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ET SI L'ON REPARLAIT DES CRIMES DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES DE 2005 ET DE CEUX QUI COUVRENT À L'HORIZON LE 04 MARS 2010


Les heures qui suivirent la proclamation des résultats des élections présidentielles d'avril 2005 au Togo annonçant menteusement, honteusement, frauduleusement, Gnassingbé Faure vainqueur des urnes, déclenchèrent sur l'ensemble du territoire national et plus particulièrement à Lomé, des tempêtes et des ouragans de protestations et de contestations. Calmes, tranquilles et silencieuses, les rues de Lomé se mirent à bouillir suite à la proclamation de ces résultats. De nombreux militants et sympathisants ufcistes appuyés par une foule dense de manifestants de l'opposition dans toutes ses composantes se mirent à crier à tue-tête au hold-up électoral. À l'unanimité, ils revendiquaient à se fendre l'âme la restitution fidèle de la vérité des urnes en vue de l'alternance politique. Ce jour, toutes les rues de la capitale grouillantes de monde, grondaient et tonnaient. Elles étaient pleines plus qu'une ruche.

Soudain, une nuée dense de militaires s'élevant à des milliers, aux yeux rouges injectés de sang, furieux comme des fauves privés de leurs proies, crachant des rafales de violence et apparemment drogués, furent lancés aux trousses des manifestants. Du lot des militaires, les kabyès se taillaient une part de lion. Certains étaient armés de gourdins. De gourdins cloutés fabriqués artisanalement et en quantité industrielle à Kara, Pya, Kétao et Tchitchao. D'autres d'armes automatiques neuves. Dans une course-poursuite, ils se mirent, qui à tirer à bout portant sur les manifestants, qui à dynamiter à l'aide de gourdins cloutés leurs têtes qui s'ouvraient et volaient en éclats. Au fur et à mesure qu'ils tombaient et rendaient l'âme, d'autres militaires s'empressaient de ramasser les corps, les jetaient comme des paquets de ciment dans des camions militaires pour les inhumer à la sauvette dans des fosses communes. Les fosses communes, elles sont plurielles au Togo.

Par effraction, certains militaires entraient dans de nombreuses maisons. Ils pillaient, violaient, exterminaient et ensuite ressortaient comme si de rien n'était. Ces sales besognes, ils les accomplissaient sans état d'âme aucun. Soufflant le chaud semblable à une mauvaise haleine, ils proféraient des menaces de guerre civile et d'épuration ethnique. Le pouvoir, vous ne l'aurez jamais. Au grand jamais, martelaient-ils sèchement à qui voulait bien les entendre.

Ce jour, la cible privilégiée des militaires, ceux qu'ils massacraient et exterminaient le plus dans les rues comme des gibiers de potence et des punaises de moinillon, c'étaient les manifestants ufcistes habillés de jaune. Aux quartiers Adéwui, au niveau du Collège Protestant, Tokoin Casablanca, etc,, des voitures 4*4 blindées conduites par des militaires aux bords desquelles se trouvaient des tireurs bien expérimentés et quelques enfants du défunt Gnassingbé Etienne Eyadéma parmi lesquels on trouvait une femme, arrosaient de rafales de balles réelles les manifestants et plus particulièrement les ufcistes en jaune.

Ce jour, à quelques mètres de l'église Saint Michel Archange de Tokoin Cassablamca, un jeune kabyè passait. Il passait seul. Seul avec lui même. Seul avec son ombre. Pauvre et misérable comme tant d'autres Togolais. Il passait seul l'air sérieux, tel un moine bénédictin. Il n'appartenait ni au Rassemblement des Pilleurs et des Profiteurs du Peuple Togolais, ni à l'Union des Forces du Changement. Et le malheur voulut que ce jour il portât un tricot jaune. Et ce fut son péché mortel. Il fut criblé de balles. Fauché, il tomba, roula à terre tel un lambeau de bois et rendit l'âme dans un océan de douleurs. Ses assassins s'emparèrent de sa dépouille mortelle. Au moment où dédaigneusement, ils s'apprêtaient, semblable à un bloc de parpaing, à la jeter dans le camion militaire, sa carte d'identité tomba de l'une des poches de son pantalon. Et ce fut sa chance. En découvrant son identité, les criminels à la tête de bois sec se rendirent à l'évidence d'avoir tué un frère d'une même souche ethnique. Ils se mordirent les doigts de la première jusqu'à la dernière phalange. Mais ce fut le médecin après la mort. Ne demande jamais pour qui sifflent les balles. Elles sifflent pour toi. L'irréparable est déjà fait. Sa dépouille fut alors transférée au Centre Hospitalier Universitaire de Tokoin. Les jours qui suivirent, il fut inhumé après une messe de requiem en la dite église.

