Tous les lundis, à neuf (09) heures précises, une dizaine de jeunes gens, garçons et filles, se pointent dans une maison anonyme de notre capitale, et touchent chacun et chacune, cinquante mille francs (50.000 FCFA)! Ces heureux «salariés particuliers» perçoivent donc … 200.000 F (deux cent mille francs) par mois, et si le mois a cinq lundis, 250.000 F, pour 30 ou 31 jours de travail!
Le notable qui leur verse ce généreux «salaire» ne leur demande qu’une seule chose: s’habiller en jaune, tous les samedis, et «marcher» avec le FRAC! Oui, marcher avec le FRAC (FRONT RÉPUBLICAIN POUR L’ALTERNANCE et le CHANGEMENT)… Ce notable leur demande sûrement, en contre partie, de lui rapporter tout ce que les vingt yeux ont vu, et les vingt oreilles ont entendu, chaque samedi, lors des marches organisées par Jean-Pierre Fabre, et Compagnie.
Peut-être, leur demande-t-il autres choses, comme par exemple l’enregistrement des discours ou des blablabla distillés ces fameux samedis, ou les photos de tous les animateurs des meetings de la plage! C’est de bonne guerre et en politique, tout est permis … ou presque …
Je me souviens, que pendant la transition, nous, ministres, étions tous suivis, espionnés, écoutés sur nos téléphones fixes (il n’y avait pas de téléphone portable au Togo en 1992). Un jour, où nous nous sommes plaints auprès du Général Eyadema, il nous avait dit qu’il ne croyait pas à toutes ces histoires, et que même si nous prétendions aller dormir dans des «maquis», c’était en réalité pour aller chez nos maîtresses, ce que nous arrangeait! Tout le monde avait alors éclaté de rire…
Pour le taquiner, je lui avais dit:
«Mon Général, si vous savez que nous allons chez nos maîtresses, c’est que vous nous faites effectivement suivre». Tout le monde avait encore ri… Il faut dire que le Général était de très bonne humeur ce jour-là!...
Dans le cas du FRAC, ceux qui font espionner ce machin (c’est de bonne guerre!) sont nombreux, et bien malin, celui qui connaîtra les commanditaires de cette mise à nu du FRAC.
Il y a d’abord les partisans de l’UFC de Gilchrist Olympio, qui voudraient bien savoir ce que fabriquent Jean-Pierre Fabre et ses acolytes à la plage, tous les samedis, alors que le leader de l’UFC a envoyé sept (07) des siens au Gouvernement de Gilbert Houngbo.
Gilchrist Olympio est très amer et considère que Jean-Pierre FABRE a commis un «parricide politique». Tous les analystes politiques considèrent que c’est un vrai parricide politique, et argumentent que si c’était Faure Gnassingbe qui s’était cassé les jambes ou les reins, à quelques jours de la clôture des candidatures pour l’élection présidentielle du 4 mars dernier, les dirigeants du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) auraient loué un avion sanitaire pour que le Président National du Parti puisse venir passer sa visite médicale obligatoire à Lomé. On imagine mal le Secrétaire Général du RPT, Esso Solitoki, aller déposer sa candidature pour la présidentielle du 4 mars, en lieu et place de Faure Gnassingbe! Ce serait effectivement un parricide politique! L’argument financier ne tient pas la route, parce que, avec quinze millions (15.000.000 FCFA), l’UFC aurait pu faire venir Gilchrist Olympio à Lomé pour la visite auprès des trois Médecins assermentés de la Cour Constitutionnelle: c’est le coût de la location d’un avion sanitaire New-York-Lomé-New-York!
Il parait que c’est une seule militante de l’UFC qui a payé cash les vingt millions CFA de caution, pour la candidature de Jean-Pierre Fabre; on comprend aisément alors la fureur de Gilchrist Olympio! Je serais aussi furieux si j’étais à sa place, surtout que c’est lui qui a toujours fait bouillir la marmite de l’UFC!
Oh, que c’est dur l’apprentissage de la Démocratie!
Qu’est-ce que la Démocratie?
