En ouvrant une lettre aux leaders de la Coordination pour l’Alternance (CPA), nous voudrions appeler les uns et les autres à un dernier sursaut patriotique pour vaincre leur inclination à des ambitions personnelles ou partisanes. L’histoire politique du Togo durant les 19 dernières années est si riche, diverse et jonchée d’événements et de comportements atypiques que, pour l’écrire avec un minimum d’objectivité, il faudrait observer un certain recul du temps, analyser certaines conditions dans lesquelles certains actes ont été posés, et attendre l’avènement du changement, non pas des hommes, mais du système politique inique qui tente vainement de se métamorphoser. Depuis que le train de la lutte pour l’avènement démocratique s’est ébranlé le 5 octobre 1990, il faut avouer que certains acteurs, qu’ils soient conducteurs de la locomotive de ce train, ou simples passagers dans les wagons, ont une place que l’histoire ne pourra jamais taire et passer inaperçu. Aujourd’hui, le silence de ces acteurs ne permet pas de faire une évaluation rationnelle des faits, mais il donne aux citoyens togolais, parfois le temps de spéculer, parfois l’occasion de tirer une conclusion hâtive des faits pour les accuser à tort ou à raison. Seul le changement du système peut véritablement délier les langues pour permettre aux uns et aux autres de dire exactement ce qui, à un moment donné, les a poussés à poser des actes qu’on peut juger de controversables. La lutte a duré, et sur son chemin, l’usure a fait son œuvre. Mais aujourd’hui, à la veille du vote du 4 mars 2010, il est question d’ouvrir une nouvelle page pour y imprimer: LE VRAI CHANGEMENT OU L’ALTERNANCE POLITIQUE AU TOGO, comme nouveau titre de l’Histoire que commenceront à écrire les filles et les fils du Togo à partir du 5 mars 2010.
Qu’on se le rappelle, la date du 5 octobre 1990, n’est pas le point de départ de la recherche des libertés au Togo, même si elle marque le plus grand soulèvement contre le régime d’Eyadema, la lutte de certains leaders de l’opposition remonte plus tôt, parfois dans des conditions délicates, et pour certains plus tard, mais, les premiers comme les seconds se battaient et se battent toujours pour la même cause, l’avènement d’un réel Etat de droit.
Dans la dynamique actuelle, qui maintient et galvanise la population togolaise dans un élan patriotique vers le vote du jeudi 4 mars 2010, le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC), s’il n’est pas la structure idéale compte tenu de la procédure de sa constitution, reste cependant le seul outil autour duquel doivent se rassembler tous ceux qui aspirent à une alternance politique pour faire triompher les aspirations du peuple togolais le 4 mars 2010. Comme dit un adage africain: «Chassons les hyènes de la basse-cour, et après, nous compterons les poulets morts». Après la victoire et la prise effective du pouvoir par les membres de la majorité, la politique togolaise dans sa globalité fera l’objet d’un débat postélectoral.
Voilà pourquoi, on ne peut que demander au leader du CAR, Me Yawovi Agboyibo et à celui de la CDPA, le Pr. Léopold Gnininvi, de reconsidérer leur position respective en rejoignant et en soutenant le FRAC pour ne pas donner raison à leurs détracteurs qui les accusent d’avoir conclu un «deal» secret avec le Pouvoir. Même au cas où il y aurait un quelconque «deal» avec le pouvoir actuel, ce qui n’est pas rare en politique, il serait plus rationnel pour les deux leaders de se muer dans le camp du peuple pour contribuer à sa victoire, puis après, prôner une politique de rassemblement qui regrouperait la majorité victorieuse (dont ils feront partie) et la minorité vaincue. Ils auront le quadruple avantage de contribuer à la victoire du peuple; de sauver la face; de libérer leurs militants pris en otage psychologique, et d’avoir droit aux avantages pour lesquels un quelconque «deal» avec le RPT aurait un sens.
Pour nous adresser aux leaders de la CPA individuellement, voici ce que nous dirons à:
Me Yawovi Agboyibo.
Me Agboyibo, les grands hommes d’État ont toujours été des personnages controversés. Leurs admirateurs ne voient que leur génie pendant que leurs détracteurs ne leur trouvent que des tares. Mais du moment où ils savent poser des actes de grandeur qui apportent au grand jour leur sens du courage, de l’humilité et leur attachement à la cause de leur pays, leur souvenir reste immortel dans l’esprit de leur peuple. Comme dirait l’autre, en politique, tout n’est jamais blanc, tout n’est jamais noir, quelque part, il y a toujours du gris. Même si aujourd’hui, par calcul politicien, ou par malhonnêteté intellectuelle, certains peuvent vous denier certains des rares acquis qu’on peut citer dans l’évolution de la situation des droits humains dans notre pays, le peuple qui n’a jamais une mémoire courte se rappellera toujours de cette essence psychologique que vous aviez insufflée dans le dynamisme de groupe qui l’a porté à un moment où il en avait besoin. À la veille de la date historique du 4 mars 2010, votre éloignement du seul cadre de regroupement, si imparfait soit-il pour une victoire populaire, s’apparenterait à une démission devant le Peuple, endommagerait sérieusement votre crédibilité s’il ne la tuait pas définitivement, et surtout, si vous n’y prenez garde, imploserait votre famille politique. Pour toutes ces raisons, nous serions tentés de vous prier de reconsidérer votre position avant qu’il ne soit trop tard.
