Maintenant c'est LE CHOC DES MOTS ET LE POIDS DES PHOTOS!...
Cher monsieur,
Un de nos fidèles lecteurs a attiré notre attention, sur un article consacré au Togo, publié sur huit pages sous forme de communiqué, sous le titre: «LE TOGO pour l'amélioration du quotidien des populations», dans le dernier numéro du mois de juin 2008.
Ce lecteur a pris connaissance de ce communiqué dans votre magazine qui lui a été distribué au cours d'un vol Air France au départ d'Abidjan vers Paris, durant le weekend dernier.
Ayant lui-même dû quitter le Togo depuis peu (comme tant d'autres déjà), après y avoir passé plus de dix ans en tant qu'opérateur économique, en étant aujourd'hui obligé d'expatrier son activité de ce pays, à cause du grave et durable marasme qui y sévit encore dû à des raisons qui sont exactement à l'opposé de l'exposé dithyrambique qu'il a pu lire dans votre hebdomadaire, vous pouvez imaginer qu'elle fut sa surprise et son écœurement. À un tel point que dès son arrivée à Paris, il s'est rendu au premier kiosque de Roissy Charles de Gaulle, et a été surpris en feuilletant le même numéro, de ne point y trouver ce cahier de 8 pages.
Ce qui semblerait donc indiquer que cet encart n'a été diffusé que dans les éditions vendues à l'étranger de votre magazine, et pas dans ceux vendus en France.
La situation du Togo est si grave du point de vue économique, social, des droits de l'homme, de la gouvernance..., que la lecture de ces huit pages est ressentie chez nous tant par l'immense majorité de nos frères togolais, que par les nombreux investisseurs qui ont tenté de contribuer à l'essor de ce pays et qui sont aujourd'hui désabusés devant l'incurie du Président de la République et de son gouvernement, pour commencer à résoudre les problèmes majeurs de ce pays dans le sens d'une fiscalité plus juste, de la sécurisation juridique des investissements complètement inexistante aujourd'hui (constatée par la visite récente d'une délégation du MEDEF conduite par M. Patrick Lucas), des avancées sociales en sachant qu'en 1982, le salaire de base de la 1ère catégorie, dans la Convention collective des industries du Togo, était de 15.136 FCFA de l'époque contre 16.687 FCFA aujourd'hui, alors qu'il suffit de savoir que le prix du Kg de pain est passé de 234 FCFA à 700 FCFA, celui du kilo d'igname de 106 FCFA à 336 FCFA, le Kg de bifteck de 750 FCFA à 3.000 FCFA, le Kg de riz de 214 FCFA à 461 FCFA, le kilo de maïs étant passé de 97 FCFA à 280 FCFA, le poisson frais (carpe) de 633 FCFA à 3.500 FCFA, le litre de pétrole lampant servant à éclairer les maisons à la campagne de 135 FCFA à 370 FCFA le litre, l'essence de 200 FCFA à 505 FCFA, sans oublier le prix de la place en taxi collectif qui est passé de 25 FCFA à 200 FCFA, tandis que le loyer d'une chambre en centre ville a augmenté de 2.000 FCFA par mois en 1982 à 10.000 FCFA aujourd'hui, et le prix de la consultation médicale au CHU-Tokoin de 600 FCFA à 2500 jusque 6000 FCFA aujourd'hui, ... etc. (Source Nadim Michel Kalife, économiste togolais reconnu, juin 2008).
Ce même économiste dans le même article publié au mois de juin apporte des précisions édifiantes: «Je m'étais souvent posé la question suivante: «...Pourquoi notre gouvernement a toujours refusé de procéder à une réforme fiscale visant à attirer des investisseurs dynamiques, tant étrangers que de la diaspora togolaise, permettant de créer de nombreux emplois et de rapporter plus de recettes aux impôts par élargissement de l'assiette fiscale?»
Figurez-vous que je crois comprendre pourquoi: notre économie est enserrée dans un réseau de commerce de type maffieux, où une minorité privilégiée n'a guère intérêt à l'avènement d'un système fiscal allégé qui ouvrirait le marché à des milliers de nouveaux opérateurs économiques qui leur feraient concurrence en les éliminant dans une compétition loyale et transparente. Ces gens-là ont plutôt intérêt à maintenir en place un système fiscal rebutant, qui assure leur domination en leur donnant l'avantage d'écraser leurs concurrents payant trop d'impôts et l'intégralité des droits et taxes, alors qu'eux-mêmes ne paient ni impôts, ni douanes, ni les autres taxes. Et le pays dépérit tout doucement pendant ce temps-là... Il suffit de constater comment, jour après jour, des commerces se ferment et des opérateurs économiques étrangers quittent notre pays pour s'installer ailleurs où l'activité économique est plus correcte, sans discriminations fiscales et douanières...»
