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BARACK OBAMA PASSE, L’AMÉRIQUE EST AU PIED DU MUR


Le principe selon lequel les hommes naissent égaux n’a jamais été aussi réel en Amérique, avec la très évidente nomination de Barack Obama comme candidat des démocrates à la présidentielle de novembre. Dans un pays qui a subi de profonds dérapages raciaux, des gens auraient raison de dire que ce moment a pris une éternité pour arriver. L’éruption de Barack Obama sur la scène intervient seulement 45 ans après que Martin Luther King eut déclaré son rêve d’une Amérique arc-en-ciel et 30 ans après que l’État de Missouri se fut désolidarisé de la fameuse "Commission de Souveraineté" qui se battait pour le maintien de la ségrégation raciale.

Le phénomène Obama paraît souvent trop beau pour être instantanément pris pour vrai, d’où la persistance de la question s’il pourra être élu président en novembre? Combien de temps, après lui, cela va prendre pour que d’autres candidats noirs fassent ce que Obama a fait? Dans l’histoire de l’Amérique, il y a des moments où le pays sait que les choses changent. Nous sommes entrain de vivre l’un de ces moments. Et celui-ci s’appelle Barack Obama.

L’Amérique a connu une évolution notable depuis les affrontements entre activistes d’Alabama des années 60 à l’élection, en 1989, de Douglas Wilder comme premier gouverneur noir de l’État de Virginie. C’est en réalité à partir de cette période que beaucoup d’Américains ont commencé, même s’ils n’y croyaient pas profondément, (à réaliser) que leur pays n’était pas loin d’avoir un président de race noire. L’idée est restée longtemps à l’état abstrait jusqu’à ce qu’elle n’ait commencé à être sérieusement envisagée par les électeurs que lorsque le Général Cohen Powell avait gagné leur admiration en 1990 pendant la guerre du Golfe.

L’agenda qui a gagné

Le jeune Sénateur a dû tirer des leçons des échecs accumulés par ses aînés qui avaient, de Jesse Jackson à Al Sharpton en passant par Alan Keyes, tenté l’aventure présidentielle sur fond racial. C’est de bonne guerre si Obama a nettement pris ses distances vis-à-vis de la vieille garde pour ne mettre au centre de sa campagne que des questions allant dans le strict intérêt des Américains, qu’ils soient blancs, noirs métis ou jaunes. Privilégiant donc les sujets d’éligibilité sur ceux du sectarisme racial et social, il est clair que ce qu’il représente est plus grand que la couleur de sa peau. D’ailleurs, Barack Obama ne parle pas beaucoup de race. Est-ce parce qu’à 46 ans, il est trop jeune et mal outillé pour avoir une nette photo de l’ère de la lutte pour les Droits civils, ou est-ce par convictions profondes?

Tout en refusant de se présenter comme le candidat des minorités et des pauvres, à l’instar des Jackson, il promet par contre à son électorat un changement. Cette idée, par les temps qui courent, a de quoi emballer les différents groupes d’électeurs, femmes, hommes, jeunes, intellectuels, blancs, noirs, bref, toutes les classes sociales de la société américaine. C’est ainsi que Barack Obama a exclu plusieurs leaders du "Civil Rights Movement" qui l’auraient certainement défini comme le candidat des noirs. D’ailleurs, il ne se présente jamais comme tel mais comme un homme dont l’histoire est typiquement américaine. On le voit, nous assistons à un passage de témoin des leaders activistes noirs à une nouvelle génération de jeunes bien éduqués et politiquement motivés par une différente vision du nouveau monde. En même temps que se développe ce transfert, l’électorat national est de moins en moins guidé par les prises de décision et les jugements en terme de noir et blanc.

Obama est incontestablement le produit de cette nouvelle Amérique inter-raciale caractérisée par l’émergence de jeunes votants avec de différentes sensibilités socio-politiques et idéologiques. La Campagne du Sénateur d’Illinois aura été le parfait reflet d’un pays situé à un point de transition où la génération qui, pendant longtemps a exercé le pouvoir, se voit dans l’obligation de passer le témoin à la classe émergente. "Change and Hope" dont parle le candidat démocrate deviennent forcément des concepts magiques en lesquels les Américains croient et face auxquels la nation entière tressaillit d’une émotion presque sacrée.

Il faut s’attendre aussi que l’élection générale de novembre prochain vienne rappeler à la Nation la plus puissante de la planète que malgré sa maturité et sa puissance, elle reste en conflit avec elle-même sur bien de questions, la question raciale notamment. Toutefois, il est réel et parfois intéressant de constater qu’une fièvre s’est bel et bien emparée de l’Amérique. C’est la fièvre OBAMA.


Oakdale, États-Unis, 5 juin 2008
Kodjo Epou

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