C’est «un gouvernement du peuple pour le peuple» diront certains…
C’est «le moins mauvais de tous les systèmes politiques» diront d’autres…
C’est «un système où la Majorité gouverne, et la Minorité contre-gouverne», renchérissent d’autres encore, qui précisent que «la Majorité, c’est cinquante pour cent plus UN (50% +1) et la Minorité, c’est cinquante pour cent moins UN (50%-1), grosso modo…
D’autres encore, définissent la Démocratie comme «un système politique où la Majorité gouverne et la Minorité s’oppose».
Enfin, d’autres définissent la Démocratie comme «un système politique où quatre pouvoirs dirigent la cité et exercent leurs prérogatives de façon indépendante: l’Exécutif, le Législatif, le Judiciaire, et la Presse».
Au-delà de cette liste de définitions (qui n’est pas exhaustive), tous les systèmes démocratiques ont des constantes: le Législatif contrôle l’action de l’Exécutif, le Judiciaire est le garant de la régularité des actions de l’Exécutif et du Législatif, et la Presse surveille comme du lait sur le feu l’action des trois autres pouvoirs! Pour que «toute marche» dans un pays, il faut que les quatre pouvoirs soient au point, et fonctionnent … et c’est pour cela que l’apprentissage de la Démocratie est laborieux…
Outre les partisans de Gilchrist Olympio, les partisans du RPT ou d’autres partis politiques, les chancelleries, les services secrets des pays amis du Togo, etc., peuvent vouloir savoir ce que Jean-Pierre Fabre fabrique tous les samedis avec sa marche, qui coûte au FRAC, selon nos calculs, la bagatelle de deux millions (2.000.000 FCFA): 600.000 à 800.000 F pour la sonorisation, un million de FCFA pour les jeunes du service d’ordre du FRAC et quelques milliers de francs pour les menues dépenses!
D’où vient tout cet argent? Et pourquoi des leaders politiques dépensent deux millions de francs par semaine tout en sachant très bien que Jean Pierre Fabre n’a effectivement pas gagné l’élection présidentielle du 4 mars dernier?
Je pense que toutes ces questions justifient que beaucoup de gens s’intéressent de près à la «marche hebdomadaire» du FRAC. Toute cette «bouillabaisse politique» du FRAC pose la vraie question de fond de l’apprentissage de la Démocratie en Afrique. Pour illustrer nos propos, nous allons analyser cet «apprentissage démocratique» dans quatre pays africains francophones: le Togo, le Niger, le Sénégal, et Madagascar.
Au Togo: Selon Mr Agbeyome Kodjo, ex-patron de l’ex-parti dissout par la Justice, OBUTS, la Cour Constitutionnelle togolaise lui avait donné raison, contre le Ministère de l’Administration Territoriale, qui ne voulait pas valider sa candidature pour l’élection présidentielle du 4 mars dernier. Après le scrutin, cette même Cour constitutionnelle confirme l’élection de Mr Faure Gnassingbe comme Président de la République. Et que fait notre leader politique? Il marche tous les samedis avec le FRAC, pour protester contre la décision de la Cour, qu’il trouve «aux ordres» ! Quand cette même Cour avait débouté le Ministère de l’Administration territoriale et lui permet de se présenter au scrutin du 4 mars dernier, il n’avait pas trouvé que la Cour était «aux ordres»!…
Naïveté? Amateurisme? Mauvaise foi? Gaminerie? Mauvaise compréhension ou incompréhension de la Constitution?:
Sans doute les cinq à la fois!
Le comble de tout ce «bouii-bouii politique», c’est la réponse d’un membre du FRAC à qui j’ai posé cette question:
«Qu’est-ce que la marche du FRAC va faire à Faure Gnassingbe, Président élu du 4 mars 2010?»
- «Les investisseurs ne viendront pas au Togo!»
Estomaqué, je lui lance, avec une expression de pitié et de mépris dans ma voix:
-«Et tu crois que si les investisseurs ne viennent pas au Togo, ce sont les enfants de Faure Gnassingbe qui vont chômer?»…
Il me regarda, le front plissé, puis baissa les yeux…
L’apprentissage de la Démocratie impose que la classe politique (au moins) lise les textes fondamentaux qui sous-tendent la Démocratie: la Constitution, le Code électoral, le Code pénal, le Code de la famille, etc.
