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DÉMOCRATISATION À LA TOGOLAISE
Tètè Tété, 1998
Table des matières
Première partie
CHAPITRE II - LA DICTATURE DU PARTI UNIQUE
Eyadéma s’est trouvé par hasard face au pouvoir. Il l’a
mis dans la poche comme d’autres ramassent un billet de banque au coin
de la rue. Le jeune Eyadéma, sans y être préparé,
se retrouve à la tête d’un Etat.
Selon Jean de Menthon, "Des témoins crédibles, togolais
et français, ont raconté que, à sa prise de pouvoir,
le nouveau chef de l’Etat était incapable de comprendre, par exemple,
les pourcentages les plus simples. " [Menthon
de (J.), A la rencontre du Togo, L’Harmattan, Paris, 1993, p. 146.]
Qu’à cela ne tienne ! Etienne Eyadéma dispose de l’appui
des officiels français qui ont compris qu’il vaut mieux avoir affaire
à un militaire peu instruit, mais docile. Soumis à la France,
Eyadéma le sera tout au long de son règne sur le Togo. Même
au cours de la période "Sarakawa et nationalisation des mines du
Bénin", Eyadéma savait jusqu’où ne pas aller trop
loin dans la condamnation de "l’Impérialisme français". Jacques
Foccart, le conseiller des chefs d’Etats français pour les Affaires
africaines, raconte au sujet d’Eyadéma : " Plus tard, quand nous
aurons des différends à régler, il me dira à
plusieurs reprises : "Ecoutez, si la France ne veut plus de moi, vous n’aurez
qu’à me le dire, je partirai tout de suite. " J’ai été
amené à lui faire observer, en toute cordialité, que
ce n’était peut-être pas un langage très convenable
de la part d’un chef d’Etat. Mais c’est à peu près ce qu’il
devait répéter, en 1993, au ministre de la Coopération,
Michel Roussin. " [Gaillard (Ph.),
Foccart parle 2, Fayard/ Jeune Afrique, Paris, 1997, p. 153.]
Eyadéma sait qu’il est utile à la France. "Moi ou le
chaos", en d’autres termes. Au plan interne, les Togolais sont devenus
des habitués de ce genre de chantage politique. Eyadéma n’a-t-il
pas coutume d’affirmer : "Si ce que je fais est mauvais, que Dieu me barre
la route ! " ? Eyadéma est au pouvoir. Il va s’employer à
y rester le plus longtemps possible. Mais auparavant, il faut conférer
un semblant de légalité à ce hold-up politique.
Le "Comité de Réconciliation Nationale" mis en place
par l’ordonnance n° 1, du 14 janvier 1967, concentre presque tous les
pouvoirs (législatif, exécutif) entre ses mains. Le 30 mai
1967, la junte au pouvoir va nommer un comité constitutionnel chargé
de l’élaboration d’un projet. Ce projet de Constitution est mort-né.
Le 12 janvier 1969, la veille du deuxième anniversaire de son arrivée
effective au pouvoir, Eyadéma dans une allocution radiodiffusée
promet à la population la reprise des activités politiques
et la mise en place d’une Constitution. Mais des manifestations "spontanées"
d’une partie de la population et des délégations de chefs
traditionnels, demanderont à Eyadéma de surseoir à
sa volonté de libéralisation et de constitutionnalisation
de la vie politique.
Cette pratique de "motion de soutien" deviendra monnaie courante, notamment
lors des "faux-vrais " renoncements au pouvoir de la part d’Eyadéma
(le 12 janvier 1968, le 23 septembre 1971, le 14 novembre 1976, etc.).
Cette pratique est depuis lors enracinée dans les mœurs politiques
au Togo. Après la "Restauration" (reprise du pouvoir d’Eyadéma
après la CNS et la transition, 1991à 1993), ce genre de manifestation
sera remis au goût du jour par les adeptes d’Eyadéma, dans
le but d’une révision de la Constitution de 1992.
De 1967 à 1979, le Togo vit sans Constitution aucune. Le pays
est gouverné par arrêtés, décrets et ordonnances.
Lorsque survient enfin une Constitution en 1979, celle dite de la "Troisième
République", c’est dans le cadre du parti unique : le Rassemblement
du Peuple Togolais (RPT), créé en 1969. La Constitution du
13 janvier 1980 vise avant tout à conférer aux yeux du monde
une façade démocratique au pouvoir en place, après
bien des années de régime d’exception. Cette Constitution
va ressembler comme une sœur aux Constitutions en vigueur dans les régimes
communistes de l’Europe de l’Est d’avant la chute du Mur de Berlin. Constitutions
qui prônent la suprématie du parti unique sur l’Etat.
A travers le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) dont il est le
président-fondateur, Eyadéma a la haute main sur la Justice.
L’Assemblée nationale est responsable devant le chef de l’Etat qui
la contrôle et désigne ses membres par le truchement du Bureau
politique (art. 24). Le président de la République par ailleurs
peut dissoudre l’Assemblée (art.14).
Gouvernement et Assemblée sont tous issus du même parti
unique, le RPT.
Suite: Le RPT
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