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DÉMOCRATISATION À LA TOGOLAISE

Tètè Tété, 1998

Table des matières
 

La politique de la France au Togo


La politique de la France au Togo est indissociable de la politique de Paris à l’égard des Etats d’Afrique d’expression française. Cette politique hexagonale est tout aussi hétérogène que l’Afrique dans son ensemble, est géographiquement, politiquement, socialement disparate. La politique française à l’égard d’un pays noir donné, varie selon le poids économique du pays en question, et selon la solidité des liens qui unissent le dictateur à la tête de l’Etat africain aux démocrates élus de Paris. Puis en marge, certains responsables français créent des réseaux parallèles à la politique officielle. Les adeptes de cette politique officieuse sont animés d’un mélange de conviction politico-idéologique et d’intérêts économico-financiers.
Pour ne remonter qu’à la décolonisation, De Gaulle sentant venir la fin de l’Union française, va accompagner et contrôler la séparation des territoires d’Outre-mer avec la France-mère. Le général De Gaulle va concocter une nouvelle Constitution destinée à lier les mains des anciens territoires sous sa domination. La Guinée est punie (rupture des relations diplomatiques, arrêt de toute aide financière, obstruction en matière d’admission à l’ONU, etc.), pour avoir trop tôt voulu s’affranchir de la domination française, dans un «Non ! » retentissant au référendum instituant «la Communauté française». En 1959, le général De Gaulle dresse une liste de décisions capitales : « L’union monétaire, la libre convertibilité, la réglementation commune des changes, le pool commun des devises. Autrement dit, la France garde pour elle seule, un des attributs essentiels de la souveraineté : la faculté de battre monnaie. [...] Pour la France, les avantages sont considérables. Elle peut effectuer des achats de matières premières indispensables en francs français, sans avoir à subir les fluctuations du marché mondial des devises. La zone franc favorise les sociétés commerciales et les investisseurs français et dresse au contraire d’importants obstacles devant leurs concurrents étrangers. » [Péan (P.), L’Homme de l’ombre, Bayard, Paris, 1990, p. 270.]
Officiellement ou par l’intermédiaire des «réseaux», des responsables politiques français, agissant au grand jour ou dans l’ombre vont défendre en Afrique, intérêts français étatiques ou privés. Les dignes représentants de cette politique : c’était M. Foccart. C’est M. Pasqua. Pour la défense des intérêts de la France, rien ne leur résiste. Résistants eux-mêmes de premières heures, ils ont la fibre patriotique très développée. Deux phénomènes caractérisent les deux hommes : la résistance et le gaullisme.
Charles Pasqua n’avait que 15 ans, lorsqu’en 1942, il eut fort à faire avec l’occupation allemande. Le petit Charles avait pour mission «de vérifier les renseignements sur les militaires présents à Grasse, de repérer les insignes sur les uniformes, d’observer les mouvements des troupes, de les compter, etc. .Il assure aussi l’acheminement de quelques courriers entre les membres du réseau. [Les dossiers du Canard – Môssieu Pasqua : Tu parles, Charles ! n° 51, p. 59.]  C’est dire qu’en matière de «réseaux», M. Pasqua s’y connaît.
Gaulliste jusqu’aux os, il aurait aidé à la formation du SAC (Service d’Action Civique), une sorte de police parallèle (aujourd’hui dissoute) du parti. Charles Pasqua est de ceux qui pensent que pour être président de la République française, il faut avoir une «stature africaine». Et il sait que : «Des africains ont aidé, continuent à aider des candidats français ou des formations politiques. Mais il faut surtout relever qu’un président de la République ou quelqu’un qui aspire à le devenir doit connaître l’Afrique et y jouir d’un certain rayonnement. C’est devenu une donnée politique, c’est entré dans les mœurs. » [Gaillard (Ph.), Foccart parle 2, Fayard/Jeune Afrique, Paris, 1997, p. 60.]
 

Aussi discret qu’efficace, Jacques Foccart fut sans conteste, l’un des plus grands gaullistes de son temps. Il a été l’artisan du retour au pouvoir du général De Gaulle en 1958.
Dans un ouvrage sous-titré Eléments d’enquêtes autour de Jacques Foccart, l’homme le plus mystérieux et le plus puissant de la Ve République, le journaliste, Pierre Péan, cite le décret du 26 avril 1945 (J.O. du 21-6-1946) qui nomme Foccart, chevalier de la Légion d’honneur. Le décret dit : «Officier d’un exceptionnel patriotisme, a été le premier jour l’un des plus actifs animateurs de la Résistance [...] Après la libération de son secteur, il continue la campagne de Normandie, faisant preuve de plus belles qualités de chef courageux et compétent. » [Péan (P.), L’Homme de l’ombre, Fayard, Paris, 1990, p. 109.]
«De Gaulle a choisi de sacrifier les indépendances africaines pour conforter celle de la France. Il a chargé Foccart d’exécuter ce sacrifice, par tous moyens. » [Verschave (F.-X.), La Françafrique, le plus long scandale de la République, Stock, Paris, 1998, p. 153.]  Jacques Foccart va mettre ses compétences au service du gaullisme et «au service de l’Afrique».