L’article 106 (titre VI) de la Loi fondamentale stipule:
«Les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités civiles, militaires et juridictionnelles».
Si un leader politique ne comprend pas cela, il vaudrait mieux qu’il aille planter des choux au lieu de faire de la politique.
Mon père m’a toujours répété que «la politique est un art, et n’est pas artiste qui veut!»
Pourquoi Agbeyome Kodjo et Jean-Pierre Fabre se sont-ils présentés à la présidentielle du 4 mars dernier et ont fait valider leur candidature par une Cour constitutionnelle qu’ils savaient, selon eux, «aux ordres»?
Un enfant de cinq ans aurait, à leur place, refusé de déposer sa candidature à valider par cette même Cour «aux ordres», et aurait porté la Contestation en amont! C’est comme si ces deux «apprentis politiciens» avaient déposé une souris dans les griffes d’un chat qu’ils enferment dans une pièce, et le lendemain, ils font des marches pour protester contre le chat qui a bouffé la souris! Un peu de décence et de sérieux, Messieurs!
«Les parties prenantes au Dialogue s’engagent à poursuivre toutes les réformes visant à consolider la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance. Les parties prenantes au Dialogue s’accordent pour que le gouvernement d’union nationale engage les réformes dans un esprit de large consensus» …
Ces belles paroles sont tirées de l’Accord Politique Global (APG), titre III, alinéa 3-1.
Après la signature de l’APG, le 20 août 2006, le gouvernement d’union nationale n’a jamais vu le jour! Seuls le CAR, la CDPA et la CPP ont accepté de siéger, chacun, dans au moins un gouvernement de Faure Gnassingbe! L’UFC, le principal parti d’opposition, a toujours refusé de siéger avec ses amis de l’opposition, dans un tel gouvernement, et ce n’est que récemment, qu’au bord de l’impulsion, l’UFC de Gilchrist Olympio accepte d’envoyer sept ministres dans le gouvernement Houngbo II, et qui siègent, sans les autres partis de l’opposition!
Suite à un accord flou de «faux partage du pouvoir», celui qui avait toujours refusé de rentrer dans un gouvernement Faure, même d’union nationale, s’est résolu à, enfin «traverser la rivière», mais, dans une position d’extrême faiblesse».
En démocratie, il n’y a que deux cas où on peut parler de «partage du pouvoir»:
1) Quand deux ou plusieurs partis politiques du même camp (Majorité ou Opposition) gagnent ensemble la majorité absolue lors des législatives, ils font un accord «de partage du pouvoir», pour gouverner: c’est la coalition;
2) Le deuxième cas, c’est quand la Majorité et l’Opposition, dans un contexte particulier de crise (territoriale, politique, financière, humanitaire, sanitaire etc.) décident de gouverner ensemble pour une période donnée: c’est le gouvernement d’union nationale.
Dans le contexte actuel du Togo où le RPT a 50 députés et toute l’opposition 31 députés, on ne peut parler de «partage du pouvoir».C’est donc par esprit de gentillesse et de compassion envers Mr Gilchrist Olympio, que celui-ci a pu envoyer sept ministres au gouvernement Houngbo II. Mr Gilchrist Olympio doit le comprendre comme tel, pour ne pas se faire des illusions… Dans un système de régime parlementaire ou semi-parlementaire, le ou les partis qui remportent les législatives gouvernent et peuvent faire appel à deux ou trois compétences de l’opposition parlementaire pour faire partie du gouvernement. C’est ce que Sarkozy a fait en France.
Tout ceci doit être clair dans la tête de nous tous, apprentis politiciens togolais…
Posons la question à Mr Jean-Pierre Fabre de savoir ce qu’est «une Cour Constitutionnelle aux ordres».
Notre Loi Fondamentale nous apprend ceci:
Article 100 (Titre VI): «La Cour constitutionnelle est composée de neuf (09) membres désignés pour sept (07) ans renouvelables. Trois sont désignés par le Président de la République dont un (01) en raison de ses compétences juridiques. Trois (03) sont élus par l’Assemblée Nationale à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres. Ils doivent être choisis en dehors des Députés. L’un d’entre eux doit être désigné en raison de ses compétences juridiques. Trois (03) sont élus par le Sénat à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres. Ils doivent être choisis en dehors des Sénateurs. L’un d’entre eux doit être désigné en raison de ses compétences juridiques.».
