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UNE TENTATIVE DE CONJECTURE RATIONNELLE SUR UNE PRATIQUE UNIVERSELLEMENT CONDAMNABLE: L'EXCISION


Il ne se passe pas de jour dans le monde où soit un article, soit un colloque, une loi ou encore une mesure administrative gouvernementale ne soit consacré à ce grave problème de civilisation qu'est l'excision. Cette mutilation sexuelle, morale et psychologique se pratique encore à plus ou moins grande échelle dans beaucoup de pays dans le monde, notamment en Afrique sub-saharienne. Ce qui est nouveau, c'est qu'elle rencontre même là où elle sévit encore, de plus en plus de résistance voire de plus en plus de condamnation aussi bien dans les sphères des décideurs politiques que dans les sociétés civiles. On la condamne le plus souvent au nom d'une certaine idée du principe de "l'habeas corpus", de la dignité de la femme ou tout simplement du droit à la femme d'avoir une sexualité autonome. Malgré la profusion légitime des prises de position sur la question émanant désormais de toutes les sociétés humaines, une question reste néanmoins toujours pendante, reléguée au rang de tabou, car porteuse intrinsèquement de réponses gênantes car sensées à priori exclues de rationalité. Cette question est celle de l'origine et du pourquoi de cette pratique.

Jusqu'à présent, les seules bribes de réponses chuchotées dans les conversations mondaines renvoient toutes à des préjugés connus fondés sur une certaine division dichotomique axiologique culturelle hiérarchisée du monde à connotation plutôt raciste selon lesquels l'excision ne serait que l'un des atavismes de la sauvagerie et/ ou de la barbarie consubstancielles connues des traditions africaines. Les plus tolérants parmi ces ethno-idéologues prétendent que l'excision serait une arme machiste redoutable dont la seule finalité serait de nier à la femme le droit à la sexualité en dehors de l'acte de procréation en la rendant définitivement frigide, exclusivement disponible et fidèle à son maître de mari.

Malgré ce poids idéologique insupportable, sans chercher à justifier l'injustifiable, essayons tout simplement de découvrir par la méthode de réduction à l'essence si chère à Descartes, s'il pourrait y avoir une raison théorique ou pratique connue de certains mais volontairement dissimulée, autre que les raccourcis racistes ethnocentristes répandus et qui pourrait permettre d'expliquer le pourquoi de cette mutilation sexuelle de fillettes, de jeunes filles et de jeunes femmes. C'est en pratiquant cette démarche de recherche que ma réflexion a accroché un fait de pathologie humaine connue et largement expliquée de nos jours: le Syndrome de virilisation des femmes. Ce syndrome intervient chez une femme lorsque se produit chez elle un désordre hormonal provoquant un déséquilibre entre ses secrétions d'androgène (hormones mâles) et ses secrétions d'œstrogène (hormones femelles), déséquilibre largement en faveur des androgènes. La femme atteinte présente d'importantes modifications de ses caractères sexuelles avec apparition possible de façon associée d'une barbe, d'une calvitie (elle devient chauve), d'une modification de la voix (qui devient rauque), d'un arrêt des règles, d'une perte du désir sexuel. En plus de ces signes, il peut aussi y avoir chez cette femme une hypertrophie clitoridienne (gonflement de son clitoris) parfois si exubérante que le clitoris finit par ressembler à un petit pénis avec un gland et un capuchon bien visibles.

Il me semble évident que dans les sociétés africaines antiques, ces faits pathologiques étaient connus et donnaient lieu à diverses stratégies thérapeutiques. Et si seulement l'excision faisait tout simplement partie des arsenaux de prévention et de thérapie de ces manifestations cliniques à partir d'un raisonnement logique de relation de cause à effet malheureusement erronée, faisant du clitoris le point de départ des désordres? La femme dans cette science de l'époque serait devenue un homme à cause de ce "petit pénis". Alors qu'en réalité "le petit pénis" n'est que la conséquence de la transformation hormonale venue d'ailleurs.

Pour les thérapeutes de l'époque où cela a débuté, en coupant le "pénis évolué" et le "pénis en miniature" que serait le clitoris malade et le clitoris normal, on espérait peut-être ainsi rendre toute sa féminité voire toute sa fertilité à la femme. Vu sous cet angle, l'excision devrait sortir da la liste idéologique pré-établie de nos "barbaries" pour devenir une erreur scientifique, une erreur de raisonnement et de connaissance physiopathologiques. De toutes façons il aurait été impossible à nos ancêtres de relier cette maladie à des tumeurs ovariennes hormono-secrétantes par exemple. Beaucoup de nos comportements traditionnels africains hâtivement qualifiés de pittoresques ou d'irrationnels sont le fruit d'observations et de connaissances très hardies et très poussées de nos ancêtres et qui ont permis la persistance, voire le développement démographique et humain de nos sociétés malgré les prédations brutales, criminelles et génocidaires dont nos peuples ont été largement victimes dans l'histoire de l'humanité et dont certaines traces imprègnent encore de nos jours le regard qui est porté sur nous.


France,
Atsou Fréderic Galley

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