Les Togolais n’ont pas la mémoire courte. De Eyadema Gnassingbé à Faure, rien n’a vraiment changé, et c’est avec raison que nous parlons de continuité et non de rupture dans la gestion de la chose publique et dans la stratégie de prise en otage le peuple togolais. Conscient que l’organisation d’élections n’est pas une garantie au renouvellement de la classe politique, nous osons croire que cette année, les électeurs togolais auront les mains libres pour chasser l’usurpateur Faure Gnassingbé des affaires.
On se souvient qu’au début des années 2000, Eyadema Gnassingbé se sentant à l’article de la mort, avait réuni ses enfants pour les intimer l’ordre de ne jamais laisser le pouvoir leur échapper. Ils devraient donc user de tous les moyens pour le garder dans le clan comme si c’était une propriété familiale. Cette mise en garde suffit pour justifier la barbarie perpétrée par le clan Gnassingbé avec à leur tête Faure et Kpatcha pour confisquer le fauteuil présidentiel avec l’appui de l’armée. En effet, l’organisation de la présidentielle de 2005 devait servir de prétexte pour asseoir Faure Gnassingbé aux affaires, selon de nombreux observateurs de la scène politique togolaise.
Aujourd’hui, on pourrait se demander, quelles sont les chances de l’opposition de triompher le 4 mars prochain? Il y a quelques jours, l’opposition avait demandé le report du scrutin après avoir constaté de nombreuses irrégularités. Les membres de l’opposition au sein de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ont également tiré l’attention sur des manquements graves. Et lorsqu’on parle de gonflement anormal du fichier électoral de plus 400 mille voix, il y a matière à être pessimiste quant au départ des dirigeants en place. Au fait, le Togo est un pays pas comme les autres. L’utilité des élections reste à démontrer. Et pour cause, en 1998 et en 2003, le dictateur Eyadema a été battu à ces deux scrutins mais, il a pu se maintenir au pouvoir. En 2005, son fils Faure Gnassingbé battu également à la présidentielle, a tout de même succédé à son père. L’enseignement à tirer est que l’alternance au Togo ne peut passer par les urnes. Et la voie royale pour s’incruster au pouvoir, est de s’assurer du soutien de l’armée.
Comparativement aux élections précédentes, le scrutin du 4 mars a un double enjeu pour l’opposition togolaise qu’on pourrait exprimer en deux mots: «ça passe ou ça casse». Soit l’opposition sort victorieuse de l’élection et redonne confiance aux populations, soit elle signe son acte de décès. Voilà pourquoi Faure Gnassingbé doit partir au soir du 4 mars prochain. J’invite tous les Togolais à sortir massivement ce jour pour arrêter l’hémorragie. Tout sauf Faure Gnassingbé et son clan. Le Togo et les Togolais ne peuvent être la propriété d’un clan. Le Togo, «l’or de l’humanité» mérite mieux que ce qu’il a connu jusqu’à présent. Honte à la dictature quarantenaire au Togo.
La victoire de l’opposition passe à coup sûr par le verrouillage des opérations de vote. Lutter contre la corruption des électeurs et des membres des bureaux de vote, dénoncer le vote des étrangers et des mineurs, signer et vérifier l’authenticité des procès-verbaux, participer massivement aux dépouillements, superviser le transport des urnes et dénoncer tout comportement visant à entraver le bon déroulement du scrutin. Tout électeur doit se comporter comme un observateur pour limiter les risques de fraude. Les médias auront également à jouer un rôle prépondérant pour garantir la transparence du scrutin.
Notre consigne de vote est claire: Faure Gnassingbé doit partir la nuit du 4 mars 2010. Ainsi, le Togo aura besoin de tous ses enfants pour construire le pays et donner de l’espoir aux populations. Tout sauf Faure et son clan.
Dieu bénisse et libère le Togo.
Berne, Suisse
Yves T. Houédakor