Au Pr. Léopold Gnininvi.
Nous voudrions vous rappeler Professeur, votre slogan de Tchékpo: «Démocratie d’abord, multipartisme ensuite.» Nous avions pensé que c’était votre conviction forte. Nous y avons cru, nous autres. Nous vous avions vu à plus d’une occasion, vous effacer avec l’humilité et l’élégance dignes d’un démocrate, pour laisser la place à un autre du groupe. Nous avions apprécié votre esprit de groupe, Professeur. Mais il faut reconnaitre que notre lutte a été dure et longue. Eyadema avec ses sbires nous ont livré une guerre, la guerre d’usure. Toute la réserve d’eau que nous avions dans la bouche comme viatique, s’est transformée en salive. Certains l’ont crachée, cette salive, d’autres l’ont avalée pour suivre. Et la guerre continue. Entre temps, les paramètres de la guerre ayant changé, avaient changé aussi les stratégies de lutte. Alors Professeur Gnininvi, si le peuple doit continuer à vous garder la présomption de vouloir combattre le régime de l’intérieur avec votre passage au gouvernement, il ne faudrait pas qu’à la veille de l’apothéose de la bataille finale, vous ne répondiez pas présent dans ses rangs. L’heure du rendez-vous de l’Histoire sonne. La victoire, comme un soleil de mars, se lève. Le Peuple au cœur frissonnant attend d’exulter, mais avec à ses côtés ses «généraux» de premières heures, Apollinaire et Léopold.
À Monsieur Jonas Siliadin.
Si nous avons un petit conseil aux membres de l’OBUTS, nous l’adressons particulièrement au directeur de campagne du candidat de ce parti, Jonas Siliadin.
Mr. Siliadin, vous nous semblez très jeune et faites montre d’un esprit éclairé. Votre raisonnement et votre maitrise de certaines questions touchant la gestion des affaires de la cité font penser, non seulement, que vous avez un avenir devant vous, mais aussi que vous êtes capable d’apporter une grande contribution à l’édification de notre pays. Seulement, vous inquiétez par vos choix politiques. À l’aube de la lutte contre le régime inique qui a fait tant de mal partout au Togo, au temps où la CDPA et le CAR bossaient dur pour faire changer les choses dans votre milieu, vous étiez le plus grand représentant du RPT, c’est-à-dire que vous aviez délibérément choisi de lutter contre le Peuple. Vous encore dans l’OBUTS qui ne veut pas joindre sa force à la force populaire? Vous êtes comme une bonne graine qui se met toujours du mauvais côté. Le Togo est si petit que les gens attentifs à la politique de notre pays savent qui fait quoi le jour, et qui fait quoi la nuit. Si vous continuez à opérer de mauvais choix, vous ne serez pas rentable pour le pays. Un peu de patience, de sobriété et le reste viendra par surcroit. Si avant l’ouverture des bureaux de vote, vous pouvez vous trouver dans les rangs du FRAC, la Patrie vous en serait reconnaissante.
Mes chers Léopold et Apollinaire, la Patrie et vous, lequel vous mettez en avant?
Maître et Professeur, nous vous demandons de revoir certains temps forts de notre lutte commune, ne serait-ce que dans la salle Fazao. Nous vous voyons encore dans cette salle où vos interventions faisaient vibrer le cœur de tout le peuple togolais. Nous revoyons de jeunes Togolaises et Togolais aguerris et passionnés pour la noble cause de notre pays, des gens comme Brigitte Adjamagbo et Jean Yaovi Dégli autour du Président du présidium Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro qui ouvrit la Conférence par la réplique du Comte de Mirabeau au Marquis de Dreux-Brézé: «… Nous sommes ici par la volonté du Peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes.»
Professeur et Maître, revoyez encore l’atmosphère tendue dans laquelle nous avions réussi à élire un Premier Ministre, sous la menace d’Eyadema de nous faire sortir, non pas par la force des baïonnettes, mais par celle des obus.
Maître et Professeur, vous rappelez-vous qu’au sortir de cette assise, tout le monde voulait tout simplement qui, vous serrer la main, qui, vous toucher du doigt comme pour vous dire «oui, nous avons réussi! Oui, nous avons vaincu! Merci Maître, merci Professeur!»
Professeur et Maître, ceux qui ont pu voir en ces moments solennels, le Premier Ministre élu et Gil christ Olympio se donner une accolade, ont eu la chair de poule et des perles sur les joues.
Oui, c’est cela une partie de notre Histoire à nous tous. Oui, c’est cela l’une des victoires du Peuple togolais.
L’heure de la nouvelle victoire, la grande victoire de notre Peuple approche. Pour que celle-ci ne nous soit pas confisquée et volée, il faut que vous soyez de la garde du Peuple.
Vous devez être de ceux qui doivent sonner le tocsin à Lomé pour que le Peuple l’entende à Dapaong. À quelques heures seulement du moment solennel, le Peuple, tout le Peuple du Togo, confiant et inquiet, patiente. Il vous attend, votre Peuple.
Ensemble, nous avons commencé,
Ensemble, nous devons terminer.
Washington D.C., États-Unis,
Edoh Folly Dotsè