Beaucoup de Togolais se sont déclarés surpris
par la modification de la Constitution intervenue lundi dernier,
certains affirmant que jusque dans l'après-midi du mardi 31
décembre, ils ne savaient pas qu'un événement d'une telle
importance s'était produit dans le pays.
D'autres personnes accrochées dans la rue par le correspondant de
la PANA semblaient bien au courant, mais refusaient de donner
leur avis sur la question, jetant de furtifs coups d'oeil à
droite et à gauche comme s'ils craignaient quelque chose lorsque
le micro leur est tendu.
A la Foire commerciale organisée chaque fin d'année, beaucoup
étaient manifestement surpris. "Je sais que c'était prévisible,
mais je ne l'attendais pas de si tôt", affirme une commerçante,
tandis qu'un professeur de lycée déclare l'avoir appris par les
journaux télévisés de 20h00 et de 22h00 du lundi 30 décembre.
Mais l'information est noyée, soutient-il, ajoutant que c'est une
honte pour le Togo, car, à son avis "on ne révise pas une
Constitution comme on vole une poule chez son voisin, en
catimini".
Pour lui c'est la déception, car le président Eyadéma n'a pas
tenu parole. "Comment un chef d'Etat peut il dire publiquement
qu'il ne va plus se présenter aux prochaines élections devant le
chef d'Etat d'une grande nation, en l'occurrence le président
Chirac de France, et revenir ensuite sur sa parole?", s'est- il
interrogé.
Après avoir jugé le président Eyadéma "pas du tout sérieux, pas
du tout honnête", cet enseignant ajoute que "la France doit faire
quelque chose, à moins qu'elle ne soit complice".
Pour Félix H., un commerçant, cette modification va sûrement
avoir des conséquences très graves sur les activités économiques.
"Je vends des articles de bureau et je vous affirme que je
n'arrive plus à honorer mes engagements vis-à-vis de mes
fournisseurs et de mes employés. Je trouve que le pays va rentrer
dans des crises profondes qui ne vont pas nous avantager",
s'inquiète-t-il.
Un autre commerçant, K.S., estime pour sa part que cette
révision, surtout celle de l'article 59 qui donne la possibilité
à l'actuel chef de l'Etat de se représenter aux prochaines
élections, est à saluer, car, précise-t-il, "si Eyadéma quitte le
pouvoir, ce sera la pagaille, l'opposition n'étant pas organisée
pour gérer l'après-Eyadéma".
Il affirme en outre que quoi qu'on dise, "Gnassingbé Eyadéma est
le symbole de la stabilité politique et, indubitablement, de la
stabilité économique".
Quant à cette revendeuse d'igname, elle perçoit la modification
de la Constitution comme une "malédiction" et appelle Dieu à
sauver le pays, tandis qu'un jeune apprenti chauffeur affirme que
l'essentiel pour lui est qu'il ait régulièrement des clients afin
de pouvoir satisfaire ses besoins.
"La politique, déclare-t-il, est l'affaire des gens qui sont
allés à l'école. Eyadéma et ceux qui le critiquent sont tous les
mêmes. S'ils viennent aussi au pouvoir, ils vont aussi changer la
Constitution".
On rappelle que le Parlement togolais a modifié lundi la
Constitution de 1992, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle
candidature à l'élection présidentielle de cette année du
président Gnassingbé Eyadéma, doyen des chefs d'Etat africains,
au pouvoir depuis avril 1967, soit presque 36 ans,
L'une des modifications majeures concerne l'article 59, qui
prévoyait que le mandat présidentiel était renouvelable une seule
fois et que nul ne pouvait exercer plus de deux mandats. Or dans
ses nouvelles dispositions, la Constitution stipule simplement
que "le président de la République est rééligible".