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DÉMOCRATISATION À LA TOGOLAISE
Tètè Tété, 1998
Table des matières
INTRODUCTION
Le Togo, avec une superficie de 56600 km2 est l’un des plus petits pays
d’Afrique. Son relief et son étirement en longueur sur 600 km du
nord au sud, font dire aux plus imaginatifs, que le pays est une grande
dame portant un bébé à califourchon sur le dos, et
trempant les pieds dans la mer.
L’océan Atlantique borde le Togo au sud. Au nord, le pays voisine
avec le Burkina Faso (ex-Haute-Volta). A l’ouest, le Togo jouxte le Ghana
et à l’est le pays est limité par le Bénin (ex-Dahomey).
La largeur du Togo varie entre 50 et 150 km, tandis qu’au nord-est
et au sud-ouest, le pays est doté d’une chaîne de basses montagnes
et de larges plateaux. Le mont Agou, site naturel le plus élevé
au sud-ouest du pays, culmine du haut de ses 986 mètres.
LE PEUPLEMENT
Le Togo est doté d’une population aux origines diverses. Ces
groupes de population sont communément désignés sous
le nom d’ethnies.
Une brochure éditée par le Ministère français
des Colonies en 1939 [Le Togo, Brochure éditée
par le Ministère des colonies, 1939, cité par de Menthon
(J.), A la rencontre du Togo, L’Harmattan, Paris, 1993, p. 26.],
et comportant un schéma ethnographique, compte dix-sept groupements
humains. Mais quelques études datant des années de l’indépendance,
recensent : "44 langues et 44 peuples", tandis que le recensement officiel
de 1981 dénombre quarante et une ethnies. Quant au chercheur, Comi
Toulabor, dans Le Togo sous Eyadéma , il note : "Sur ce milieu physique,
vit une population d’environ 3 millions d’habitants, composée d’une
cinquantaine d’ethnies. " [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma,
Karthala, Paris, 1986, p. 11.] La population togolaise a certes,
évolué depuis lors, mais les pourcentages ethniques demeurent
pratiquement les mêmes.
D’une façon générale, au Sud, le groupe Ewé
comprenant des apparentés : Adza, Anlo, Ehué, Fon, Péda,
Ouatchi, etc., ou des assimilés : Ana, Kpessi, Mina, etc., constituerait
grosso modo 45% de la population togolaise.
Au Nord, un deuxième groupe important : les Tem-Kabyé,
comprenant les Kabyés, les Lambas, les Nodembas, représen-terait
35% si l’on y ajoute les Lossos. Dans la région de Bassar-Sokodé,
les Kotokolis constitueraient approximativement 10% de la population. A
l’extrême Nord du pays, dans la région de Mango-Dapaong, les
Gourmas et les Mobas formeraient envi-ron 10% de l’ensemble des Togolais.
LA COLONISATION ALLEMANDE
L’existence officielle du Togo commence le 5 juillet 1884, lorsque le
consul allemand Gustav Nachtigal signe avec le porte-canne du roi Mlapa
de Togo, un traité de protectorat. Togo, en langue éwé
veut dire littéralement : "Au-bord-du-lac". Selon certains rapports
de marine, les premiers Européens à avoir découvert
les côtes du Togo en l’an 1471, étaient de nationalité
portugaise. La première apparition de "l’homme blanc" sur la terre-Togo,
est étroitement liée au commerce des esclaves, comme d’ailleurs
partout sur les côtes de l’Afrique de l’ouest. Les Portugais étaient
des familiers de la côte depuis la moitié du XVe siècle.
Dès 1482 déjà, ils contrôlaient le com-merce
de l’or et de l’ivoire à partir du fort El Mina situé en
Gold-Coast (actuel Ghana). Vers les années 1530, un autre commerce
plus juteux débute : la traite des Noirs. Les esclaves les plus
recherchés pour leur qualité, et ceux les plus "côtés
en bourse" provenaient de la côte ouest-africaine.
Dans son ouvrage A la rencontre du Togo, Jean de Menthon écrit
: "En 1884, existait pour les puissances européennes une sorte de
no man’s land d’Aného à Lomé, alors que des postes
militaires anglais et français étaient installés à
l’Ouest et à l’Est. " [de Menthon (J.), A la rencontre
du Togo, L’Harmattan, Paris, 1993, p. 42.]
Mais les Allemands franchissent les premiers le pas. Le 5 juillet 1884,
Bismarck, le chancelier de l’empire allemand, envoie un commissaire sur
la côte togolaise afin d’officialiser les relations naissantes.
Le traité de protectorat signé, stipule en substance,
que le roi Mlapa III ne doit céder son territoire à aucune
puissance sans l’accord de l’Empereur d’Allemagne. Au cours de la même
année, l’empire allemand jette son colonialiste dévolu sur
le Cameroun, sur le territoire du Burundi, du Rwanda et sur une grande
partie du Tanganyika.
Au Togo, les Allemands n’occupèrent alors qu’un bout de territoire
comprenant les bourgs de Togoville, Baguida, Lomé, Bè. La
présence allemande sera consolidée par la signature d’une
convention sur le Togo, entre le chancelier allemand Bismarck et l’ambassadeur
de France à Berlin en décembre 1885. Mais le traité
avec le Togo n’ouvrait pas pour autant toutes les portes aux Allemands.
A partir du bout de Togo conquis, les Allemands allaient mettre une vingtaine
d’années à occuper le reste du pays.
De nombreux soulèvements eurent lieu dans la région de
Kpalimé. Les plus organisés dans la résistance, étaient
les peuples kabyé, konkomba, bassar, gourma, moba. Les Konkombas
organisèrent un soulèvement qui dura de mars 1897 à
mars 1898. Les envahisseurs allemands eurent besoin de près de vingt-cinq
expéditions guerrières pour venir à bout de la résistance
au nord du Togo.