Pour être très précis à son sujet, sachez qu'après avoir été auditionné avec grand intérêt par la mission conjointe dépêchée au Togo par la Banque Mondiale et le FMI à l'issue des élections législatives d'octobre 2007, et après avoir participé à la meilleure émission télévisée du moment, le magazine 7 sur 7 diffusé par la chaîne télévisée TV7, en y assénant les mêmes vérités, M. Kalife a reçu des menaces à son domicile même.
Comme le dit si bien dans votre communiqué le titre du chapitre consacré au «Tourisme et Droits de l'Homme» «L'autre facette du Togo», nous tenions à vous préciser que celle-ci assurément a échappé aux rédacteurs.
Comment osez-vous dans ces conditions publier un article qui s'intitule: «Le Togo pour l'amélioration du quotidien de ses populations»?
Nous venons de citer quelques éléments crédibles et vérifiables par quiconque se rend au Togo aujourd'hui même, pour contrebalancer l'ignominie des assertions que vous avez publiées. Mais ce n'est pas tout.
Nous avons examiné avec attention les annonceurs publicitaires togolais qui ont contribué à l'achat de la parution de ce communiqué: Union Togolaise de Banque, Lonato (Loterie nationale Togolaise), SNPT (Société nouvelle des Phosphates du Togo), PAL (Port Autonome de Lomé), FER (Fonds d'Entretien Routier).
Savez-vous seulement en acceptant indirectement l'argent de ces sociétés, qu'elles figurent toutes parmi les sociétés étatiques de la place les plus décriées en matière de gouvernance politique et économique, tant les choses se confondent dans ce domaine au Togo? Si vous daignez consacrer un peu de temps à la lecture des nombreux articles qui émaillent sur le même sujet notre blog, vous constaterez que c'est à leur tête que l'on trouve en effet les dirigeants économiques les plus corrompus du Togo.
Voilà, trop brièvement exposé, Monsieur le Directeur Général des rédactions, le vrai visage du Togo en ce début de 21° siècle.
Nous savons que ce qui est présenté sous forme de communiqué dans votre magazine, n'engage pas directement votre rédaction, vous admettrez avec nous en vous référant à votre professionnalisme journalistique, que seuls les professionnels ou les initiés disposent des véritables éléments, pour faire la différence entre la réalité et ce qui s'apparente ici à un mensonge d'État. Sauf à connaître personnellement le pays, le lecteur fait confiance à un reportage qu'il croit être celui de votre rédaction.
En regardant la signature en page 8 de ceux qui ont commis ce forfait (l'Agence ECO-NEWS) nous avons reconnu là encore, la marque d'une équipe «bien intentionnée» qui circule dans les pays africains pour se mettre au service de leurs dirigeants qui ne pourraient jamais lire dans un magazine de renom tel que PARIS-MATCH de tels propos sur leur pays, s'ils émanaient d'un journaliste appartenant à votre rédaction.
Le seul constat honnête que pourrait en réalité tirer un de vos journalistes de notre situation locale se situe aux antipodes de ce qui est publié ici. Comme nos dirigeants africains dans leur immense majorité, ont une telle soif de reconnaissance, ils en sont réduits à acheter à coups de centaines de millions de F CFA, des plumes complaisantes (il en existe hélas!) toujours prêtes à se vendre moyennant finances, pour écrire les propos les plus enchanteurs sur des pays qui en réalité (comme c'est le cas aujourd'hui du Togo) sont de véritables champs de ruines économiques et sociales.
Vous admettrez avec nous, en regardant simplement ce qui se passe aujourd'hui même au sommet de l'UA à Charm el Cheikh, que l'actualité nous donne raison.
En réalité, ECO-NEWS et consorts sont de véritables prédateurs, et en acceptant de leur ouvrir vos colonnes, vous ne nous rendez pas service, nous qui souffrons tous les jours dans notre chair de cette situation.
Nous souhaitons ainsi attirer votre attention et celle de vos confrères, auxquels nous ne manquerons d'adresser copie de la présente, sur une attitude à bien des égards préjudiciable à l'immense majorité des populations d'Afrique.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Directeur Général, nos sentiments confraternels.
3 juillet 2008
sylvanus, togognassfaureland.blogg.org