Cher ami Fabre, si le Président de la République dispose d’une large majorité à l’Assemblée Nationale, il disposerait déjà de six membres de la Cour constitutionnelle. Si, en plus, il dispose d’une majorité confortable au Sénat au moment du vote, il "disposera" d’une large marge de manœuvre dans la composition de la Cour constitutionnelle. Et ce n’est pas par des marches enfantines qu’il faut régler ces problèmes; tu pourras marcher un siècle et si tu ne te crèves pas là où tu sais, pour avoir une majorité absolue à l’Assemblée Nationale et au Sénat, à la prochaine échéance, tu passeras toute ta vie à chercher à la lampe tempête, une Cour constitutionnelle qui ne soit pas «aux ordres»…
Mais, n’allons pas aussi loin, Monsieur le Président du FRAC! Il y a des verrous juridiques simples pour qu’une Cour constitutionnelle ne soit pas «aux ordres!». Cherche et tu trouveras, au lieu de perdre du temps à marcher tous les samedis!
FRAC, UFC, Fabre, Olympio, on assiste, depuis quelques temps, à un feuilleton nauséabond de parricide politique, de bouillabaisse politique, de chienlit politique, de sclérose et d’amateurisme politiques incroyables.
Le bilan de tout ceci: près de trois ans de présence au Parlement et aucun projet de loi déposé, aucune motion de censure, aucune interpellation sérieuse de ministres ou de Premier Ministre. Rien! Les députes UFC se contentent de toucher leur salaire de 700 ou 800.000 F par mois et restent collés à leur siège, sans aucune imagination.
Et le CAR dans toute cette atmosphère surréaliste? Englué dans une fausse passation de relais entre Me Agboyibo et Me Apevon, le Comité d’Action pour le Renouveau se meurt, dans l’indifférence générale.
Un parti qui avait réussi à placer 36 députés en 1994 et qui n’en obtient que quatre (4) en 2007, c'est-à-dire qu’en treize ans, le CAR a presque tout perdu!
L’erreur politique fatale de Me Agboyibo, au lendemain de sa victoire de 1994, lui a fait exploser le parti.
Mais ce qui est désolant pour l’UFC et le CAR, qui bombaient leur poitrine en se disant seuls représentants de l’opposition à l’Assemblée nationale, c’est qu’ils n’ont jamais abordé la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles depuis qu’ils sont à l’Assemblée Nationale! Le toilettage de la Constitution ne peut se faire qu’à l’Assemblée nationale, mais, nos trente et un Députés sont muets comme des carpes. Ils attendent, peut être, que Jésus Christ en personne vienne à l’Assemblée pour faire le boulot à leur place!
Et les partis extraparlementaire? La CPP, la CDPA, le PDR, et tous les autres? Rien de passionnant. Il faut qu’ils se mettent à l’apprentissage de la Démocratie pour élever le débat politique sur la terre de nos aïeux.
Et le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT)? Le parti créé par feu Gnassingbe Eyadema surfe sur ses victoires aux législatives d’octobre 2007 et à la présidentielle du 4 mars 2010. Il se permet même le luxe d’incorporer sept ministres de l’UFC dans son gouvernement! Le parti est serein et la décomposition de l’opposition lui permet d’attendre et de voir venir… Il a réussi, les bras croisés, à faire imploser l’UFC, le principal parti de l’opposition togolaise!
