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RETOUR SUR L’IMAGE: VISITE DU SECRETAIRE D’ÉTAT AMERICAIN, MME HILARY CLINTON AU TOGO; CE QU’IL FAUT RETENIR


Beaucoup d’écrits et de déclarations ont essayé de commenter et de décrypter la visite éclair (faute de temps) de Mme Hilary Clinton au Togo, la première visite de haut rang, d’un Secrétaire d’État américain. Chacun est allé de son pinceau, du plus superficiel au plus hasardeux pour amuser la galerie. Aucune analyse sérieuse, aucun décryptage de fond, aucune leçon du «réal politik» à tirer; on assiste plutôt à des déclarations intempestives et démagogiques sans réelle portée politique et stratégique. On s’adonne comme à l’accoutumée à la politique du vent.

Le retour sur l’image de la «présentation» de Gil christ Olympio à Mme Hilary Clinton par Faure Gnassingbé devrait éveiller notre sens politique et nous éviter de tomber dans le piège du RPT dont la photo est préalablement passée au labo de ses experts en communication pour véhiculer un message politique fort et précis. Nous devons éviter d’être les relais des manipulateurs politiques du RPT pour nous concentrer sur le décryptage de fond.

Le premier constat de cette visite éclair, limitée à Faure Gnassingbé et à Gilchrist Olympio, pose moins le problème du mépris de l’administration américaine à «l'aspiration profonde et légitime des populations togolaises à la démocratie et l'état de droit» que l’échec diplomatique du FRAC à donner de la voie et à relayer la volonté de changement et de l’alternance au Togo auprès de la communauté internationale. Koffi Yamgnane, le représentant du FRAC à l’international, pour le moins qu’on puisse dire, n’a tout simplement pas fait son travail et ne le ferra pas. Il poursuit son propre agenda politique et ses propres ambitions.

Au delà de l’inaction et de l’ineffectivité du lobbying politique du FRAC à l’international, les raisons profondes du peu de considération accordée aux dirigeants du FRAC et de l’ANC sont d’ordre historique, diplomatique, politique et économique et stratégique.

Raison historique

Le rôle que l’ambassadeur des États-Unis a joué en 1963 dans l’assassinat de Sylvanus Olympio est resté flou jusqu’à ce jour. Les dossiers d’État américain, top secrets sur le Togo qui devraient être déclassés 40 ans après les évènements tragiques, ne le sont toujours pas. Il est manifestement évident que les USA applaudissent des deux mains l’accord historique intervenu le 26 mai 2010 entre Gilchrist Olympio, fils de Sylvanus Olympio, et Faure Gnassingbé, fils de l’assassin présumé du père de l’indépendance du Togo. Les USA sortent ainsi d’affaire et d’embarras. La mémoire diplomatique n’est donc pas courte. Comme l’a si bien dit un ami, professeur d’économie dans une université américaine, la guerre ouverte entre Eyadema Gnassingbé et Gilchrist Olympio, a servit des intérêts; la réconciliation entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé sert aussi inévitablement d’autres intérêts.

Raison diplomatique

L’une des conséquences de l’accord historique du 26 mai 2010 est la nomination au poste de ministre des Affaires étrangères du Togo, d’Eliott Ohin, un inconditionnel de Gilchrist Olympio. Ce monsieur lugubre passe l’essentiel de son temps au frais du contribuable togolais à peindre à l’international dans les coulisses diplomatiques, ses anciens camarades de lutte, aujourd’hui responsables de l’ANC, comme des extrémistes, des radicaux, des rebelles, des putschistes qui sabotent la politique de réconciliation nationale de l’UFC et de son chef, chère aux occidentaux. L’UFC par l’activisme diplomatique d’Ohin, mène contre l’ANC, une campagne revancharde féroce de dénigrement diplomatique qui prend la forme d’un entonnoir de plomb qui neutralise la portée et la résonnance à l’international de la résistance du Peuple togolais sous la courageuse organisation de l’ANC et du FRAC. La contre offensive diplomatique vigoureuse de l’ANC bat de l’aile et a de la difficulté à sortir des sentiers battus. Remarquez qu’aucune personnalité de renom internationale n’a pas encore endossé, du moins officiellement, la résistance du Peuple togolais depuis février 2010. Même le capitaine Jerry Rawlings, ancien président du Ghana, est passé à la trappe de l’offensive de réseautage de l’UFC. Dans ces conditions, il est clair que la dynamique diplomatique qui gagne du terrain est malheureusement celle du tandem RPT/AGO. Mme Hilary Clinton ne peut que demander à Faure d’«ATTIRER LES VOIX DISCORDANTES». C’est la dure réalité de la «Real Politik».

Raison politique

Tout d’abord, il est très difficile de parer au discours politique de dialogue, de paix et de réconciliation même si cela répond à une stratégie de fumisterie de la part du tandem RPT/AGO, au risque de paraitre comme des extrémistes. La seule voix réaliste de sortie d’un conflit sans l’usage de la force est le dialogue, surtout si le rapport de force est en sa défaveur.

