Le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), au pouvoir depuis sa création en 1969, peut dire aujourd’hui, un grand MERCI à Jean Pierre Fabre, Aimé Gogue, Agbeyome Kodjo, Koffi Yamgnane, Isabelle Ameganvi, Patrick Lawson… et tous «les marcheurs du samedi» du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC)…
Tout ce beau monde a offert (sur un plateau en or) au RPT, l’arme fatale qui manquait à son arsenal de conquête du pouvoir. Connaissez-vous cette arme fatale?
C’est tout simplement LA CONTESTATION D’UNE DÉCISION DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE!
En 2015, ou 2020, ou 2025 (que sais-je?), quand la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) va proclamer Jean Pierre Fabre, ou Aimé Gogue, ou Agbeyome Kodjo, ou Kofi Yamgname, ou Isabelle Ameganvi... élu (e) à l’élection présidentielle togolaise, et que la Cour Constitutionnelle Togolaise va confirmer cette victoire, le RPT va sortir l’arme fatale que ces Messieurs lui ont offerte gracieusement: la Contestation des résultats proclamés par cette Cour Constitutionnelle!
Le scénario-catastrophe se déroulera comme suit: le RPT va demander à toutes ses militantes et tous ses militants de sortir dans la rue, non pas tous les samedis, mais tous les jours de la semaine, non pas seulement à Lomé, mais à Dapaong, Kara, Sokodé, Atakpamé, Lomé, et dans toutes les villes et villages du Togo. Comme on le verra, ce ne sera pas sur un petit et court trajet de «KONDJINDJI à la PLAGE», qu’emprunteront «les marcheurs et les marcheuses» du RPT, mais toutes les rues et ruelles de Lomé, et de toutes les villes, les routes, les sentiers et les chemins des campagnes et des fermes du Togo…
Les Communautés Nationale et Internationale vont protester fortement en proclamant haut et fort que «les décisions de la Cour Constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours…»
Et les caciques du RPT vont répliquer très fort:
«Mais...c’est ce que Jean Pierre Fabre et ses FRACISTES ont fait pendant des mois, après l’élection du 4 mars 2010!»…et de continuer leurs marches de plus belle!...
Alors, le nouvel élu crie à se rompre les cordes vocales aux forces de l’ordre, d’interdire les marches du RPT qui paralysent le pays! Mais ni la Police, ni la Gendarmerie, ni l’Armée ne bougent, même pas d’un poil! La passation de pouvoir n’ayant pas encore eu lieu entre le sortant et l’entrant, Fabre, Gogue, Agbeyome, Yamgnane et les autres crient à leurs militants de descendre aussi dans la rue… Lomé et les villes de l’intérieur se mettent à flamber, suite à des violents affrontements entre les militants du RPT et du FRAC… On compte des centaines de morts et des milliers de blessés! … L’Armée intervient «pour rétablir l’ordre». Les paisibles populations du Togo et la Communauté Internationale applaudissent «le coup d’État salutaire des Forces Armées Togolaises et invitent les militaires à rendre le plus rapidement possible le pouvoir aux civils»… Jean Pierre Fabre, Aimé Gogue, Agbeyome Kodjo, Kofi Yamgnane, Patrick Lawson, Isabelle Ameganvi et quelques uns de leurs amis sont détenus dans des casernes des FAT… pour avoir donné l’ordre de contrer les marches pacifiques du RPT…
Les militaires tiennent leurs promesses et organisent une élection présidentielle transparente et crédible, neuf mois après leur coup d’État, et menacent de «mater toute personne qui contestera les décisions de la Cour Constitutionnelle»…
Le peuple togolais et la Communauté Internationale applaudissent à se rompre les doigts … tandis que Jean Pierre Fabre et les principaux dirigeants du FRAC sont toujours détenus dans des camps militaires…
Plusieurs variantes de ce scénario peuvent se dérouler, mais le schéma décrit plus haut semble la charnière principale du drame que les Togolais pourraient vivre…
S’il y a quelqu’un qui doit se tourner et se retourner à se rompre les côtes dans sa tombe, c’est bien Sylvanus Olympio, le premier Président démocratiquement élu du Togo, abattu le 13 Janvier 1963 par des putschistes.
Depuis 1950, le Togo exportait sa matière grise partout en Afrique francophone et en Europe. On était fier, très fier même, d’être togolais. Tout le monde nous enviait. Soixante ans après, en 2010, on a envie de dire, devant certains regards scruteurs, qu’on n’est pas togolais!
On a tout simplement honte de nous regarder dans la glace! Que des militaires «sac au dos» commettent un acte répréhensible en 1963, cela se comprend un peu, vu l’époque et le contexte, mais que des intellectuels commettent, en 2010, des parricides et des forfaitures politiques, cela dépasse l’entendement! Ils sapent les textes fondamentaux qu’ils ont eux-mêmes écrits et qui sous-tendent toute démocratie. Ils «putainisent» les principes fondamentaux des chartes des parties politiques. Ils ne comprennent pas les fondements simples d’une vie démocratique, et surtout, manquent d’élégance politique. Ils veulent être élus «Président de la République» sans comprendre des textes juridiques qu’un médiocre étudiant de première année de Droit comprend!...
Ce qui fait pleurer les observateurs de la vie politique togolaise ces derniers jours, c’est la lutte fratricide au sein du principal parti d’opposition, l’Union DES FORCES DE CHANGEMENT (UFC). Ce qui se passe dans ce parti rappelle, étrangement le drame de César, l’empereur romain. Poignardé par des comploteurs, le monarque ouvre les yeux, dans un dernier effort de vie et reconnaît son fils adoptif TITUS… Alors, il parvient à prononcer ces terribles mots: «Toi aussi, mon fils?»… avant de rendre l’âme.
C’est l’histoire de Gilchrist Olympio et de son «fils adoptif» Jean Pierre Fabre. Mais le vieux leader, lui, n’est pas encore mort et le feuilleton Fabre-Olympio, où les ingrédients de trahison, de parricide politique, d’inélégance, de coups tordus se le disputent avec l’infantilisme, la malhonnêteté et l’amateurisme politique, et qui meubleront encore les salons politiques de notre capitales.
Un vieux leader du CUT (Comité de l’Unité Togolaise) a été secoué par les derniers développements de la crise au sein de l’UFC, et, méprisant, à lancé, à propos de Jean Pierre Fabre:
«Ce gosse est fou du pouvoir. Il n’hésite pas à tuer son père Gilchrist Olympio, pour le contrôle de la Présidence d’un Parti! Que deviendra–t-il s’il accède un jour à la Présidence de la République?»
Ce que moi, je me pose comme question est:
«Pourquoi le quarteron d’avocats qui entourent Jean-Pierre Fabre ne lui conseillent-ils pas de lire attentivement les textes fondamentaux de la République et d’être moins obsédé par le pouvoir?»
La seule grande prière que nous pouvons faire, c’est que le Président Faure Gnassingbe garde tout son calme et sa sérénité, pour que ceux qui veulent plonger encore le Togo dans la violence, se retrouvent le bec dans l’eau, et «foutent la paix» à ce peuple meurtri qui ne doit penser qu’au développement.
Togo,
Dr David Ihou
Ancien Ministre de la Santé et de la Population