Était-ce du cynisme, de l’arrogance, de la provocation ou s’agissait-il d’un banal problème d’éducation? En tout cas il faut bien avoir un problème avec soi-même pour s’installer au pouvoir par un massacre qui a fait plus de 500 victimes et avoir le culot d’accuser ceux qui ont fui la barbarie de ne pas aimer leur pays. Tout bien heureux qu’il était de pouvoir s’adresser aux Togolais de la diaspora le week-end dernier sur les ondes de FM Liberté, l’usurpateur-putschiste de Lomé II a étalé pendant une quarantaine de minutes toutes les tares qu’on peut avoir quand on n’a pas appris ce qu’on appelle RESPECT. Si le but poursuivi par l’usurpateur était de prouver à ceux qui en douteraient encore qu’il est bien le fils de son dictateur de père, on doit dire que l’essai est plus que réussi. Le dictateur père traitait ses opposants exilés «d’aventuriers», son fils nous traite de Togolais sans cœur qu’il invite «à aimer leur pays».
Sur la forme, si je disais que tout ça est la faute de Kodjo Epou, ce ne serait pas juste, car notre compatriote journaliste n’a fait que tendre le micro à quelqu’un qui croyait avoir quelque chose à dire. Mais je ne peux m’empêcher de poser la question. Fallait-il vraiment tendre le micro de FM LIBERTE à un monsieur qui visiblement ne sait pas ce que le mot Liberté veut dire? Étant donné que la réponse à cette question ne peut être tranchée pour des raisons de liberté d’expression justement, il aurait peut être fallu administrer au préalable un cours intensif de démocratie à l’usurpateur et bien s’assurer qu’il a compris la leçon avant de passer à l’interview. Cela aurait permis à l’invité de se rendre compte d’entrée de jeu qu’il n’était pas dans les studios de Togo-Presse alias «La Nouvelle Marche» ni sur le plateau de la TVT alias RTNM (Radio Télévision de la Nouvelle Marche). Au lieu de cela, commettant une inexplicable confusion des rôles, Kodjo Epou a même cru devoir se fendre en remerciements alambiqués lorsque l’usurpateur qui, tout au long de l’interview, aura passé son temps à tout rejeter sur les autres, déclare que ce n’est pas sa faute si les Togolais de la diaspora ne peuvent pas voter et que c’est la faute aux «techniciens» de l’administration togolaise accusés d’être incapables de mettre en place un système de vote pour les Togolais de l’extérieur. On se demande bien pourquoi et au nom de qui le journaliste remercie un individu dont les mains sont couvertes de sang de milliers de Togolais et qui finalement n’a répondu à aucune des questions qui lui ont été posées par le journaliste. Cette interview a été sûrement pour Kodjo Epou et FM-Liberté un coup médiatique, mais sans plus.
Quant au fond, je préfère ne pas commenter toutes les autres arguties débitées par l’invité, tellement la platitude était patente. La démocratisation du Togo a encore du chemin à parcourir.
Francfort, le 25 juin 2008
Moudassirou Katakpaou-Touré