À l’heure du cinquantenaire de l’indépendance togolaise et à la veille des élections présidentielles 2010, à l’heure où l’espoir d’un changement politique se pointe à l’horizon et que les filles et fils du pays ont posé un acte mémorable en exprimant leur volonté et vision commune d’un rassemblement des forces et dynamismes politiques, sociales et culturelles qui constituent une plateforme de tous les courants de pensées et d’identités culturelles, à cette heure-là, il importe de poser certaines bases de réflexions et d’orientations fructueuses.
Un adage togolais dit: «Si tu ne sais d’où tu viens, au moins sache où tu vas». Transposé sur le plan politique, cet adage nous interpelle à une réflexion d’une importance capitale. Aussi, nous posons-nous la question de savoir d’où nous sortons et où nous allons. Si les Togolais ne peuvent pas dire avec certitude quel est le courant de pensée qui a influencé leur existence jusqu’ici, il demeure vrai que des générations entières ont eu à faire l’expérience désastreuse des périodes d’esclavage, de colonisation, de néo-colonisation, d’impérialisme, de dictature et continuent à les subir sans en savoir à quand la fin.
Etat des lieux en bref:
- Dégradation matérielle
Le pays est marqué par la misère. Cela se lit partout: les visages des hommes et des femmes, les maisons, les rues... Toutes les infrastructures routières faute de maintenance sont délabrées, impraticables en cas de pluies torrentielles pleines de trous, causant des accidents graves.
- Dégradation de l’environnement
La pollution excessive causée par le gaz d’échappement des milliers de taxis-motos constitue un danger à moyen et long terme pour nos populations. Faut-il rappeler que les conducteurs de ces taxis-motos sont en partie des diplômés des grandes écoles réduits au chômage? Ce système de transport mal réglementé est lui-même source d’accidents graves aussi bien pour les conducteurs que pour les passagers.
Le défaut de système d’assainissement, de transformation des déchets domestiques, de maintenance de l’infrastructure existante, par exemple les principaux ponts du Togo qui ont cédé ces dernières années sous les pluies diluviennes, démontre que rien n’a été entrepris pour sauvegarder le peu de patrimoine hérité de la période coloniale.
- Défaut d’encadrement agricole et industriel
Le Togo est un pays essentiellement agricole, qui de plus a l’avantage d’avoir accès à la mer. Un bon programme de développement durable axé sur la diversification, la modernisation et la transformation des produits agricoles et de la pèche est un facteur important de l’essor économique. Ce programme peut contribuer aussi à l’autosuffisance alimentaire, à l’approvisionnement des pays de la sous-région et à la dynamisation du développement régional. C’est une source non négligeable de recettes.
Le Togo manque d’industries d’extraction et de transformation, qui si elles existent elles sont pour la plupart soit désuètes et peu rentables soit au contraire elles constituent des propriétés privées et des sources d’enrichissement pour les membres du régime.
- L’armée togolaise
La démobilisation des anciens combattants de l’armée française, les coups d’état de 1963 et 1967, la prise du pouvoir inopinée d’Eyadema, la psychose permanente d’ un éventuel renversement et le besoin de s’assurer un pouvoir totalitaire, ont conduit à la formation d’une armée prétorienne au service du clan Gnassingbé. Loin d’être républicaine, cette armée est complètement dévouée au pouvoir. Cette armée, loin d’assumer sa fonction première qui est de défendre le peuple togolais et l’intégrité territoriale, n’a le plus souvent servi qu’à mater les mouvements des populations.
Par rapport à ce passé avilissant, la question n’est pas de se demander aujourd’hui où nous allons, mais plus fondamentalement de savoir où nous voulons aller, c'est-à-dire quelle vision de société inclure dans notre projet de concepts politiques.
La diaspora togolaise en Allemagne n’est pas indifférente à l’évolution politique du Togo qu’elle suit de près avec grand intérêt. Elle appelle expressément et impérativement les différents acteurs de l’opposition à saisir l’occasion qui leur est offerte pour rendre effectif le changement.
La diaspora togolaise salue le choix d’un candidat unique fait par certains Leaders de l’opposition. Elle appelle ceux qui hésitent encore, qui voudraient faire route seuls à se joindre au Front pour l’alternance et le changement.
