Il n’est un secret pour personne que notre parti, l’UFC, traverse une grave crise interne. Les causes de cette crise sont multiples et sont à chercher dans les erreurs des uns et des autres, le manque de communication et de sincérité.
Le but de cet appel n’est pas d’identifier les causes de la crise mais de nous faire réaliser l’ampleur du défi que nous avons en face de nous et notre responsabilité individuelle et collective vis-à-vis de notre parti et vis-à-vis du peuple.
Notre président national Gilchrist Olympio n’a pu se présenter à l’élection présidentielle de mars 2010, élection pour laquelle il a été investi candidat par le congrès du parti en juillet 2008. Le bureau national l’a remplacé par Jean Pierre Fabre qui malgré sa victoire aux élections, n’a pas pu récupérer le pouvoir qui accompagne normalement la victoire électorale.
Ce n’est pas la première fois que nous allons à une élection présidentielle et qu’on nous vole notre victoire, c’est la 4ème fois. Autrement dit, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans la façon dont nous sommes organisés pour prendre le pouvoir. Nous semblons perdre de vue que chaque fois que le pouvoir nous échappe, ceux-là qui conservent le pouvoir frauduleusement sont renforcés dans leur politique. On ne peut donc pas se permettre d’échouer continuellement, et la première question qui doit être débattue au congrès est: Pourquoi n’avons-nous pas le pouvoir d’État en ce mois d’août 2010?
Notre victoire n’est pas encore récupérée, qu’une partie d’entre nous ont opté pour la voie de la négociation pendant que l’autre partie a pris d’assaut la plage de Lomé. Le Peuple togolais n’a pas voté pour qu’on négocie un partage du pouvoir avec le RPT et il n’a pas non plus voté pour qu’on se rende à la plage tous les samedis. Ces deux voies nous renvoient à la première question qui est: Pourquoi n’avons-nous pas le pouvoir d’État en ce mois d’août 2010? Et qui fait que nous sommes en train de jouer les prolongations?
Ceux qui sont à la plage revendiquent une victoire légitime, ceux qui négocient sont parvenus à un accord avec le RPT et sont au gouvernement. Du coup, ceux qui sont à la plage ont décidé de tenter d’exclure le président national. Les réunions du bureau national sont convoqués par le président national et ce d’autant plus qu’il était sur le territoire national, donc le processus qui a mené à son exclusion est sorti du cadre légal, pour notre part il s’agit d’une tentative de putsch et nous restons fidèles au président Olympio.
Ceux qui sont au gouvernement n’ont pas su ou pu rallier ceux de la plage à leur position, ce qui crée des dissensions dans le bureau. À cette étape de la crise, la sagesse nous aurait recommandé de convoquer un congrès pour consulter la base et obtenir un mandat de la base, soit pour rester à la plage ou aller au gouvernement.
Ceux de la plage traitent les autres de traîtres, d’Amis de Gilchrist Olympio, de vendus, etc. Pourquoi appeler des collègues avec qui on est en désaccord avec des surnoms? C’est une forme d’exclusion inquiétante pour des gens qui aspirent à diriger ce pays.
Nous sommes tous de l’UFC et personne n’est moins membre que l’autre. Hier, Amah Gnassingbé et Antoine Bodjona ont fait les frais de cette arrogance/intolérance. Que certains aient porté les couleurs du parti aux présidentielles ou que d’autres aient été élu président par un congrès, vous restez avant et après tout membres et comptable devant le congrès du parti.
On accuse le Président d’avoir trahi en acceptant que certains de nos membres rejoignent le gouvernement. Un raisonnement pareil venant de l’homme de la rue est compréhensible, mais venant de sommités du parti, cela n’a aucun sens. Nous avons participé aux élections législatives frauduleuses d’octobre 2007 et nous avons accepté de siéger à l’assemblée et à la Ceni.
Les députés qui accusent Olympio sont à l’assemblée où siège le RPT et touchent leur salaire. Gilchrist Olympio n’occupe personnellement aucune fonction dans l’État togolais. Quelle est la différence entre un député qui siège à une assemblée issue d’une élection frauduleuse et un ministre dans un gouvernement issu d’une élection frauduleuse? Soit ils ont tous trahi ou bien ils sont dans une logique de prise progressive du pouvoir comme dans presque tous les pays francophones d’Afrique de l’Ouest où il y a eu alternance pacifique (Sénégal, Côte d’ivoire, Bénin), sans compter le Ghana voisin.