Ensuite, l’accord du 26 mai prend son caractère historique aux yeux des officines occidentales, car sa portée dépasserait le cadre des contestations des élections présidentielle de 2010 et réconcilierait du moins apparemment, deux représentants légitimes, historiquement et politiquement parlant de deux courants historiques antagonistes qui se sont âprement battus depuis les années 40 et qui forgèrent au forceps l’Histoire du Togo: les nationalistes (le CUT et plus tard l’UFC et les partis d’opposition à partir des années 90 ) dont le représentant emblématique est Gilchrist Olympio et les antinationalistes: Le PTP, l’UPCN, rejoints plus tard par la JUVENTO après l’assassinat de Sylvanus Olympio. Ce courant sous la roulotte de la France, prend la forme d’un creuset national, le RPT, avec à la clé une dictature sanglante sous Eyadema qui décima la majorité des nationalistes. Faure Gnassingbé, le fils du dictateur Eyadema est le symbole et l’héritier de ce courant maléfique. Les occidentaux veulent faire sonner l’accord du 26 mai dans leurs oreilles comme une paix historique des braves, de la grosse hypocrisie bien sûr.

Enfin, accorder un quelque crédit aux « voix dissidentes» serait remettre en cause la légitimité de Faure Gnassingbé dont tout le monde sait qu’il n’a pas gagné les élections présidentielles de 2010 mais que la France veut maintenir coûte que coûte à la tête du Togo par l’entremise de l’Armée togolaise.

Raison économique et stratégique

«Les États-Unis seront un bon partenaire du Togo». Hilary Clinton

D’un coté, la prétention de Faure Gnassingbé et de Gilchrist Olympio est de proclamer la fin de l’histoire de la lutte du Peuple togolais pour la liberté et l’indépendance pour mieux s’accaparer des destinées du Togo au nom d’un hypothétique programme de développement. Ils ont besoin donc des partenaires économiques pour leur business lucratif.

De l’autre coté, le Togo devient stratégique pour les États-Unis pour contrer la route de la drogue dont Lomé est devenue la plaque tournante, et traquer le terrorisme international. La base militaire américaine étant en gestation dans la région, il faudra s’assurer du soutien d’éventuels alliés. Aussi, le soutien du Togo au Conseil de Sécurité à l’ONU, lors de son mandat de deux ans de membre non permanent, serait très utile aux USA. Ce n’est pas donc le moment de froisser la susceptibilité d’un protégé fiston dans la zone d’influence de la France en s’accoquinant avec les «Voix discordantes». Il apparait à la lumière des éléments de décryptage, que de bonnes leçons méritent d’être retenues lors de la visite éclair de Mme Hilary Clinton au Togo.
1- L’accord du 26 mai 2010, décrié par le Peuple togolais et l’opposition dans son ensemble est bel et bien entériné par les puissances occidentales, notamment les USA et la France.
2- L’UFC à travers Gilchrist Olympio et son zélote Eliot Ohlin, mènent un combat violent et très sournois qui cloue au pilori l’ANC et le FRAC au niveau international et diplomatique. Cette guerre fratricide profite énormément au RPT et amenuise les chances du Peuple togolais de réaliser l’alternance et le changement au Togo. L’alternance semble avoir encore de bonnes années devant elle.
3- Le FRAC doit revoir sa copie, sa stratégie, et savoir confier des responsabilités avec obligation de résultats à tous ses représentants. Le FRAC doit adapter les éléments de langage et éviter de lutter contre les intérêts de la première puissance mondiale. Le FRAC doit initier une vraie offensive diplomatique d’envergure pour contrer la haine de nuisance féroce qui sous-tend la politique diplomatique de l’UFC.
4- Le FRAC et l’ANC doivent préparer sérieusement les élections législatives, obtenir auprès de la communauté internationale des garanties minimales pour limiter les fraudes massives en perspective que le gouvernement RPT/AGO prépare activement pour se maintenir aux affaires.
5- (Les membres de) La diaspora doit cesser d’être des spectateurs médusés pour devenir plus proactifs en supportant financièrement la dynamique de résistance héroïque du Peuple togolais et relayer l’écho de la lutte dans leur pays de résidence.
6- Utiliser les leviers parlementaires et gouvernementaux après avoir gagner les élections législatives de 2012 pour établir un nouveau rapport de force en vue de préparer l’alternance sous les thèmes porteurs de réconciliation, de pardon, de paix, de justice sociale de reconstruction et de développement qui séduisent apparemment si bien la communauté internationale.

L a dynamique incantatoire doit faire place au réalisme et au pragmatique politiques qui tiennent compte de la stratégie de nos adversaires et de la géopolitique internationale.

Unis pour la même cause, la lutte continue!


Canada,
Che Alphonse Lawson-Hellu
lawsalf@yahoo.fr

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