Mon cher compatriote et camarade bien-aimé Joachim AGBOBLI,
Je n’ai pas la chance d’avoir ton éloquence naturelle et lumineuse mais comme d’habitude et
comme tu le sais, je vais te parler avec mes tripes, avec sincérité et finalement avec beaucoup
d’amour.
Certes nos voies avaient divergé depuis de nombreuses années; d’abord lorsque tu avais choisi,
après une longue période d’exil, de collaborer avec l’un des dictateurs les plus cyniques et les plus
diaboliques de ces dernières années, un trafiquant notoire d’armes, de diamants, de drogue, qui avait vraiment raté sa place à côté de son ami Charles Taylor face au Tribunal Pénal International.
Ce fut évidemment dans le sillage de ton ami Edem Kodjo, devenu premier ministre avec l’appui du
gouvernement français, avec pour objectif de tenter de ravaler la façade ensanglantée d’une
dictature après les massacres et les crimes abominables qui avaient contraint des centaines de
milliers de nos compatriotes à l’exil, pour la première fois de l’histoire de notre pays.
Ensuite, lorsque tu étais devenu l’ami et le conseiller du sinistre Jonas Savimbi, certes au départ un
grand patriote angolais et africain, mais que la soif du pouvoir avait transformé en véritable seigneur
de la guerre paranoïaque et cruel, agent de la C.I.A. et allié des racistes sud-africains, et qui n’avait
pas hésité un seul instant à liquider une partie de ses meilleurs camarades et compagnons de combat
contre l’ignoble colonialisme portugais.
Mais, en ce moment solennel de tristesse et de deuil, je ne veux retenir que les souvenirs de ta
générosité, de ton intelligence fulgurante, de tes interventions brillantes et passionnantes au cours
des longues journées et des longues nuits passées ensemble à l’occasion de nos interminables
congrès de la FEANF ou de l’AESTF, de tes productions littéraires d’une richesse inouïe à quelques
exceptions près comme tes éloges bizarres et dithyrambiques de ton ami Savimbi.
Ta disparition constitue vraiment une immense perte pour le peuple togolais et pour les peuples
africains;
que toute ta famille et tes proches acceptent mes condoléances sincères fraternelles et affectueuses.
Cher Joachim, quand tu seras là-haut, n’oublie pas d’embrasser de ma part, très fort, mon cousin
Noë Kutuklui, un autre immense patriote togolais et panafricain, une autre perte colossale pour le
Togo et pour l’Afrique et sa merveilleuse et généreuse épouse, da Nénévi Virginie Olympio.
Salue de ma part mon camarade exceptionnel François-Xavier Verschave, un autre grand homme,
un ami vrai des peuples africains, et qui s’était battu jusqu’à son dernier souffle pour l’Afrique et
pour le Togo.
Salue de ma part tous les grands patriotes togolais et africains dont la liste est trop longue pour les
citer tous: Patrice Lumumba, Sylvanus Olympio, Kwame Nkrumah, Ossende Afana, Félix Moumié,
Ben Barka, Ernest Ouandié, Ibrahim Abatcha, Amilcar Cabral, Thomas Sankara, Samora Machel…
etc.
Chers amis et chers camarades ex-anti-impérialistes et ex-militants de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France), face à ce crime abominable, qu’attendez-vous pour oublier
un peu vos ventres déjà pleins, pour écouter enfin vos cœurs et pour poser des actes historiques dont
vos enfants et petits-enfants seront un jour fiers, comme l’avait réalisé à un moment important de
l’histoire de notre pays, l’ex-ministre François Boko que nous avons reçu à Villeneuve d’ascq dans
le Nord de la France, et qui au cours d’un débat à Paris avec toi Joachim, prononça une phrase qui
est restée dans ma mémoire: «les dernières vendanges font aussi du bon vin».
Mon cher Joachim, adieu et bon voyage
Que ce dernier petit poème t’accompagne
Villeneuve d’Ascq, France, 22 août 2008
Ton vieux camarade Georges Têtê Prince Agbodjan
PS: AESTF: Association des Étudiants et des Stagiaires Togolais en France