Je dois avouer que le deal qu’il ya eu pour que notre parti entre au gouvernement n’est pas un bon deal, mais c’est mieux que rien, et bien mieux que la plage. Ceux qui sont à la plage ne savent plus comment quitter la plage parce qu’après la plage et les discours démagogiques, il n’y a rien, qu’on se le dise, l’armée ne peut pas déposer le pouvoir en place, le pays est en fait bloqué entre les erreurs des uns et des autres et l’incapacité de la classe politique toute entière à mettre l’intérêt du peuple au dessus des intérêts particuliers.
L’arrogance, l’intolérance, les propos blessants et l’exclusion dont font preuve les Pro Fabre ne rassurent pas quand à leur aptitude à gérer un état à réconcilier. Si JP Fabre traite son propre patron et mentor de la sorte, que va-t-il faire des militants du RPT s’il prend le pouvoir? Il a pourtant juste à côté de lui un très bon exemple de comportement à suivre, je parle ici de Patrick Lawson qui malgré les désaccords, est modéré dans le ton, le propos et s’est conduit jusque là comme un homme d’État.
D’autres parts, je ne peux m’expliquer que ce soit une administration frauduleuse RPT à laquelle nous ayons recours pour tempérer la fougue des pro Fabre. C’est une erreur grave de notre coté. On ne peut pas commencer à interdire à nouveau les marches au Togo et limiter les déplacements. Ce n’est pas une question de Fabre mais de principe. Nous refusons de reculer, on a perdu assez de membres pour le peu de liberté que nous avons et il n’est pas question de reculer. C’est contre nature. Nous ne cautionnons pas l’ingérence de l’administration dans nos problèmes internes.
Les deux camps commettent beaucoup d’erreurs qui risquent de retarder la libération du Peuple togolais.
Après les erreurs commises de part et d’autres, nous avons décidé de nous en remettre à un congrès pour trancher. Je l’ai dit à plusieurs reprises, si nous qui sommes restés loyal au Président Olympio, il s’avère que le congrès nous met en minorité, nous nous inclinerons devant la majorité, mais il faut que les choses se fassent dans les règles de l’art.
Le congrès qui devait nous permettre de mener un débat de fonds est devenu une arme de bataille entre pro Fabre et nous autres les Pro Olympio, chacun convoque son congrès. Cela n’a aucun sens. Pour une affaire de qui va rester chef ou qui va devenir chef, nous sommes en train d’offrir un spectacle digne du RPT à nos populations. Nous jouons avec la vie de la première force politique togolaise et avec le destin de tout un peuple.
L’UFC ne peut pas tenir deux congrès. Notre parti s’appelle l’Union des forces de changement et nous sommes divisés au point d’organiser deux congrès? Ça n’a pas de sens. Pourtant nous avons des hommes de grandes valeurs et de qualité de tous les côtés, et je pense ici à Isaac Tchiakpé, Kaloukoué Diabacté, Patrick Lawson, Me Georges Lawson, Éric Armerding, etc. Nous devons renouer le dialogue rapidement et débattre fraternellement puis laisser la base trancher. L’UFC n’appartient pas à ceux qui incarnent son bureau seul, c’est un outil et un héritage collectif.
Le défi que nous impose le nom de notre parti, c’est le défi de l’Union, rester unis malgré les désaccords et continuer la lutte pour la libération du Peuple togolais.
Nous sommes un parti avec un chef, un bureau et un congrès qui les a élus. Comme chacun a annoncé ses dates, je propose, et ce à titre personnel, qu’il ne se tienne qu’un seul congrès du 10 au 13 août pour avoir assez de temps pour discuter et aller au fonds des choses et que le congrès se tienne à Nyekonakpoé plutôt qu’à l’hôtel Ibis.
La balle est donc dans le camp de ceux qui ont été élus au congrès de juillet 2008, après avoir expliqué à la base pourquoi nous n’avons pu prendre le pouvoir d’État, nous devons nous mettre au travail avec les ressources que nous avons, notamment les populations, les députés et les ministres pour que les prochaines échéances nous soient plus favorables.
Nous sommes face à un défi, le défi de l’Union, le défi de rester un seul parti en dépit des problèmes. Je nous appelle donc à nous élever au dessus de l’actualité et des luttes de personnalités pour n’organiser qu’un seul congrès en ayant à cœur que l’intérêt du peuple.
Le peuple attend beaucoup de nous et nous n’avons pas le droit de le décevoir.
La lutte continue.
Canada,
Séna Alipui