Il faut dire que c’est la qualité terne des leaders de l’opposition togolaise qui a «boosté» le RPT. Ce parti était à l’agonie en 1992. Mais les leaders de l’opposition ont accumulé gaffes sur gaffes…
D’abord, la terrible grève générale illimitée de 1992-1993. Neuf mois de grève, un triste record mondial! La paupérisation de la population, la perte de leurs postes de responsabilité par les cadres grévistes à leur retour de grève, une recomposition du paysage politique du pays, avec une revigoration du RPT. Pourtant Joseph Kokou Koffigoh et nous-mêmes avions mis en garde tous ces leaders de l’opposition, que la grève générale illimitée ne marchera pas. Eyadema avait ordonné aux Directeurs des douanes, des impôts et du port, de lui apporter toutes leurs recettes, chaque soir, à Lomé II (rapports confidentiels des services de renseignement de la transition)! Il avait largement de quoi payer les militaires, les policiers, gendarmes, et le peu de fonctionnaires non grévistes pendant dix ans! C’est pourquoi c’est indécent de voir aujourd’hui, un ancien Directeur du port, qui apportait tous les soirs, toutes les recettes du port à Lomé II, se muer en opposant gueulard soi-disant de premier plan, et qui marche tous les samedis avec le FRAC…
La deuxième fatale erreur des leaders de l’opposition est le refus de gouverner dans l’union du CAR de Me Agboyibo et de l’UTD d’Edem Kodjo, au lendemain de leur victoire aux législatives de 1994.
La troisième erreur fatale est le boycott des législatives de 1999, qui a laissé le boulevard de l’Assemblée monocolore au RPT, qui n’a pas laissé passer l’occasion, et a tripoté la Constitution en 2002.
Aujourd’hui, quand ces mêmes leaders crient «Réformes constitutionnelles et institutionnelles!», on a envie de pleurer pour eux, surtout qu’ils ne proposent rien depuis bientôt trois ans que certains sont au parlement…
La quatrième erreur fatale est le refus de Gilchrist Olympio, Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson, Isabelle Améganvi etc. de rentrer au gouvernement d’union nationale après l’APG. Ils voulaient soulever une table en étant debout dessus!
Que d’erreurs, que d’immaturité, que de manque de vision, que d’amateurisme! Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir certains de ces leaders aujourd’hui réduits à battre le pavé chaque samedi, pour réclamer une impossible victoire à une élection où ils ont été battus à la régulière!...
Au Niger: Dans ce pays ravagé par la famine, il y avait naguère un homme majestueux dans un boubou blanc immaculé qui lui sied bien. Aujourd’hui, il porte toujours son boubou blanc, mais il est détenu dans un camp militaire.
Mamadou Tandja avait tout pour être heureux. Il était colonel de l’Armée nigérienne et fut élu Président de Niger, il y a de cela un peu plus de dix ans, lors d’une élection vraiment libre et démocratique. Il aurait dû finir son mandat en décembre 2009 et vivre aujourd’hui en homme libre, adulé par les Nigériens et la Communauté internationale. Mais son destin a basculé quand il s’est mis dans sa tête de mule de «prolonger de trois ans» son second et dernier mandat! Il dissout l’Assemblée Nationale…et la Cour constitutionnelle, organise un référendum bidon, boudé par la population et la Communauté internationale et bouche ses oreilles aux cris de supplications, de mise en garde et de protestations des Nigériens et de la Communauté internationale.
Heureusement que les militaires ont mis fin à cette aventure qui a laissé de côté le drame des Nigériens affamés. À plus de 74ans, personne n’a compris cet entêtement suicidaire et criminel…
Mais au Niger, trois autres hommes ont fait tourner en bourrique leur peuple. Mahamane Ousmane, Mahamadou Issifou, et Hama Hamadou. Le premier a été élu Président de la République et le deuxième était l’allié du premier. Puis, il retourna sa veste et rejoignit l’opposition de Hama Hamadou. Ces trois leaders politiques se firent férocement la guerre, jusqu’à faire sortir de ses gonds, le général Ibrahim Barré Maïnassara, qui prit le pouvoir et mit tout le monde en prison, avant de se faire trucider lui-même par les militaires de sa propre garde présidentielle. Récemment, les trois mousquetaires, qui ont de la suite politique dans les idées, conclurent un accord, se promettant de se soutenir mutuellement, si l’un des trois passait le premier tour de la prochaine présidentielle… en attendant de se faire à nouveau la guerre!
Comme ont le voit l’apprentissage de la Démocratie est aussi laborieuse au Niger, comme dans tous les autres pays du continent noir…
Au Sénégal:
Ce pays est le seul pays noir francophone à ne pas avoir encore connu de coup d’état militaire. Il faut avouer que le premier Président de ce pays indépendant, Léopold Sedar Senghor a laissé une belle empreinte de démocratie, l’humanisme et d’altruisme. Il n’a pas voulu s’éterniser au pouvoir et a préféré quitter volontairement le fauteuil présidentiel, pour jouir de ses derniers jours, en Normandie, avec son épouse française. Puis, vint Abdou Diouf, son dauphin, qui a géré dans la paix, avec un œil visionnaire son pays et qui, battu à la régulière à la présidentielle, s’est retiré dans la dignité et la considération générale des Africains et des non Africains.
