Accueil English version
Échos de la Diaspora Échos de partis politiques


Précédent  Suivant
Les Togolais surpris par la modification de la Constitution

(PANAPRESS,   Lomé, Togo,   1er janvier 2003)


Beaucoup de Togolais se sont déclarés surpris par la modification de la Constitution intervenue lundi dernier, certains affirmant que jusque dans l'après-midi du mardi 31 décembre, ils ne savaient pas qu'un événement d'une telle importance s'était produit dans le pays.

D'autres personnes accrochées dans la rue par le correspondant de la PANA semblaient bien au courant, mais refusaient de donner leur avis sur la question, jetant de furtifs coups d'oeil à droite et à gauche comme s'ils craignaient quelque chose lorsque le micro leur est tendu.

A la Foire commerciale organisée chaque fin d'année, beaucoup étaient manifestement surpris. "Je sais que c'était prévisible, mais je ne l'attendais pas de si tôt", affirme une commerçante, tandis qu'un professeur de lycée déclare l'avoir appris par les journaux télévisés de 20h00 et de 22h00 du lundi 30 décembre.

Mais l'information est noyée, soutient-il, ajoutant que c'est une honte pour le Togo, car, à son avis "on ne révise pas une Constitution comme on vole une poule chez son voisin, en catimini".

Pour lui c'est la déception, car le président Eyadéma n'a pas tenu parole. "Comment un chef d'Etat peut il dire publiquement qu'il ne va plus se présenter aux prochaines élections devant le chef d'Etat d'une grande nation, en l'occurrence le président Chirac de France, et revenir ensuite sur sa parole?", s'est- il interrogé.

Après avoir jugé le président Eyadéma "pas du tout sérieux, pas du tout honnête", cet enseignant ajoute que "la France doit faire quelque chose, à moins qu'elle ne soit complice".

Pour Félix H., un commerçant, cette modification va sûrement avoir des conséquences très graves sur les activités économiques. "Je vends des articles de bureau et je vous affirme que je n'arrive plus à honorer mes engagements vis-à-vis de mes fournisseurs et de mes employés. Je trouve que le pays va rentrer dans des crises profondes qui ne vont pas nous avantager", s'inquiète-t-il.

Un autre commerçant, K.S., estime pour sa part que cette révision, surtout celle de l'article 59 qui donne la possibilité à l'actuel chef de l'Etat de se représenter aux prochaines élections, est à saluer, car, précise-t-il, "si Eyadéma quitte le pouvoir, ce sera la pagaille, l'opposition n'étant pas organisée pour gérer l'après-Eyadéma".

Il affirme en outre que quoi qu'on dise, "Gnassingbé Eyadéma est le symbole de la stabilité politique et, indubitablement, de la stabilité économique".

Quant à cette revendeuse d'igname, elle perçoit la modification de la Constitution comme une "malédiction" et appelle Dieu à sauver le pays, tandis qu'un jeune apprenti chauffeur affirme que l'essentiel pour lui est qu'il ait régulièrement des clients afin de pouvoir satisfaire ses besoins.

"La politique, déclare-t-il, est l'affaire des gens qui sont allés à l'école. Eyadéma et ceux qui le critiquent sont tous les mêmes. S'ils viennent aussi au pouvoir, ils vont aussi changer la Constitution".

On rappelle que le Parlement togolais a modifié lundi la Constitution de 1992, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle candidature à l'élection présidentielle de cette année du président Gnassingbé Eyadéma, doyen des chefs d'Etat africains, au pouvoir depuis avril 1967, soit presque 36 ans,

L'une des modifications majeures concerne l'article 59, qui prévoyait que le mandat présidentiel était renouvelable une seule fois et que nul ne pouvait exercer plus de deux mandats. Or dans ses nouvelles dispositions, la Constitution stipule simplement que "le président de la République est rééligible".