Aux temps des colonies, le RPF était mal implanté sur le continent africain, contrairement au formation de gauche : SFIO, PCF. Pour rattraper ce retard, le RPF, à travers Foccart, va recourir à la «formation de réseaux de renseignement disséminés sur les territoires d’outre-mer, système d’enquête sur les opinions politiques des administrateurs et fonctionnaires coloniaux, fichiers de renseignements, tentatives de noyautage des milieux d’affaires français installés en Afrique, la centralisation de tout cela se faisant au siège du Rassemblement, 5 rue de Solférino, à Paris. » [Péan (P.), L’Homme de l’ombre, Fayard, Paris , p. 191-192.]
Dans son ouvrage, Pierre Péan rapporte le témoignage sur le volet financier de l’activité foccartienne. Le journaliste rapporte les propos d’André Postel-Vinay, grand résistant, qui a longtemps dirigé la Caisse centrale de coopération économique «l’outil financier de la politique coloniale, puis de Coopération» : « Jacques Foccart a monté un système de financement du parti gaulliste à partir des comptoirs d’Afrique : (CFAO, SCOA). «De Gaulle savait, mais il trouvait probablement que ce système était moins contraignant que les financements classiques provenant pour l’essentiel du grand patronat, que le Général exécrait. L’importance de l’argent africain dans l’alimentation des caisses du RPF était disproportionnée par rapport au poids économique de ces sociétés. ». Ce poids africain ne paraît d’ailleurs pas avoir diminué ultérieurement avec l’émancipation des colonies, bien au contraire. » [Péan (P.), L’Homme de l’ombre, Fayard, Paris , p. 192-193.]
Près ou loin du pouvoir officiel, Jacques Foccart veillait. Il a bénéficié jusqu’à sa mort en 1997, d’une grande influence et de fidèles amitiés à travers les Etats noirs de l’ex-empire français.
Les successeurs du général De Gaulle à l’Elysée, sauront garder l’aspect du contact personnel et familial avec leurs homologues africains. Ils comprendront aussi l’impact et l’im-portance d’une politique officieuse servant de relais à une politique normale. Ils tenteront de s’accommoder de ces «réseaux» ou de s’en défaire pour mieux maîtriser les pouvoirs de décision.
Seul le président Pompidou au cours de son septennat écourté par la mort, avait vis-à-vis des relations franco-africaines, une vision pragmatique, plus généreuse et moins paternaliste. Ayant appris en 1970, que le Niger venait d’obtenir une assistance technique militaire de l’Allemagne occidentale, le président Pompidou a conclu : « Ce que nous pouvons faire, nous devons le faire. Ce que nous ne pouvons pas faire, il faut laisser les autres le faire. » [Gaillard (Ph.), Foccart parle 2, Fayard/Jeune Afrique, Paris, 1997, p. 73.]
Quant au successeur du président Pompidou à l’Elysée, M. Valéry Giscard d’Estaing, il n’était encore que ministre des Finances lorsqu’il profitait de sa position pour «se faire une clientèle en Afrique». En ces temps-là, on retrouvait souvent ses traces à la chasse dans les savanes africaines, sans avertir ni Président ni Premier ministre.