Le Togo couvrait alors une superficie de 90 000 km2. A sa tête,
l’Empereur nommait un gouverneur. Ce dernier cumulait tous les pouvoirs
(exécutif, législatif, judiciaire).
Les autorités allemandes étaient fières de leur
colonie. Le Togo devait servir de modèle en vue de la gestion et
du dévelop-pement d’autres protectorats. Lorsque la guerre survint
en 1914, Herr Doering substitut du gouverneur proposa officiellement à
ses homologues des colonies voisines (Gold-Coast et Dahomey) un pacte de
neutralité. Les gouverneurs anglais et français rejetèrent
l’offre. Le gouverneur français du Dahomey convoitait avant le début
des hostilités, la puissante station émettrice de Kamina
(environ 7 km de la ville d’Atakpamé). Après un ras-semblement
de leurs troupes, composées d’officiers et de sous-officiers européens,
de forces de police, de tirailleurs africains, Anglais et Français
occupèrent dès les premiers jours de la guerre la zone côtière
: Lomé, Aného, Porto-Séguro. Puis ils commencèrent
leur avancée vers le nord.
Le 26 août, après la chute de Kamina, le détachement
régional de l’armée allemande capitula, après avoir
fait sauter la station de Kamina. A l’issue de cette mini-guerre, Anglais
et Français se partagèrent les dépouilles de la "Colonie
modèle".
La côte togolaise fut scindée en deux parties : Aného,
proche du Dahomey, pour les Français ; Lomé plus près
de la Gold-Coast, pour les Anglais, en plus de Misahohoé à
l’ouest.
Après cette victoire de 1914 sur les Allemands, les Français
et les Anglais installèrent au Togo des commandements militaires.
Quelques civils furent associés à la gestion des affaires
courantes. Le régime militaire restera comme une malédiction.
Des années plus tard, le Togo indépendant aura du mal à
s’en défaire.
En vertu du traité de Versailles du 28 juin 1918, l’Allemagne
renonça à toutes ses colonies. Le 10 juillet 1919, à
Londres, les alliés tracèrent une nouvelle ligne de partage
du Togo. Ils avaient un mandat de la Société des Nations.
Les Français reçurent 61% des 90 000 km2 de l’ancien Togo-allemand.
Les Anglais entreprirent d’intégrer "leur Togo" à la Gold-Coast.
Les Français s’abstinrent de regrouper Togo et Dahomey.
Politiquement, les Français au Togo allaient peu à peu
adjoindre les autochtones aux affaires du pays. Mais le véritable
pouvoir était jusqu’en 1935 aux mains du Commissaire de France,
qui était désigné par le ministre français
des Colonies. En 1936, le commissaire de France sera sous l’autorité
du gouverneur général de l’Afrique occidentale française.
Au début de son mandat, l’administration française avait
dû recruter au Dahomey voisin, des collaborateurs et employés,
pour remplacer les commis d’administration qui avaient été
formés aux méthodes allemandes et, dont de nombreux parlaient
la langue anglaise en plus de celle de Goethe. Mais dans les années
1939 déjà, une élite togolaise était prête
à assurer la relève.
LA DOMINATION FRANÇAISE
Au plan administratif et politique, la France créa en 1922, un
Conseil de notables auprès des "commandants". Ces assemblées
de notables considérées comme aux ordres du commissaire de
France, rencontreront en 1931 leur opposition : les conseils coutumiers
non-officiels (les Duawo, en langue éwé). Après la
première Guerre mondiale, une certaine élite togolaise favorable
à l’Allemagne avait créé le "Togobund". C’était
une association soutenue par la compagnie commerciale Deutsche Togo Gesellschaft
(DTG). Avec l’accession du chancelier Hitler au pouvoir en 1933, le Togobund
s’agitait de plus belle. En outre, il existait un plan concocté
par Berlin visant le retour du Togo en faveur de l’Allemagne.
Dans le but de contrecarrer les velléités du Togobund
et le projet allemand, le commissaire de France suscita la naissance à
Lomé en 1936, d’un mouvement : "Les Amitiés françaises"
qui regroupera des Français et des Togolais. Un certain Sylvanus
Olympio en fut le vice-président.
Toujours dans l’esprit de contrecarrer l’action des germanophiles autochtones,
le gouverneur français, Montagné, fonda en 1941, le CUT (Comité
de l’Unité Togolaise), une association regroupant notables du Nord
et du Sud dans une communauté fidèle à la France.
M. Sylvanus Olympio qui ne souhaitait pas le retour des Allemands en fera
partie.
Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique
du nord. Sur ordre des autorités de Vichy, le commissaire de France
au Togo fit arrêter les commerçants étrangers favorables
aux Alliés. Le commissaire de France, M. Roger Péperty assimila
Olympio, qui était alors gérant de l’UAC (United African
Company), à un étranger. Il le fit interner à Djougou
(Dahomey) pendant quelques semaines avec six autres Européens. N’ayant
pas été autorisé à fonder un parti, S. Olympio
va se consacrer à insuffler une vie politique au CUT. Ce "Comité
de l’Unité Togolaise" avait au départ l’existence paisible
d’une association à caractère plutôt culturel. Au renouvellement
du bureau en 1946, Olympio est élu vice-président et dirigera
pratiquement le mouvement à la place du président, M. Augustino
de Souza.
A la fin de la deuxième Guerre mondiale et suite à la
création de l’ONU, la France est astreinte par l’Organisation internationale
à favoriser vers l’autogestion, le territoire Togo.
Suite: PREMIÈRE PARTIE
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