Du mercredi à jeudi de cette semaine, la désolation s’emparait des Maliens. Toute la planète entière apprit la nouvelle du coup d’état. Schéma classique les mutins concoctent un communiqué laconique et mettent en place une structure sur laquelle repose leur démarche.
Les maliens sont dans l’attente de se rendre aux urnes le 29 avril prochain. Les maliens font face depuis un certain temps à la présence de foyer de combat militaire; lequel foyer est alimenté par la rébellion de l’AZAWAD, et pire l’influence de l’ Aqmi (Al Qaïda Maghreb islamique). L’État malien essaye de se battre militairement sur le terrain, mais il a engagé aussi une recherche de solution politique (cf. les accords d’Alger ). Dimanche dernier nous vous annoncions la percée de l’armée régulière dans le nord.
Les mutins évoquent le «manque moyen mise à disposition par le pouvoir de Bamako afin d’en découdre avec la rébellion». D’autres acteurs maliens de la société civile notamment le Professeur Aboubacrine Assadeck de l'Université des Sciences et Techniques de Bamako, «ATT a fait pas mal d'erreurs stratégiques, politiques, communicationnelles, militaires, etc. Mais, il demeure notre Président... avec ses imperfections! Cela est un fait indéniable! Il est arrivé par le suffrage universel, laissons-le s'en aller par la même voie, si nous sommes dignes de la démocratie. Nous pouvons être à bout, mais nous n'avons pas le droit de mettre à bout nos institutions. Plus de 300 des nôtres ont donné de leurs vies pour que nous soyons plus matures, plus dignes, plus respectueux de nos institutions lors de la révolution de mars 1991! Ne pas être d'accord avec un président ne signifie pas détruire toute une démocratie et ce qui va avec, surtout quand le pays est en état de guerre! L'arbre ne doit pas cacher pas la forêt! Et, croyez-moi la forêt est pleine de loups et de termites!» Et pour d’autres le terrain était propice à ce genre de situation. Le Dr Mamadou Bagayoko, politologue malien a affirmé à nos confrères de presse internationale que « cette situation était prévisible.» «Quand une situation interne pourrit et atteint un niveau antagonique, toute forme d'implosion ou d'explosion ou toute forme de révolte, d'éclatement est possible. Cela est une implosion interne aux militaires, dans ce cas précis, ça se transforme par un coup d'état.» «(…) les valeurs étaient à genou au Mali, donc le coup d'Etat était prévisible. Je ne suis pas du tout surpris (…)». L’ensemble partis politiques maliens (ADEMA-PASJ, URD, MPR, UDD, PDES, UFDP, PSP, PDJ, PDP, MDD) «condamnent fermement ce coup de force qui constitue un recul grave pour notre démocratie" et exigent un retour à une vie constitutionnelle normale»; par contre le parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l' Indépendance (SADI) du Dr Oumar Mariko, représenté au Parlement national, soutien ouvertement les putschistes de Bamako. Enfin, le Rassemblement pour le République (RPM) d' El Hadj Ibrahim Boubacar Kéita est le seul poids lourd de la scène politique malienne à ne pas réagir. La semaine dernière le parti SAIDI dans une conférence de presse a demandé que le processus électoral soit suspendu car le pays ne saura aller aux urnes lorsqu’il est confronté à une agression rebelle. Par la voix de son secrétaire général, le SAIDI annonce sur RFI la création du MP22, le mouvement populaire du 22 mars favorable aux mutins. Il est très critique avec ceux qui dénoncent le putsch.
Quant à l’UA, la CEDEAO, l’UE, certaines grandes puissances (États-Unis, France, etc.), leur réaction quasi unanime c’est la condamnation et une demande de retour à la normalisation. Démarche non contraignant vis-à-vis des mutins. Toutes ces réactions sont connues de l’opinion mais les questions que nous nous posons restent simples: Que cache le coup d’état au Mali? Pour qui roule les putschistes? Peut-on vaincre la rébellion avec un coup d’état? Y a-t-il une alternative à l’avancement des rebelles? Ne devrons-t-on pas renforcer les rangs de l’armée malienne pour combattre Aqmi (Al Qaïda Maghreb islamique)? N’est pas la volonté des puissances occidentales d’anéantir ce mouvement? Qui veut ramener l’Afrique à la case de départ? Le Mali dérange-t-il avec son processus? Le Mali poursuit qu’on le veuille ou pas sa petite marche vers la démocratisation du pays. Cela se fait certes avec des erreurs, des avancées, des progrès voire des revers. Les influences francafricaines et autres pèsent sur le Mali. La contradiction de cette démocratisation vient de là. Le Mali peut-il couper totalement le cordon ombilical avec les réseaux francafricains? A titre d’exemple, le Mali, tout comme la plupart des états africains, ont hérité des armées coloniales dont la mission principale a toujours été le bâillonnement du peuple en cas de manifestation de rue ou de revendication. Une armée qui confond son rôle de garant de l’intégrité territoriale pour transformer en machine à réprimer les citoyens et patriotes. En attendant de voir la destination politique des mutins, les maliens et tous les africains doivent se mettre à l’épreuve de la voie politique a adopté sur le continent. Cette voie déterminera le choix des chantiers à aborder de façon hiérarchique et prioritaire. A l’instar du MP 22 mars, attendons de voir la motivation réelle de ce coup d’état. Mais gardons à l’esprit que le réseau francafricain a besoin de régime impopulaire pour agir, l’espace de la CEDEAO offre cette garantie aux yeux des derniers évènements survenus sur le continent, en Côte d’ivoire, en Libye et au Mali.
Belgique, 25 mars 2012
Yves K. Lodonou
Radio Campus ULB
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Source: Xhinuanet.com, le figaro, griot.com, africatime, rfi.fr