En 1981, commence le règne de François Mitterrand. «A peine couronné, le parti socialiste de François Mitterrand n’est déjà plus ce qu’il était. Lui qui ambitionnait d’incarner le lieu géométrique de la majorité politique et de la majorité sociologique de la France redevient plus modestement le parti naturel des «cols blancs». » [Duhamel (A.), Le complexe d’Astérix, Gallimard, Paris, 1985, p. 57.]
François Mitterrand, ancien ministre des Colonies, lorsqu’il était dans l’opposition avait souvent critiqué les liens étroits et familiaux que les gouvernements de droite entretenaient avec des régimes dictatoriaux et corrompus de l’Afrique francophone. C’est pourquoi dès son arrivée au pouvoir, il entreprend une réorientation de la politique africaine de l’Elysée. Cette nouvelle politique est mis en œuvre par Jean-Pierre Cot, ministre de la Coopération. Mais la démarche de M. Cot heurtera très vite les susceptibilités des dictateurs africains. Vouloir par exemple, que l’aide publique au développement serve réellement la cause du mieux-être des populations, est considéré par les chefs d’Etats noirs comme une ingérence dans leurs affaires. «Les désillusions survinrent assez vite. Partout la Realpolitik l’emportait. En Centrafrique, il fallut s’accommoder du pouvoir de M. Dacko en s’efforçant de l’infléchir, puis en septembre, d’un pseudo-coup d’Etat militaire. Aux Comores, il fallut traiter avec M. Abdallah, dont le régime était considéré comme illégal. » [Bayard (J.-F.), La politique africaine de François Mitterrand, Karthala, Paris, 1984, p. 34.]

Au cours des années Cot, le Parti socialiste et ses organisations nationales sympathisantes «se trouvaient de plus en plus en porte-à-faux par rapport à la stratégie définie à l’Elysée [...] La politique africaine de la France se transformant progressivement en une cacophonie de soubresauts pour le plus grand bénéfice de ses adversaires. » [Bayard (J.-F.), La politique africaine de François Mitterrand, Karthala, Paris, 1984, p.35, 36.]  La politique humaniste et de Justice du Parti socialiste s’opposant à la Réalpolitik de l’Elysée, le ministre de la Coopération, J.-P. Cot sera obligé de démissionner. L’une des raisons : «Lorsqu’il refusait une aide à quelque potentat africain, il attirait souvent cette réplique : «Mais, monsieur Cot, j’ai déjà l’accord du président Mitterrand qui m’a été transmis par Guy Penne. » [Le Canard enchaîné, 13 mai 1992, p. 4.]
M. Guy Penne, chargé de la cellule africaine de l’Elysée a eu à son côté dès 1982, le fils de Mitterrand : Jean-Christophe, surnommé bientôt : « Papamadit de vous dire que... ». Dans le cas précis du Togo, J.-C. Mitterrand deviendra vite l’ami utile d’Eyadéma, malgré des différends antérieurs. (Jean-Chritophe Mitterrand avait été expulsé du Togo en tant que correspondant de l’Agence France Presse, avant l’arrivée au pouvoir de François, son père). Le fils Mitterrand sera le vrai patron de la diplomatie africaine de l’Elysée, et surtout le seul décideur en ce qui concerne le Togo.
Dans la crise togolaise, s’opposent plusieurs intérêts. Il y a les intérêts globaux de la France, que défendent sans distinction, sa gauche et sa droite politiques. Il y a les intérêts particuliers des Eyadéma-Mitterrand. Ces deux groupes d’intérêts, comme unis, s’opposent aux intérêts du peuple togolais.
C’est l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, qui résume dans son style particulier, le mieux la situation : «La France est obligée de faire des efforts surhumains pour se fâcher. C’est qu’elle l’aime, son petit Eyadéma. Avec Eyadéma, jamais d'embrouilles, toujours fidèle à la France, sa marraine. C’est pas lui qui irait brader les matières premières de son bled à un autre pays étranger, c’est pas lui qui paierait sa baguette et ses croissants avec autre chose que des francs CFA, oh non ! Eyadéma est plus dévoué à la France qu’un fonctionnaire des P. et T. Il faut dire qu’il est mieux payé aussi [...] La France, patrie des droits de l’homme et du Quarté+, ne peut pas faire autrement que de condamner ces actes condamnables. La France fronce les sourcils. » [Charlie Hebdo, 1er septembre 1993, p. 3.]
La France fronce les sourcils, mais elle ne lèvera pas le petit doigt en faveur de la démocratisation du système politique au Togo. A ce sujet, la déclaration d’un ex-officier de haut rang de l’armée togolaise donne à réfléchir : «Aucune force étrangère ne viendra protéger nos institutions car les pays n’envoient leurs troupes que là où ils ont des intérêts à défendre. » [Courrier du Golfe, n° 118, 14 octobre 1991, p. 6.]

