Par:
Vasio Stone, Georgie, États-Unis, 2 mars 2010.
Source:
Marc D. Kouakani-Assi, togoforum.com.
«Seuls les imbéciles ne changent pas», dit l’adage. Et en politique, cette pratique est monnaie courante. Parfois, elle frise le ridicule.
Surtout quand ce sont des militants de première heure d’une certaine cause qui changent de veste. Et au Togo, elles sont nombreuses, ces personnalités de l’opposition qui ont rejoint le camp RPT, arguant qu’elles ne soutiennent pas le parti présidentiel, mais son candidat.
Hier c’était le regretté Amah Gnassingbé qui, «à titre personnel», a choisi de prendre part au gouvernement d’Union nationale contre la volonté de son parti, UFC. Aujourd’hui, c’est l’une des figures emblématiques de la CDPA (Convention démocratique des peuples africains) du Professeur Léopold Messan Gnininvi, Mme Lydia Adanlété-Santana qui a pris le large.
Alors que son parti est en course à la présidentielle en la personne de son alter ego, Brigitte Kafui Adjamagbo-Jonhson, l’actuelle directrice générale du DOSI (Direction pour l’organisation de la secteur informel), une structure créée de toute pièce au lendemain des législatives de 2007, les Togolais ont vu sur leurs petits écrans Mme Adanlété-Santana battre campagne pour le candidat Faure Essozimna Gnassingbé. C’était ce mercredi à Lomé.
D’après cette ex-candidate de la CDPA aux législatives de 2007, le bilan de «l’homme du 05 février» est assez élogieux, notamment en ce qui concerne sa politique de réorganisation du secteur informel. Pour ce faire, elle invitait son auditoire, à porter son suffrage sur le président sortant. Rendant ainsi public son divorce d’avec le parti qui l’avait envoyé au gouvernement en 2006-2007 comme ministre déléguée.
Cette prise de position de l’ex-ministre, loin d’être une surprise de taille, a le mérite de situer le public togolais sur les prises de position de cette militante de première heure de la CDPA. Une militante qui a eu comme la plupart de ses ex-camarades de parti, à subir les affres du régime Eyadèma Gnassingbé tout au long de la décennie 1990 et à dénoncer les conditions d’accession de Faure Gnassingbé aux affaires en 2005. Elle était encore au front en 2007 et invitait les jeunes de Bè à accorder leurs suffrages à la CDPA pour la reconstruction du Togo. Mais aujourd’hui, son parti ou peut-être son porte-flambeau ne lui inspire plus confiance.
Contrairement aux premiers responsables de son parti, qui ont choisi de ne pas rejoindre pieds et mains liés le camp présidentiel, vu le rôle joué par la CDPA et certains de ses militants dans l’avènement de la démocratie dans notre pays, l’ancienne ministre déléguée chargée du Secteur informel dans le cabinet Agboyibo, n’est pas la seule à avoir vu en Faure Gnassingbé le messie togolais.
Logo Dossouvi, Arthème Awumey-Zunu... aussi se réclament pro Faure
Au nombre de ces militants de première heure de l’opposition togolaise qui ont vite fait d’abandonner le front pour rejoindre le camp Faure, on pourra très aisément citer Logo Dossouvi, l’un des jeunes par lesquels devait se produire les détonateurs évènements du 05 octobre 1990.
Depuis son retour au pays, et après son cuisant échec aux dernières législatives dans son Gboto natal, Logo Dossouvi qui émarge depuis quelques mois déjà à l’ATOP (Agence togolaise de presse) comme journaliste-agencier, est «devenu fan» de l’homme Faure. Aussi-a-t-il créé une association dénommée «Faure Essozimna Gnassingbé Fan club» à la tête de laquelle il a sillonné tout le pays, appelant à plébisciter le candidat Faure à la présidentielle de jeudi prochain. D’après cette figure emblématique de la lutte démocratique, ce qui l’a poussé à descendre dans l’arène en 1990 aux côtés de la CDPA du Professeur Gnininvi n’existe plus. Il s’agit de l’absence de démocratie qui aujourd’hui, est selon lui, une réalité sous le président Faure Gnassingbé. Il sera d’ailleurs appuyé dans ses sorties par une autre figure non moins emblématique de l’opposition togolaise. Il s’agit de Me Arthème Awumey-Zunu, celui-là même qui, aux côtés de ses collègues et camarades de l’opposition parlementaire comme Zeus Atta Ajavon, Gahoun Hégbor, etc., s’évertuait au cours de la législature 1994-1999 à démontrer au groupe parlementaire RPT, qu’il trompait dans ses choix politiques.
Les préfets Kouvahey de la CDPA et Allagbé du CAR désormais au RPT?
C’est une évidence, dit-on dans les couloirs de leur parti d’origine. Nommés préfets par le gouvernement d’Union nationale de Me Yawovi Agboyibo, les deux personnalités sus-citées et certains de leurs collègues d’autres formations de l’opposition ont, quelques mois après les législatives, renié leurs origines politiques. Ils n’ont plus rien d’opposants. Le zèle dont elles font preuve lors des manifestations publiques présidées par le chef de l’État dans leur ressort territorial dépasse, selon les sources proches de leur parti respectif, les limites de leurs obligations de représentant du pouvoir central. Les intéressés sont injoignables à l’heure où nous mettons sous presse, et leurs ex-camarades de partis refusent de commenter leurs attitudes.
À l’arrivée, après avoir goutté aux délices du pouvoir, nombre de personnalités qui ont pris part au gouvernement d’Union, ont choisi de poursuivre l’aventure avec Faure Gnassingbé. Amah Gnassingbé qui clamait qu’il était parti au gouvernement pour avoir «son œil» dans le processus électoral de 2007, n’est plus revenu au bercail. Il est plutôt parti rejoindre son cousin et petit frère Faure Gnassingbé en qualité de «Conseiller» à la présidence de la République. Ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation dans le cabinet Agboyibo, Me Awumey-Zunu s’est vu gratifier des charges de secrétaire général de la présidence de la République, alors qu’il assumait encore celles de secrétaire administratif de son parti, la CPP (Convergence patriotique panafricaine) de l’ex-Premier ministre Édouard Édem Kodjo. Gabriel Dossey-Anyron et Gilbert Atsu n’ont pas fait mieux. Le NID tout comme son alter ego le NDPD et le NDP de Justin Yidi, cet autre chargé de Mission de Me Agboyibo à la primature, ont «enfin» compris là où se trouvent leurs intérêts. Ainsi, ils ont dit «bye bye» à l’opposition pour rejoindre le camp Faure. «Qui est fou»?
En gros, la liste des pro-Faure est longue. Et il sera fastidieux de vouloir la dresser dans un journal. C’est à croire que ceux qui ont perdu leur vie pour que le Togo se démocratise ont eu tort!