L'élection présidentielle de ce 4 mars 2010 va marquer à coup sûr la fin du règne arbitraire du RPT sur les destinées du peuple togolais et permettre l'avènement de l'alternance politique tant désirée par la grande majorité du peuple togolais. Cette affirmation ne relève pas d'un simple rêve ni d'une naïveté béate mais plutôt d'une analyse de la nouvelle donne de la situation politique locale et internationale. Déjà en 2005, l'alternance politique avait été tant souhaitée par le peuple togolais qui avait alors voté massivement pour Mr Bob Akitani qui représentait l'opposition togolaise. Mais comme nous le savons tous, le régime dictatorial du RPT n'avait pas hésité à utiliser, sans aucun scrupule, des moyens inimaginables voire inédits pour confisquer le pouvoir à tout prix. Il s'était alors agi de répressions sauvages et meurtrières des manifestations pacifiques faisant au moins 500 morts selon l'ONU et 40000 réfugiés au Bénin (25000) et au Ghana (15 000) avec l'usage de l'armée nationale comme une milice clanique. En 1963, le Togo avait été le premier pays de l'Afrique noire à inaugurer les coups d'état; en 2005, le régime RPT s'était illustré par un autre fait inédit jusqu'alors dans le monde, à savoir le "vol des urnes par les militaires". Pour commettre ce vol de la victoire du candidat de l'opposition, des méthodes inattendues avaient été utilisées pour commettre les fraudes; c'est ainsi que les communications téléphoniques fixes et mobiles ainsi que le réseau internet avaient été délibérément interrompues.
La proclamation de la soi-disant victoire de Faure Gnassingbe qui demeure, à ce jour, un usurpateur, aux yeux de la grande majorité du peuple togolais, a été possible en raison de la complaisance voire de la complicité active et passive de certaines personnalités qui prétendaient s'exprimer au nom de la communauté internationale. Ces personnalités furent Jacques Chirac, Tandja (Président en exercice de la CEDEAO à l'époque), Obasanjo (Président en exercice de l'OUA), Omar Bongo. Il y a eu aussi des erreurs de stratégie monumentale de la part de Gilchrist Olympio qui s'était permis d'aller discuter à Abuja avec Faure avant la proclamation des résultats par la CENI alors qu'il n'était ni candidat ni mandaté par la coalition de l'époque.
Aujourd'hui, la donne a changé. En effet, le peuple togolais, pour avoir vécu ces évènements de 2005, sait que le régime RPT est capable de tout, vraiment de tout pour confisquer une victoire acquise dans les urnes. Mais ce qui a surtout changé, c'est que le régime RPT lui-même, est parfaitement conscient que la réédition des fraudes comme en 2005 lui sera très difficile. Et ce régime sait aussi parfaitement que sans fraudes, il ne pourra pas gagner cette élection. Faure Gnassingbe, pour limiter la casse c'est-à-dire, faire plus que les 7% qu'il aurait réellement eu en 2005, s'était lancé très tôt dans une pré-campagne très active pour séduire les populations togolaises avec des distributions de credit sans limites, et promesses démagogiques. Mais ces démarches électoralistes n'ont pas suffi à faire oublier aux populations la misère endémique qu'elles subissent depuis 43 ans sous le joug du régime RPT quand l'on voit l'affluence aux meetings de Jean-Pierre Fabre, candidat du FRAC.
La donne a changé car des faits importants sont survenus sur le plan local. D'abord, l'arrivée de Kofi Yamgnane est un élément très important dans le processus actuel. Sa détermination, son discours franc et direct, sa méthode d'approche directe des électeurs (visite de presque tous les villages du Togo) ont tout de suite séduit les populations mais créé la panique chez les tenants du pouvoir actuel. Kofi Yamgnane, de par sa personnalité, surtout son passé politique français, a suscité une curiosité médiatique plus manifeste, surtout de la part des organes d'information internationaux surtout européens, français. C'est cette panique qui a conduit le pouvoir à commettre deux fautes fondamentales, à savoir l'expulsion du diplomate français Mr Bosc, et le rejet de la candidature de Kofi Yamgnane sur des prétextes fallacieux; ce rejet n'a pas eu l'effet escompté par le pouvoir RPT mais a plutôt contribué à la formation du ticket Fabre-Yamgnane, noyau du FRAC. D'autre part, la composition du FRAC est un gage de confiance pour les populations puisque les différents leaders sont originaires des différentes régions supposées être antagonistes. L'autre atout est la participation active de François Boko à la constitution du FRAC; son implication et surtout ses efforts pour essayer d'unir toute l'opposition sont très encourageants.
Sur le plan international, la plupart des personnalités qui avaient cautionné d'une manière ou d'une autre le holdup électoral de 2005, ne sont plus en activité. Ainsi, Bongo est mort. Jacques Chirac n'est plus président en France; son successeur Nicolas Sarkozy avait qualifié l'élection de 2005 de mascarade électorale. Tandja vient d'être balayé par un coup d'état pour avoir confisqué le pouvoir. Seul Obasanjo est en relative activité et se retrouve curieusement Chef de la mission d'observation de l'Union africaine pour ces élections; ce qui devra susciter une grande vigilance.
En 2005, le pouvoir RPT avait tué délibérément plus de 500 personnes sans que la communauté internationale n'avait diligenté aucune enquête; les personnes impliquées dans les répressions meurtrières de l'époque, citées dans le rapport de l'ONU, n'ont pas été inquiétées. Au contraire, certaines ont eu des promotions, en l'occurrence, le Colonel Yark qui est même nommé à la tête de la FOSEP (!!!!). En cette année 2010, il sera très difficile au pouvoir RPT de bénéficier encore de la complaisance de la communauté internationale qui est très alerte en ce moment sur les droits de l'homme, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité. En effet, Moussa Dadis Camara (Guinée) est actuellement sous la menace d'une future inculpation devant le tribunal pénal international pour son implication dans l'assassinat de 157 personnes le 28 septembre dernier; Omar Béchir du Soudan est sous le coup d'une décision du Tribunal pénal international actuellement. Même, sans que le Togo n'ait pas signé le traité de création du Tribunal pénal international, les auteurs d'éventuels crimes, comme, en 2005, ne pourront plus rester non inquiétés.
Enfin, une nouvelle donne est la candidature de Jean-Pierre Fabre qui est un homme de terrain, courageux, lucide, avec un style direct mais réfléchi, qui a compris qu'il est le représentant d'un front républicain et non de la seule UFC et qui devra éviter les erreurs de stratégie politique de Gilchrist Olympio; cette nouvelle donne impose surtout à Gilchrist Olympio une abstention d'expression en ces moments cruciaux (jusqu'à la fin du processus électoral) en raison de la confusion suscitée par les propos qui lui sont prêtés. De même, Gilchrist Olympio ne doit en aucun cas agir au nom du FRAC.
La donne a changé mais la détermination du peuple togolais pour l'alternance doit rester intacte et la vigilance redoublée.
Lille, France
Dr Casimir Kpossou