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DÉMOCRATISATION À LA TOGOLAISE

Tètè Tété, 1998

Table des matières
 

L'armée d'Eyadema face à la révolte


En général l’armée aime l’ordre. Sa fonction première‚ étant de défendre avant tout la patrie contre tout danger extérieur, elle trouve normal d’intervenir lorsque la sécurité interne est remise en cause : il faut bien s’occuper. En Afrique, lorsqu’il arrive à l’armée de prendre le pouvoir, elle argue de l’irresponsabilité des dirigeants civils : « Ils n’ont pas su faire leur travail de développement économique et social. », affirment à l’occasion, ses officiers.

Au Togo, avant 1963, l’armée était quasi inexistante. Le régime d’Olympio n’en avait cure, surtout par souci budgétaire.
Mais des éléments démobilisés et «incontrôlés» de l’armée coloniale française, ayant essuyé un refus d’engagement pour former une armée togolaise se rebellent. Parmi ceux-ci, un sous-officier nommé Etienne Eyadéma. Depuis, ce dernier a fait ses preuves en tant qu’homme fort. Ainsi la France soutiendra Eyadéma, lorsqu’il décidera de reprendre le pouvoir politique en 1967. Ce soutien à Eyadéma peut s’expliquer.
Un militaire au pouvoir, est par essence, plus rentable à la longue en matière d’achat d’armements à la France, dont le commerce des armes constitue l’un des secteurs les plus rentables. «Une grave confusion règne aujourd’hui, tant sur le plan économique que sur le plan moral. Les responsables politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, redoutent de condamner un secteur d’activité‚ qui, selon la doctrine universellement admise, serait l’unique barrière nous séparant encore de la débâcle
économique. » [Saul (J.), Les bâtards de Voltaire , Editions Payot, Paris, 1993, p. 180]
Un gouvernement civil rogne, en règle générale, sur les dépenses de l’armée. L’armée elle, se taille la part du lion (budgétairement) lorsqu’elle se trouve au pouvoir. Dominique Bangoura, analysant l’évolution des dépenses militaires en Afrique, constate qu’au Togo, elles ont évolué de 0,5 million de dollar en 1962 à 17 millions de dollars en 1983. [Bangoura (D.), Les armées africaines (1960-1990), C.H.E.A.M., Paris, 1992, p. 174 175.]  L’ancien président Olympio doit se retourner dans sa tombe !
Parallèlement les effectifs ont augmenté. Essentiellement, les nouvelles recrues proviennent du village natal du Président. «Selon des délégués à la Conférence nationale, sur quelque 12364 hommes, 10127 viennent des régions du Nord et appartiennent à 70%, comme le chef de l’Etat, à l’ethnie kabyè. Mieux, 50% de ce pourcentage proviennent de Pya, le village natal du chef de l’Etat. Il en est de même du corps des officiers : les trois quarts des 237 officiers sont originaires des régions septentrionales du pays. Sur ce chiffre, cent quatre vingts officiers sont de l’ethnie kabyè et environ 60% de ces 180 officiers viennent de Pya. » [Jeune Afrique, n° 1607, 16 22 octobre 1991, p. 19.]
Mais budget léonin pour l’armée, ne signifie pas condition de vie décente pour tous les militaires. Seuls les officiers de hauts rangs et la garde présidentielle bénéficient des largesses du pouvoir. Les autres soldats eux, connaissent des fins de mois difficiles. Souvent pour subvenir à leurs besoins quotidiens, ils procèdent par intimidation grâce à leur seul treillis. Il est courant de voir à Lomé un militaire prendre un taxi et la course finie, dire simplement au-revoir au conducteur. Aux heures sombres de la transition vers la démocratie et bien après, une partie de l’armée sera à la base du braquage des banques et d’autres forfaits. «L’armée est marquée par la particularité politique qui relève de sa mission de défense. Investie d’une fonction de protection, de consolidation, elle est plutôt conservatrice, car défendre est opposé à détruire ou à remettre en cause. » [Bangoura (D.), Les armées africaines (1960-1990), C.H.E.A.M., Paris, 1992, p. 144.]
En 1990, marasme économique et chômage aidant, vent de l’Est soufflant, la majeure partie de la population se soulèvera. L’armée d’Eyadéma va s’opposer sans concession, à la destruction de la politique que son chef a construite de toutes pièces et avec autoritarisme. La première grande confrontation entre l’armée et la jeunesse aura lieu le 5 octobre 1990.
 

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