La communauté internationale va condamner l’attitude de Paris au cours de cette crise togolaise. Les officiels français vont donc tenter d’expliquer leur position. Le ministre français des Relations extérieures, Roland Dumas déclarera sur RFI : «On ne joue pas les corps expéditionnaires, la France est pour que la démocratie avance en Afrique [...] Nous souhaitons que le mouvement démocratique qui a été amorcé par la mise en place de la Conférence nationale se poursuive, mais nous ne voulons pas pour autant aller dire ce qu’il convient de faire. »
Ainsi donc, en matière de décision, celle de la non-intervention du président Mitterrand a primé. Tout le gouvernement va se rallier à la position du président Mitterrand. Le ministre de la Défense, Pierre Joxe quant à lui, déclarera : «La démocratie ne s’impose pas à la pointe des baïonnettes ! ». Le ministre semble avoir oublié l’histoire de la Révolution française émaillée de luttes sanglantes.

M. Albert Bourgi, dans son émission du samedi sur RFI analyse la situation avec sa verve habituelle.
La journaliste : - «Comment expliquez-vous ce refus français d’intervenir militairement malgré les appels réitérés du Premier ministre ? »
Albert Bourgi : - «Ce qu’on peut se poser comme question, c’est pourquoi la France n’a pas fait usage de tous les moyens dont elle dispose (elle dispose de moyens notamment à l’intérieur de l’armée) pour amener à résipiscence le général Eyadéma ? Et je crois qu’il faut également rappeler que ce même général Eyadéma a tiré l’essentiel de sa légitimité du soutien que la France lui a constamment accordé depuis 1967 : soutien militaire et bien entendu, d’un système de prébendes largement alimenté par la rente minière et agricole. [...] Ce qu’il vient de se passer au Togo interpelle la politique française en Afrique. Et, il est temps pour Paris sans doute, de mettre fin à certaines ambiguïtés de sa politique africaine, par une contribution beaucoup plus active notamment sur le plan financier, à la consolidation de la démocratie [...] Car le grand risque qu’encourt la démocratie, c’est d’être remise en cause par la crise économique [...] L’autre défi que doivent relever les nouveaux dirigeants, c’est de faire en sorte que l’armée qui s’immisçait dans les affaires politiques soit désormais subordonnée au politique et surtout qu’elle devienne une armée légaliste et républicaine... » [Sources : archives audio.]
Mais peu à peu ces genres d’interventions visant à mettre à nu les méthodes du chef de l’Etat togolais vont se tarir sur les ondes de la Radio internationale. Nul doute : ordres indirects, incitations discrètes de certaines autorités ou de certains «réseaux» ont fait leurs effets.
En revanche, d’autres interventions indirectes seront suscitées et demandées à d’autres autorités. C’est ainsi que le Secrétaire général des Nations-unies, l’Egyptien francophile Boutros- Boutros Ghali, dans une déclaration à la Tribune de l’ONU, à peine quelques heures après le putsch, déclarera : «Il ne faut pas que nous fassions de la démocratie un filtre magique qui va guérir tous les maux. Il ne faut pas aussi que la démocratie dévore les institutions et dégénère en conflits inter-ethniques ou tribaux qui créent un micro-nationalisme qui fera obstruction à tout développement. » [Sources : archives audio.]  Un discours clair en faveur des putschistes togolais.
La diplomatie française mettra aussi à contribution les chefs d’Etat africains, afin de soutenir la non-intervention. Au lendemain de ce énième coup de force d’Eyadéma, le président Abdou Diouf (Sénégal) n’avait pas hésité en faveur de l’intervention française pour sauver la démocratisation au Togo. Mais quelques jours après, il lui est conseillé de changer de ton. Au Ghana, le président Jerry Rawlings déclare que la France doit aider à contrôler les troupes rebelles au Togo. Des émissaires français lui seront envoyés plus tard pour le convaincre de ne pas prendre le problème togolais trop à cœur.
Mais tout le complot officiel n’aura aucun impact sur le soutien des masses populaires en faveur de la démocratie au Togo. A Bamako, dans une manifestation de protestation, 7000 élèves et étudiants barbouillent de graffiti les murs de l'Ambassade de France. Les députés béninois réunis en séance extraordinaire, dénonceront le putsch. Ils demandent la raison de la présence des troupes françaises dans leurs pays. Ils réclameront le départ des 300 parachutistes prépositionnés à Cotonou. Dans la foulée, une trentaine de partis politiques, d’associations et de syndicats organisent une manifestation pour protester contre l’attitude française. Mais le président Nicéphore Soglo, plus soucieux des bonnes relations franco-béninoises, aides économiques obligent, va s’appliquer à exiger de ses concitoyens de mettre de l’eau dans leur vin. M. Soglo, dans la crise togolaise, va prôner le consensus et un règlement diplomatique à l’africaine.
A l’étranger, Togolais, Béninois et de nombreux Africains ne décolèrent pas à l’égard des putschistes. En France, création d’un collectif pour la démocratie en Afrique regroupant Béninois et Togolais. Dans le même temps, une manifestation se tient à Paris. Des centaines de Togolais et de sympathisants défilent de la Place de la République à la Bastille.
A Abidjan, le leader de l’opposition ivoirienne clame son soutien à la démocratie au Togo et déclare que ses frères togolais auraient dû descendre dans la rue, le 3 décembre pour défendre l’Etat de droit.
Les Etats-Unis, ont protesté dès le 28 novembre par un communiqué qui dit qu’«Un gouvernement qui arriverait au Togo par la force ne pourrait s’attendre à avoir des relations normales avec les Etats-Unis. »