Nous en appelons plus expressément au bon sens et à la sagesse du président de l’UFC, Monsieur Gilchrist Olympio, à soutenir sans condition le candidat issu de son propre parti, Monsieur Jean Pierre Fabre.
Le moment est décisif. L’enjeu capital et seuls les choix et la victoire de l’opposition pour une alternance au pouvoir redonneront confiance aux Togolais.
Les cinquante années d’indépendance du Togo se résument à une longue période marquée par les coups d’état, les répressions violentes contre toute expression de liberté, l’appauvrissement chronique des populations, le pillage systématique des ressources du pays, l’abus de pouvoir, le totalitarisme, l’autocratie, l’incapacité de gouverner et le manque de visions politiques. Presque cinquante ans de pouvoir au bilan négatif et lourd de conséquences pour l’avenir. Si l’espérance de vie du Togolais est de 45 ans, comment imaginer qu’on n’ait vécu que pour connaître la misère, la violence, le désordre politique, un régime dictatorial, répressif et sadique, la précarité et l’incertitude permanente du lendemain? Le régime du RPT délibérément n’est pas en mesure d’offrir aux Togolais une meilleure existence et un cadre de vie plus digne. Ce régime n’est pas en mesure de saisir la valeur fondamentale de l’être humain comme base et moteur d’un développement durable.
Au regard de ce manque de vision et de concept politique réfléchi, il est clair qu’aucune reforme ne saurait être menée par le même régime. Il ne pourrait produire que les mêmes résultats. La seule solution, c’est la fin de ce système.
L’image que présente le Togo est une des plus sombres, marquée par la désuétude et la dégradation très prononcée du cadre de vie, surtout en milieu rural. Le pays sombre dans une misère chronique et avilissante qui a déjà atteint son paroxysme. Pendant que certains se battent pour avoir droit ne serait-ce qu’à un repas par jour, d’autres se livrent à la course effrénée aux richesses, à une compétition de milliardaires.
Le fossé entre la masse de plus en plus nombreuse de pauvres et la minorité de plus en plus riche est on ne peut plus grand.
Un nouveau vent de pensée, une nouvelle manière de concevoir notre société, notre existence, nos rapports avec les autres, un nouveau mode de gestion de l’État et des biens publics, une nouvelle définition des responsabilités, un nouveau mode de partage et de distribution des ressources financières s’avèrent indispensables. La nouvelle politique togolaise sera une politique de rupture avec le passé.
L’effort de présenter un candidat unique aux élections est déjà le début de consensus qui doit aller en s’élargissant. D’autres étapes restent encore à franchir dont l’indispensable élaboration d’un programme de gouvernement.
- Un déficit économique grave
Moyennant redevance aux responsables, une grande partie du commerce et certains domaines réservés à l’État ont été cédés aux étrangers au détriment des Togolais, surtout au détriment de nos commerçantes qui ont toujours été les piliers de l’économie nationale.
Les contrats avec les industriels et hommes d’affaire étrangers profitent le plus souvent au cercle restreint des dirigeants du parti au pouvoir. Aucun contrôle rigoureux de l’état n’est exercé sur les affaires que brassent ces industriels et entrepreneurs. Le pays accuse un déficit budgétaire grave et chronique causé par la mauvaise gestion des biens publics, la fraude massive répétée, les dépôts incontrôlés dans les comptes bancaires extérieurs et toute sorte de construction financière destinée à puiser frauduleusement dans les caisses de l’État.
- Dégradation des mœurs
Le clientélisme, la corruption, les pots de vin se sont généralisés et s’imposent au Togo comme règles de jeu dans tous les rapports, sur tous les plans et à tous les niveaux, depuis les officiels jusqu’à la plus basse couche de la société.
Les mœurs comme l’animation politique, la délation, l’espionnage au profit du régime ont fini par laisser leurs traces dans les habitudes des Togolais.
De tout cela, il résulte que la société perd de plus en plus ses valeurs morales, s’oriente vers de faux repères et s’installe dans le désordre.
Le pays se trouve dans une impasse éthique dont la vraie raison s’explique par le manque de visions nationales des Gnassingbé père et fils.
- Désuétude des structures sociales
L’enseignement, la santé, les organes de prise en charge sociale sont négligés. Le travail des ONG, les initiatives privées qui ont remplacé l’état dans ces domaine où il a failli ont aussi leurs limites.
