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ADIP: QUEL CHANGEMENT POUR LE TOGO?


"La liberté, c’est bien de la conquérir, mais une fois qu’elle est obtenue, il faut savoir ce qu’on va en faire." Aimé Césaire

Sept mois après les élections législatives au Togo, l’ADIP (Alliance pour la Défense des Intérêts du Peuple) constate que la rhétorique politicienne reprend du poil de la bête pour de nouveau préparer les esprits à l’élection présidentielle de 2010. À croire que la vie politique, la vie tout court des Togolais se résume à des joutes électorales. 2010 nous dit-on, serait l’année de l’alternance. Ce pourrait être vraisemblable au regard de la majorité numérique favorable aux partis de l’opposition réunie. Mais de quelle alternance parle-t-on? De celle résultant de la logique électorale ou du changement comportemental des élites et des citoyens pour faire face aux grands défis contemporains?

On revenait certes de loin après l’ampleur des massacres orchestrés par le parti au pouvoir et ses milices à chaque échéance électorale. Au point de standardiser la réussite du processus électoral d’octobre 2007 au nombre de morts qui en résulterait. Il y eut zéro mort, donc le processus électoral pouvait mériter le label «bien». Les raisons évoquées pour expliquer les résultats inédits dans une élection à la proportionnelle, même si elles restent avérées dans certaines contrées, ne doivent pas occulter le constat d’un échec de l’opposition à incarner une nouvelle façon de gouverner. La pédagogie a cruellement manqué depuis les années 90. La ténacité dans une posture supra partisane aussi. Plutôt que d’être dans l’éternel combat de quête du pouvoir - certes louable pour chaque parti politique - pourquoi ne pas opter pour une politique du changement par l’exemple.

Ce peut paraître étonnant, mais la réalité du terrain social et économique du Togo actuel est en phase avec les préoccupations sociales et d’espérance des pays riches. Quand le pouvoir politique connaît ses limites face à la réalité de la globalisation, les solutions pragmatiques font fi des idéologies politiques et optent pour des propositions supra partisanes. Gauche et droite s’accordent sur le maximum dans la synthèse des solutions pour promouvoir un climat social apaisé et une croissance économique vivable pour tous. Certes, l’histoire politique et économique des pays riches n’est pas transposable à nos contrées de sous les tropiques, mais il y a une réalité contemporaine liée à la globalisation qui fait correspondre des cycles asymétriques de développement. En Afrique et particulièrement au Togo, «tout reste à construire». Cette réalité ne doit pas pour autant laisser libre cours à la «déclinologie» habituelle qui stipule que point de développement économique sans démocratie (entendue sous sa simpliste logique électorale). S’il y a une leçon à retenir du dernier scrutin d’octobre 2007, c’est d’éviter que le chien ne suive éternellement son maître. Sinon comment éviter l’achat des consciences des pauvres citoyens dont la misère quotidienne a absolu toute référence vertueuse. Remettons donc la balle à terre pour que chaque citoyen ait une espérance en son lendemain. Vouloir à tout prix la transposition intégrale des principes démocratiques occidentaux au Togo revient à adopter une posture éternelle d’opposants sans réel pouvoir d’assurer un climat d’espérance aux citoyens.

En faisant de la conquête des municipalités et des régions un leitmotiv, l’ADIP pense que les partis authentiques de l’opposition auront un argument de taille pour débrider dans l’inconscient collectif togolais, l’idée têtue que les hommes politiques ne pensent qu’à leurs panses et à leur ego. Toute une symbolique! Et le copié-collé des institutions de la monarchie républicaine française qui a cours n’arrange rien dans nos capacités à promouvoir des voies authentiques de démocratie qui mettent le bien-être du citoyen au centre des préoccupations.

On ne peut aujourd’hui au Togo affirmer que le débat politique est stérile. Au contraire! La question qui est posée est de savoir si en l’état actuel, l’alternance politique - entendez le changement intrinsèque de chaque citoyen pour une démocratie réelle - doit se faire sur le principe dune démocratie majoritaire issue des élections (L’idéale) ou sur une période transitoire qui promeut une société citoyenne stable capable de rendre irréversible le processus de démocratisation. La tentation serait grande d’opter pour la première solution au regard de la déchéance sociale, morale, économique et culturelle engendrée par le régime RPT. Sauf que…! Vouloir à tout prix confondre un régime à des personnes physiques et non à un système qu’il faut bannir à jamais, reviendrait pour le citoyen lambda à vendre le chien pour acheter un singe. Soyons donc patients et sereins dans nos réflexions pour asseoir une démocratie irréversible. Quelque soit le régime constitutionnel à mettre en place (présidentiel, semi-présidentiel, parlementaire), le souhait de l’ADIP est de faire promouvoir l’alternance par l’exemple. La gestion des communes et des régions par les forces du changement puis l’essaimage des principes de bonne gouvernance sur le plan national. Il importe donc - et c’est une nécessité - d’exercer des pressions pour l’application entière de la loi de décentralisation.

Pour l’ADIP, l’apprentissage de la gestion publique et administrative dans un contexte décentralisé offrira l’occasion inédite aux forces authentiques du changement de convaincre de façon irréversible la frange importante de nos citoyens qui reste dubitative sur la véracité d’un nouveau concept de démocratie et de développement aux antipodes du système despotique des gouvernants actuels. L’attitude déclamatoire de certains hommes politiques qui font de 2010 «une année charnière» en laissant en pan l’acuité de la décentralisation nous réserve des désenchantements monstres. Le changement par le «haut» n’obéit qu’à l’instinct du pouvoir pour le pouvoir et entérine de fait l’acceptation par la classe politique de l’état central, véritable tour de contrôle des hommes providentiels dont nous rêvons tant! La monarchie républicaine aura de beaux jours devant elle! On changera les hommes mais pas le système. Tous ceux qui aspirent demain à diriger ce pays doivent se faire la main dans la gestion publique et administrative. A-t-on une occasion pour cela si ce n’est les municipales et les cantonales? Le titre d’opposant vierge de toute accointance avec le régime RPT suffira-t-il demain?

Nous avons tous et à tort pensé que la misère des populations affamées à dessein par les prédateurs RPTistes remplacera nos programmes politiques. Nous connaissons les résultats. Que veut dire changement pour le citoyen si ses préoccupations quotidiennes restent irrésolues? Privilégier la présidentielle de 2010 au détriment des élections municipales et locales, revient à crisper les citoyens sur la motivation réelle des forces du changement pour une démocratie participative. Il revient au gouvernement de mener et prestement une sensibilisation des populations sur la décentralisation, de redéfinir les limites géographiques des cantons, de promouvoir un esprit nouveau de citoyenneté et enfin de rendre lisible les moyens de financement des projets des divers conseils régionaux à mettre en place. Si donc l’option pour une période transitoire pour un climat social propice semble légitime, la nécessité d’une décentralisation et d’une démocratie participative est la solution viable pour araser l’ego de personnalités illuminées qui souhaitent «sauver le peuple».

Il n’y a pas d’alternative à la dérive du pouvoir actuel que par la prise à bras le corps des dispositions législatives relatives à la décentralisation. C’est l’urgence du combat politique au Togo aujourd’hui.


Fait à Paris, le 05 mai 2008
Le comité directoire de l’ADIP
Courriel: adip@adip-togo.org
Site: www.adip-togo.org

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