, Sénégal, 1992, p. 23.]
Quelques mois plus tard, il sera la première victime de ces soldats
démobilisés. Au-delà de ses erreurs, Olympio était
à la recherche d’un certain bien-être pour son peuple.
Suite: La mort de Sylvanus Olympio