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LA RESSUSCITÉE OU LA CONJUGAISON DES TRADITIONS ISLAMIQUES AUX COUTUMES ANCESTRALES AFRICAINES NOIRES


Abdou Latif Coulibaly, l’enfant terrible des lettres sénégalaises atterrit dans la fiction. La ressuscitée, publiée chez l’Harmattan en 2007, est son premier roman, sa première incursion dans ce genre littéraire. Journaliste d’investigation de renom, Abdou Latif Coulibaly ne met pas de gants pour dénoncer les dérives de sa société. Ses différentes publications éditées chez l’Harmattan (1), ont déjà fait trembler le monde politique sénégalais. A titre d’illustration, la parution d’un de ses ouvrages avait provoqué un remaniement ministériel au Sénégal (2). Dans ce premier roman de fiction, il s’attaque à l’épineux problème des mutilations sexuelles des femmes en Afrique où l’hypocrisie des leaders politiques soi-disant modernes encourage des pratiques inhumaines et dégradantes appartenant à un autre âge.

Commençons une petite promenade dans l’univers ténébreux raconté par Abdou Latif : à la suite d’une morsure de serpent rouge, contrairement à la tradition, Diakher est amenée dans un dispensaire par sa famille. L’accident s’est passé dans son village Wohna et les sages préconisaient sa mise en quarantaine afin qu’elle succombe à sa blessure. Mais le centre médical est dépourvu de tout. C’est l’inconcevable. C’est ce qui explique la présence des «maladies dites orphelines: la malaria, la tuberculose, la malnutrition qui déciment plus les populations africaines. Ces maladies ne sont parfois que des sources d’enrichissement facile, des créneaux d’accaparement des ressources de l’Etat et de celles des bailleurs de fonds bilatéraux ou multilatéraux». Page 22.

C’est grâce à un groupe de touristes européens en visite dans la région que Diakher recevra un premier traitement. Ces touristes avaient quelques sérums dans leurs bagages à titre préventif. On peut se demander pourquoi, la société a refusé de traiter Diakher? La plupart des gens pensent comme Wanini, l’oncle du mari de Sira, l’héroïne du roman et la copine de Diakher : «la science des hommes ne peut en aucune façon triompher de la puissance des esprits.»

Dans la première partie de La ressuscitée, le narrateur donne la parole au jeune médecin du centre médical du village où a été admise Diakher Celui-ci dénonce l’incohérence de la politique sanitaire, l’absence d’une vraie politique de santé publique, en l’occurrence, le manque criant de médicaments et le délabrement complet des infrastructures d’accueil : «Le centre médical ne dispose pas de sérum, le produit vital dont dépend la survie de la femme. Personne ne peut dans l’immédiat en informer la famille… La rupture de stocks a été signalée depuis deux mois. Les autorités compétentes n’ont jamais réagi. Les crédits destinés à l’achat de certains médicaments sont épuisés. Depuis fort longtemps.» Page 7

Par manque de soins, Diakher meurt des suites de la morsure du serpent rouge. Dans cette contrée, lorsque le serpent rouge mord une personne, c’est un mauvais signe, une manifestation de la colère des dieux et des ancêtres: Le serpent rouge n’est pas un reptile ordinaire. Il est la réincarnation des ancêtres. Ceux-ci parlent à travers lui. Ils l’envoient délivrer un message aux vivants. La morsure de ce reptile indique, en effet aux vivants les exigences et désirs des morts. Page 8- 9.

Par ailleurs, ce roman touche du doigt la problématique de la conjugaison des traditions islamiques aux coutumes ancestrales africaines noires. On le voit à travers les obsèques de Diakher, son histoire familiale et son environnement dans son luxuriant village natal.

Qui était Diakher? Femme généreuse, mère de quatre enfants, Diakher était une militante pour le triomphe des droits de la femme. Tout comme Yandé, la monitrice de la localité, et Sira, une amie de Diakher Mais ce sont surtout Diakher et son amie Yandé qui vont s’engager dans la campagne de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines. Régulièrement, elles aident les victimes de ces pratiques à recourir aux progrès de la science et de la médecine moderne pour retrouver leur identité perdue, sacrifiée. Finalement, ce combat trouve des échos favorables au sein de la population. C’est ainsi qu’elles seront invitées à une conférence internationale sur le sujet. Malheureusement, Diakher ne pourra pas y prendre part. C’est là que Yandé apprendra la mort de sa co-combattante. Sur les conseils de Yandé et de Diakher., Sira s’est décidée à se faire opérer en vue de la réparation de son organe génital mutilé. La mort empêchera Diakher de voir les résultats de son combat. Mais la guérison de Sira influencera son mari à s’engager à son tour dans ce combat. La peur des esprits ne l’a pas définitivement quitté, et il prend conseil auprès de son oncle Wanini au sujet de la nouvelle situation de sa femme.

À l’instar de ses précédents livres, on retrouve dans La ressuscitée les qualités d’écriture, la fermeté des idées, la générosité de l’engagement et la passion des combats propres à Abdou Latif Coulibaly.


Note de lecture de La ressuscitée de Abdou Latif Coulibaly
Publié aux Éditions l’Harmattan .2007.


Bruxelles, le 09 juin 2008
Maurice Mouta W. Gligli

1) - LOTERIE NATIONALE SÉNÉGALAISE. Chronique d'un pillage organisé Lettre au président de la Commission nationale de lutte contre la corruption. Abdou Latif Coulibaly Éditions l’Harmattan Septembre 2007.
- SÉNÉGAL AFFAIRE ME SÈYE : UN MEURTRE SUR COMMANDE. Abdou Latif Coulibaly Éditions l’Harmattan Janvier 2006.
- LE SÉNÉGAL A L'ÉPREUVE DE LA DÉMOCRATIE
Enquête sur 50 ans de lutte et de complots au sein de l'élite socialiste Abdou Latif Coulibaly Éditions l’Harmattan Novembre 1999.
2) UNE DÉMOCRATIE PRISE EN OTAGE PAR SES ÉLITES
Essai politique sur la pratique de la démocratie au Sénégal. Abdou Latif Coulibaly Éditions l’Harmattan Novembre 2006

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