Nonobstant son soutien implicite à Eyadéma, la France va esquisser quelques gestes symboliques en faveur de la démocratisation. Le ministre Pierre annonce la suspension de la coopération militaire ; «De toute la coopération », ajoutera la ministre Edwige Avice. (L’assistance financière et technique au Togo était de l’ordre de 17 milliards de F CFA. )
Ainsi donc, après avoir invité à La Baule, les pays africains à se démocratiser, le président Mitterrand va, un an plus tard, tiédir les ardeurs des démocrates africains.
A l’ouverture à Paris (1991) de la Quatrième «Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français», François Mitterrand déclare : «Nombre de pays africains se sont engagés dans un vaste mouvement de réformes démocratiques. Chacun saura, j’en suis convaincu, fixer en toute indépendance les modalités et le rythme qui conviennent dès lors que la direction est prise » [Secrétariat de la Conférence, Actes de la Quatrième Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français, Sommet de Chaillot, Paris, novembre 1991, p. 146.]. C’est la démocratie à petits pas. Pour François Mitterrand, la direction qui mène à la démocratisation est prise. Il s’en tiendra à ses discours : «Notre rôle n’est pas d’intervenir dans les conflits intérieurs. ». Ce disant, le Président français ne fait que lire à la lettre le versant visible du traité de coopération militaire entre la France et le Togo. Ce traité de défense datant du 10 juillet 1963, prévoit une intervention seulement dans l’hypothèse d’une attaque armée en provenance de l’étranger. A noter que certains Etats d’Afrique francophones (Côte d’Ivoire, Gabon...) disposent dans leur traité de défense d’une clause de maintien d’ordre en cas de trouble intérieure.
A toutes ces considérations, il faut ajouter le fait que le Président français réputé pour sa fidélité en amitié, ne pouvait pas envoyer des troupes contre son ami Eyadéma. C’est pourquoi la demande officielle en date du 27 novembre 1991 du Premier ministre Koffigoh à la France, aide visant à ramener le calme au sein de l’armée, n’a eu qu’un effet limité. Selon les révélations du Dr Ihou, la lettre de demande d’aide n’avait pas été transmise à temps par Koffigoh : «Des amis français proches de l’Elysée nous ont confirmé qu’aucun message n’était arrivé au Palais. C’est alors qu’Améfia et moi avions pris la responsabilité de «balancer» le message à Radio-France Internationale. C’est après l’annonce de RFI que Koffigoh a dû transmettre le message. » [Le Combat, n° 95, 23-27 décembre 1996, p. 6.]
Les militaires français à Lomé eux aussi, auraient émis un avis défavorable à une quelconque intervention. Ils avaient peur de voir les soldats rebelles occuper l’aéroport, empêchant ainsi tout atterrissage. Dans une retraite forcée, les hommes du Général n’épargneraient pas la population. Ce que le Premier ministre Koffigoh traduira dans une conférence de presse par : «La France a répondu favorablement à notre appel, mais elle s’est heurtée à quelques problèmes d’ordre technique. »
Les ressortissants français au Togo, signeront une pétition après le putsch, pour inviter leur gouvernement à prendre des mesures. Sans succès. Paris a choisi son camp, celui de ses intérêts. Albert Bourgi écrira : «Ainsi au-delà des grands discours sur les vertus de la démocratie et le cours nouveau des relations entre la France et l’Afrique, la préservation des intérêts bien compris demeure la source d’inspiration essentielle de la politique française sur le Continent. » [Jeune Afrique, n°1618, 9-16 janvier 1992, p.13.]
Les soldats putschistes ont eux aussi trouvé leur intérêt dans l’affaire. «Ils ont reçu une récompense de 40 000 F CFA (400 FF) ». [Jeune Afrique,  n° 1616-1617, 18 décembre-8 janvier 1992,  p. 5.]  La moitié de cette somme ayant été perçue avant l’attaque.
 

Suite:   Koffigoh face aux attentats militaires
 
 


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