Deux temps forts dans les prises de contact avant négociations.
Le 29 mai 1993, s’effectue la visite d’une délégation
française conduite par le chef d’état-major de l’Armée
française, l’amiral Lanxade. A la fin de son séjour, cette
délégation dépêchée par le président
Mitterrand et le Premier ministre Balladur, déclare une possibilité
imminente de règlement de la crise. Résultat de cette visite
: le 2 juin, Eyadéma va reporter les élections (prévues
par lui-même pour le 20 juin 1993). Aucun doute, le Général
a subi des pressions venant de Paris, qui elle-même avait fait l’objet
de critiques de la part de Bonn et de Washington.
Le 12 juin 1993, le président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré
de son retour de Paris, effectue une escale de deux heures à Lomé.
Des discussions de deux heures avec Eyadéma portent sur une prochaine
table-ronde prévue à Ouagadougou entre le COD II et la Mouvance
présidentielle. Auparavant à Paris, le Président burkinabè
en visite de travail avec les autorités françaises, a profité
de son séjour pour s’entretenir avec les principaux chefs de l’Opposition
togolaises. Blaise Compaoré a suggéré aux représentants
du COD II de faire quelques concessions, notamment de se résoudre
à tolérer le maintien de Joseph Koffigoh à la tête
du gouvernement jusqu’aux élections prochaines.
C’est ainsi que, sous la médiation du président Compaoré,
la table-ronde de Ouagadougou débute le 17 juin 1993 au Palais du
Conseil de l’Entente. La délégation présidentielle
togolaise conduite par le ministre de l’Education nationale, M. Stanislas
Baba, comprend entre autres, M. Moussa Barqué. Elle défend
le maintien des élections présidentielles pour le 4 juillet–
1er tour ; et le 1er & 15 août pour les législatives.
«Un quatrième report serait lassant», affirme un envoyé
du président Eyadéma.
Au cours des conversations préliminaires, pointe une petite
chance de compromis sur les questions de sécurité. Les représentants
de l’Opposition insistent sur le cantonnement (avant, pendant et après)
des militaires dans leurs casernes sous contrôle des observateurs
étrangers. M. Ouattara Natchaba affirme qu’il n’est pas hostile
à la venue d’observateurs militaires étrangers ; français
de préférence (la France ayant des accords de Défense
avec le Togo).
Le 19 juin, le Collectif de l’Opposition pour la Démocratie
(COD II), après une longue concertation en son propre sein, va consentir
au maintien de Joseph Kokou Koffigoh à son poste de Premier ministre
; mais à condition que la partie présidentielle soit à
son tour d’accord, pour faire des concessions, dans le cadre légal,
sur l’organisation des scrutins.
Au matin du quatrième jour des pourparlers, pas de résultats
spectaculaires. Le COD II veut : la révision des listes électorales
; la constitution d’une commission électorale indépendante
; la tenue des élections législatives avant les présidentielles
(comme l’indique implicitement la Constitution), au pire simultanément.
La Constitution de 1992 dit dans son article 64, que dans les quinze jours
qui suivent la proclamation des résultats de l’élection présidentielle,
«Le Président de la République prête serment
devant la Cour constitutionnelle réunie en audience solennelle à
l’Assemblée Nationale, en présence des députés
convoqués en session extraordinaire. » Dans ces conditions,
est-ce légal de procéder aux présidentielles d’abord,
comme le proposent les frères burkinabé dans leur synthèse
«A prendre ou à laisser» ?
En tout état de cause, au regard des relations d’amitiés
entre Eyadéma et Compaoré, il aurait été étonnant
de voir le chef de l’Etat burkinabè concocter une synthèse
que les partisans d’Eyadéma aurait été contraints
de refuser sous les yeux de l’opinion publique internationale. Ce que ne
manquera pas de faire remarquer le leader de l’UFC, Gilchrist Olympio,
absent des négociations de Ouaga III.
Au début du troisième round des négociations,
les compromis butent sur la date des élections. La partie présidentielle
exige la date du 22 août ; et le COD II : le 29 de septembre.
Le dimanche 11 juillet 1993, les deux délégations finissent
par signer «Ouaga III». L’accord fixe au 25 août l’élection
présidentielle. Il définit les conditions d’organisation
du scrutin ainsi que les mesures de sécurité pendant toute
la durée du processus électoral. A la conclusion de l’accord,
sont présents : B. M. Barqué représentant la Mouvance
présidentielle ; L. M. Gnininvi représentant le COD II. Les
témoins sont : le Président du Burkina, les ambassadeurs
d’Allemagne, de France et des Etats-Unis. Tous se rendront ensuite à
Lomé pour parapher officiellement l’Accord.
Un comité de suivi a été créé. Il
est co-présidé par le Burkina et la France. Il comprend en
sus, l’Allemagne et les Etats-Unis.
Des observateurs étrangers surveilleront le déroulement
des opérations électorales. Des observateurs militaires étrangers
seront délégués sur le terrain. Une Commission électorale
nationale (9 membres) sera formée ; le président de la Cour
suprême en sera le garant. La Commission comprendra 3 membres de
la sensibilité présidentielle, 3 membres du COD II et 2 membres
neutres choisis de commun accord.
Le compromis une fois trouvé entre Gnassingbé Eyadéma
et son opposition, il reste aux différents chefs du COD II à
signer le pacte qui permettra à l’opposition d’être en accord
avec elle-même.
Suite: Troisième partie - CHAPITRE II