L’enseignement supérieur n’offre pas aux étudiants les conditions adéquates pour étudier. Les amphithéâtres sont surpeuplés; les bibliothèques et laboratoires sont désuets et les aides boursières ne répondent pas aux conditions de vie des étudiants.
L’État en faillite n’arrive plus à honorer ses obligations vis-à-vis des fonctionnaires, des retraités, des diplomates qu’il ne paye qu’au compte-gouttes.
- Désordre institutionnel et constitutionnel
Pour remédier aux désordres dans lesquels nous ont placé les différentes constitutions fabriquées sur mesure pour Eyadéma et pour son fils, les verdicts iniques prononcés par la présente cour dite constitutionnelle, des reformes s’imposent:
Il faudra revenir à la constitution adoptée par voie référendaire par le peuple en 1992;
Revoir les grands corps de l’état, en particulier la cour constitutionnelle.
- Le rôle de la diaspora
Le rôle de la diaspora dans le processus démocratique de notre patrie est très important. Selon les rapports des institutions monétaires de change, l’apport en transfert de la diaspora est la principale source d’investissement et de financement de l’économie togolaise. L’ouverture du pays à un vrai processus démocratique va être l’occasion de pouvoir conjuguer ces apports privés en véritables efforts d’investissements directs, d’une part créer des emplois et d’autre part pour permettre aux Togolais expatriés d’apporter leur savoir-faire pour la reconstruction du pays.
Consciente de sa force d’action et confiante en un avenir prospère pour le Togo, la diaspora togolaise en Allemagne s’engage aux côtés de tous les Togolais civils ou militaires épris de liberté, aux côtés du candidat unique de l’opposition et du FRAC auxquels elle assure son soutien infaillible pour une alternance démocratique et réelle au Togo.
Le Togo dispose d’immenses richesses. Par sa petite taille et sa population relativement peu nombreuse, sa position géographique très avantageuse servant de couloir d’accès à la mer, sa plate-forme de transit commercial, la convivialité, la patience et la bravoure innées des Togolais, le pays dispose d’atouts considérables qui, conjugués font de notre patrie un pays prédestiné à prospérer.
L’histoire du Togo, comme d’autres peuples d’ailleurs, est faite d’une diversité socioculturelle, appelées à se rencontrer, à se fondre et à enrichir la nation.
Togolaise viens, Togolais viens, et bâtissons ensemble notre cité. La liberté ne s’octroie pas. Elle se conquiert au prix de la fermeté, de la détermination, de l’effort, du sacrifice et du combat pour la bonne cause.
La prophétie t’a été faite dans ton hymne national:
Que viennent les tyrans ton cœur soupire vers la liberté...
Les tyrans sont là et te malmènent depuis presque un demi-siècle. Le moment est là d’acquérir définitivement ta liberté et ta prospérité.
Lève-toi, sois patriote, sois nationaliste, prend le casque du courage et le glaive de la vérité. Conquiers la liberté et la prospérité auxquelles tu as été prédestiné de tout temps. Le Bon Dieu qui t’a exalté de ce pays, de cette nation, de ce sol togolais, frère togolais du nord comme du sud, de l’est comme de l’ouest, ne t’a pas assujetti ni enchainé. Il ne t’a pas destiné à être maltraité, te laisser affamer, te réduire à l’esclavage et te faire tuer par un groupuscule de sanguinaires. Ce bon Dieu t’a destiné à prospérer et à t’épanouir sur ce territoire qu’Il t’a donné.
Peuple togolais, mets fin maintenant à la tyrannie et entre avec bravoure dans ta destinée de prospérité, de liberté et de bonheur sur la terre de tes aïeux que te prophétise ton hymne national.
Togolaise viens, Togolais viens, bâtissons ensemble notre cité pour qu’elle soit conforme à nos aspirations communes, et qu’elle reflète l’image d’une nation unie, libre et épanouie.
Viens ma sœur, viens mon frère du nord, du sud, de l’est et de l’ouest pour notre prospérité.
Fait en Allemagne, le 02 mars 2010
Pour la diaspora togolaise en Allemagne:
Kokouvi Sena Tomekpe,
Kofi Boashie,
Kokou Agbovi