Cette maturité démocratique lui a d’ailleurs ouvert la porte de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).
Puis vint Abdoulaye Wade, ancien opposant-vedette, vedette du barreau de Dakar (il est agrégé en droit).
Mais il inquiète tout le monde. On pense que son âge avancé commence à lui jouer des tours, et sa gestion de la cité n’est pas aussi brillante que ce qu’on devait attendre d’un aussi brillant universitaire. Mais, mon père ne me l’avait pas répété, que «la politique est un art, et n’est pas artiste qui veut?». Me Wade veut se représenter à la prochaine élection présidentielle à un âge estimé à 90 ou 92 ans (personne ne semble connaître l’âge exact du patriarche).
Mais, plus grave, il veut mettre son fils Karim Wade sur orbite. Ce n’est pas grave si le peuple sénégalais élit dans la transparence Karim Wade. Georges W. Bush a été Président quatre ans après son père, Cori Aquino a mis son fils sur les rails et il vient de se faire élire Président des Philippines, le président Ali Bongo a succédé à Omar Bongo Odimba, son père… Mais l’obsession de mettre Karim Wade au pouvoir ne va-t-elle pas précipiter le Sénégal vers des abîmes douloureuses? Le seul espoir, c’est qu’au Sénégal, l’Armée est hautement républicaine et qu’elle ne se laissera pas distraire par des velléités monarchiques d’un agrégé en Droit.
En dehors de l’Armée, la classe politique sénégalaise a une maturité politique nulle part égalée sur le continent noir francophone.
En tous les cas, l’apprentissage de la Démocratie est un impératif qui doit obliger tous les leaders politiques togolais, nigériens, sénégalais et africains à se remettre dans le bain, pour élever le débat politique aussi loin que possible.
Et Madagascar?
À deux ans de la fin de son deuxième mandat, Marc Ravalomanana fait face à une contestation soit disant populaire. Un jeune homme de 35 ans, DJ de son état, harangue 30.000 malgaches de la capitale, et veut prendre le pouvoir par la rue. Au lieu de prendre le pouvoir par les urnes deux plus tard, le jeune DJ s’empêtre dans un imbroglio politico-ethnico-militaire dont la grande île a le secret…
Aujourd’hui, le jeune et inexpérimenté DJ est dans l’impasse totale. Toutes les aides ont été suspendues et Anjerajoel, auréolé du titre ronflant de «Président de la Haute Autorité de la République», s’ennuie ferme dans son palais trop grand pour ses frêles épaules.
À Tananarive, l’illogisme nègre a montré son vrai visage. Dans un pays où même l’Armée est incapable de jouer son rôle de régulateur d’une classe politique inconsciente, immature, rien ne peut se faire de sérieux et le pauvre peuple malgache s’enfonce de plus en plus dans la misère.
Ici aussi, quatre hommes ont entretenu cette atmosphère de démocratisation bananière: Ratsiraka (l’amiral), Albert Zafy (le professeur), Ravalomanana (l’homme d’affaires) et le DJ, Anjerajoel. Comme on le voit, la grande île est passée du grade d’Amiral à celui de DJ, animateur de boîte de nuit et de soirées mondaine de 35 ans! Quel avenir pour ce pays aux potentialités énormes? Le refus de l’apprentissage des principes cardinaux de la Démocratie conduit aux tentatives de prise de pouvoir par la rue…
Au Togo, que se passerait-il si, après la marche du FRAC les samedi matin, le RPT organisait aussi «sa marche», le samedi après-midi? Heureusement que Faure Gnassingbe est au dessus de toute cette mêlée. Il a laissé Jean Pierre Fabre s’enfoncer dans l’illusion, lui qui pense, qu’en faisant sortir dans la rue 15.000 à 20.000 personnes dans la rue, chaque samedi, il peut être Président de la République.
Togo,
Dr Ihou