Une question se pose alors. Quelles sont les dispositions concrètes qui sont prises pour éviter les violences, les massacres, les exterminations avant, pendant et après les élections présidentielles du 04 mars 2010? L'histoire va-t-elle tragiquement encore se répéter? Après le 04 mars, quand Gnassingbé Faure sortira de ses laboratoires de mensonges, de falsifications de résultats électoraux, de productions de contre-vérités ses résultats à lui et que l'opposition à mains nues descendra dans les rues pour exiger la restitution du verdict des urnes, que se passera-t-il donc?

Le discours contradictoire inhérent et immanent à la démocratie de par sa nature même, se fait uniquement avec les armes de la raison. De la raison raisonnante. La démocratie ne tue pas ses adversaires et ses ennemis. Elle les accepte et les tolère. C'est un choix politique. Une démocratie est d'autant plus solide qu'elle est à même de supporter toutes les contradictions qu'elle génère de par sa nature même. Gouverner sans opposition, c'est gouverner sans talent ni compétence. Gouverner sans contre-pouvoirs c'est gouverner contre le pouvoir. Contre le pouvoir en le dépossédant de ses alliés naturels que sont les contre-pouvoirs.

L'élimination physique de leaders, d'opposants, de militants des partis par empoissonnement, par balles, par gourdins cloutés, par enlèvement, torture et liquidation comme mode d'expression, relève de la barbarie et ne convient qu'aux démocraties bananière et manguière, goyavière et anananière. Ce sont des actes anti- démocratiques qui ne s'inscrivent pas dans la logique d'une démocratie pluraliste libérale et avancée.

À quelques jours seulement des élections présidentielles du 04 mars 2010, Yark Damehane, l'homme brute et impulsif à la gâchette facile, l'incarnation par excellence de la fièvre exterminatrice dans le prolongement de l'historique Narcisse Yoma Djoua, suspend son épée de Damoclès sur la tête du parlementaire Nicodème Habia et du journaliste Fulbert Attisso et du Mouvement Citoyen pour l'Alternance qui dit haut tout ce que tous les Togolais pensent tout bas. L'alternance, quel qu'en soit le prix à payer, en mars 2010. L'alternance en 2010, même s'il faut passer par un sanglant chemin de croix et de criantes burundisations et rwandisations en vue de son obtention. L'alternance ou rien. L'alternance en mars 2010 même si la foudre et le tonnerre doivent tomber sur le Togo. L'alternance, même si la lagune de Bé doit s'emplir encore de cadavres. L'alternance même si les plages de Lomé doivent fourmiller encore de pléthores de militants de l'opposition assassinés pieds et poings menottés et ensuite largués dans la mer par des hélicoptères de l'armée togolaise.

La Force de Sécurité pour les élections Présidentielles a changé de nature et s'est détournée de ses nobles missions en devenant la Force des Ogres Sauvages pour les Éliminations et les Persécutions. Devenue une aile marchante du Rassemblement des Pilleurs et des Profiteurs du Peuple Togolais et du gouvernement, elle marche désormais aux rythmes des commandements de monsieur Bawara Glibert, de Bodjono Pascal et de Gnassingbé Faure. Cette force entre les mains de Yark Damehane, le tortionnaire, le sanguinaire, l'exterminateur, l'autocrate aux allures de griot, se donne pour unique préoccupation la préservation à tout prix de la victoire frauduleuse du président sortant.

Une telle force, dans sa composition et avec ce bourreau à sa tête ne peut en aucun cas garantir la sécurité et la paix des Togolais avant, pendant et après les élections présidentielles. Au contraire, elle peut se retourner contre eux. Pour parer au pire, il est nécessaire d'inventer une structure parallèle, à défaut chercher à la contrôler.


Allemagne,
Serge Maurice

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