L'apurement de la dette intérieure et le CDMT (Cadre de Dépense à Moyen Terme)
Lors de la rencontre avec les bailleurs de fonds du Togo à Bruxelles en septembre dernier, nous avons noté une éloquente présentation de la situation économique du Togo par le ministre de l'économie, M. Ayassor, avec des propositions concrètes pour relancer le pouvoir d'achat des Togolais, à savoir la baisse des impôts aussi bien des sociétés que des particuliers.
Mais les fonds promis ne permettront pas de faire des «miracles» si comme l'a souligné M. Fiawoo, président du patronat togolais lors de son intervention, la dette intérieure du Togo n'est pas apurée pour permettre aux entreprises d'être compétitives et de pouvoir créer des emplois.
En outre, l'optimisation de l'utilisation des fonds suppose une formation des ordonnateurs publics de dépenses à la gestion efficace de la finance, y compris les parlementaires qui seuls peuvent en dernier ressort avaliser ou rejeter le budget, d'où l'impératif du CDMT.
L'apurement de la dette intérieure togolaise comme un impératif pour la relance économique
La dette intérieure du Togo qui s'élève à près de 375 milliards de F cfa (suite à l'audit commandité par l'État au cabinet KPMG) est un handicap à la compétitivité, voire la survie des entreprises privées togolaises.
Ne pouvant plus participer aux appels d'offres, ces entreprises se trouvent ainsi injustement pénalisées par rapport à leurs homologues étrangers qui peuvent emporter des marchés, souvent sans créer des emplois qualifiés, emportant des compétences avec elles.
Or, c'est par exemple par la balance commerciale que l'aide publique bilatérale est financée dans la plupart des cas, les États n'ayant pas des amis, mais plutôt des intérêts.
Par exemple, nous apprenons que la France a accordé en septembre 2008 une subvention de 91,8 milliards de F cfa au Togo (soit environ 140 millions d'euros) pour la période 2008-2012 et une remise de dette de 95 millions de dollars.
Si l'on considère qu'en 2006, les exportations du Togo vers la France se chiffrent à 13 millions d'euros et que les importations en provenance de la France à 167 millions d'euros (soit 25% de parts de marché), sur la période 2008-2012 sur ces bases on suppose que les chiffres seront de 65 millions d'euros pour les exportations togolaises et de 835 millions d'euros pour les importations en provenance de la France: cette balance commerciale est excédentaire en ce qui concerne la France, ce qui lui permettra d'être largement «généreuse», cette subvention étant en fait un coup de pouce à ses investissements au Togo.
En rendant compétitive les entreprises privées et publiques togolaises pour augmenter leurs parts de marché à l'exportation, le Togo pourrait se libérer de ces types de «cadeau» fragilisant sa souveraineté et dynamiser son économie, d'où l'impératif de l'apurement de la dette intérieure.
À l'heure où une crise économique mondiale sévit avec la faillite annoncée du libéralisme mondialiste à outrance, il ne serait pas hérétique d'introduire au Togo une dose de protectionnisme en matière de souscription aux appels d'offres pour avantager les entreprises nationales (même des pays capitalistes comme les USA procédant de la même façon).
Cela pourrait être fait sous la forme de l'exigence pour toute entreprise voulant répondre aux appels d'offres au Togo d'avoir 30% au moins de capitaux et de compétences togolaises.
Il revient aux députés de valider cet impératif d'apurement de la dette intérieure en l'exigeant dans la programmation du budget 2009; il en va de la crédibilité du gouvernement à l'aube de nouvelles élections présidentielles.
L'autre impératif à la relance du développement du Togo est la bonne utilisation des fonds publics:
Les CDMT (Cadres de Dépenses à Moyen Terme)sectoriels
Pour l'efficacité de la gestion financière publique et la modernisation de l'administration le CDMT qui est un instrument de programmation budgétaire indicative à une application sectorielle qui lui permet de ne pas se substituer ni à la loi de finance générale ni au programme global d'exécution des dépenses publiques, La nécessité de former les ordonnateurs de dépenses et les cadres des services financiers de l'État s'impose en amont de l'utilisation des fonds publics, ceci étant d'ailleurs la condition sine qua none pour jouir de l'aide européenne.
Le renforcement de la discipline budgétaire globale nécessite donc une sectorisation des programmes de dépenses publiques à moyen terme.
Il y a une urgence à renforcer les capacités des gestionnaires budgétaires de l'État en matière de planification et de programmation ainsi que de suivi-évaluation des réalisations (promesse d'ailleurs faite à Bruxelles par M. Houngbo, premier ministre du Togo) pour une plus ample appropriation et une pratique optimale de l'instrument CDMT.
En effet, le CDMT consiste en une enveloppe hiérarchisée des ressources compatibles avec la stabilité macroéconomique et certaines priorités stratégiques explicites. Il permet une estimation ascendante des coûts à court et à moyen terme des politiques économiques (actuelles et en projet) ainsi qu'une prise de décision recourant à un processus itératif qui harmonise les coûts et les ressources disponibles.
À ce niveau la diaspora togolaise regorge de compétences pour accompagner les CDMT.
À ce propos, l'organisme français agrée par l'UE, la banque mondiale, l'UEMOA et les institutions financières africaines en matière d'accompagnement des financements de projets dans le domaine des transports et des infrastructures de communication, SITRASS, est coordonné par un expert d'origine togolaise.
Le programme TOKTEN dont nous faisons la promotion pourrait faire participer toutes les compétences togolaises du même acabit présentes dans la diaspora au développement du Togo.
Faisons le pari d'un «retour du Togo», «aidons-nous à nous aider»!
Paris, le 31 octobre 2008
Jean Koffi Adolehoume
Consultant en Management