Le lundi 30 décembre 2002, l'Assemblée nationale
togolaise, composée exclusivement des députés du
Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti au pouvoir
depuis bientôt quatre décennies, a offert à la
population togolaise comme cadeau de fin d'année, la
modification de 34 articles de la Loi fondamentale
qu'elle s'est donnée par référendum le 27 septembre
1992. Suite à cet acte on ne peut plus révoltant, les
réactions ne sont pas fait attendre.
Ainsi, le leader de l'Union des forces de
changement, Gilchrist Olympio a réagi depuis Bombay
en Inde, sur RFI:
«Que M. Olympio soit exclu ou qu'il soit dans la course, ce sont des problèmes mineurs. Je crois que tout cela, ce sont des détails d'un système d'un despote qui est là et qui utilise tous les moyens en se couvrant d'une couverture juridico-technique et nous perdons notre temps en nous mettant dans cet argument là! Nous avons dépassé ce cap et nous ne sommes plus dans une logique de la discussion avec M. Eyadéma,ou dans une logique de loi ou de Constitution. A partir de maintenant, c'est la confrontation. En 1998, nous avons gagné les élections, il a fait dissoudre le parlement et notre Commission électorale indépendante, il a nommé quelques généraux pour compter les voix, et s'est proclamé Président, et tout le monde l'a regardé faire. Cette fois-ci, ce ne sera pas la même chose. Nous allons lancé notre lutte de désobéissance civile, et çà va commencer par là jusqu'à ce que M. Eyadéma parte.
Ca suffit! Il faut qu'il parte! Il faut le faire partir par tous les moyens possibles!»
(Écouter l'interview:
ou
)
Même son de cloche chez l'ancien Premier Ministre
Agbéyomé Kodjo, désormais dans les rangs de
l'opposition, qui qualifie au passage l'acte de «coup
de force constitutionnel», avant de s'adresser
directement au peuple togolais: «le moment est donc
venu de vous décider, soit demeurer dans l'esclavage
moderne, soit donner des ailes à notre liberté
confisquée depuis la nuit des temps.» L'ancien baron
du RPT poursuit: «Si hier il était temps d'espérer,
aujourd'hui plus que jamais, le temps de l'action
vigoureuse est venu, car l'avenir appartient au peuple
courageux. (...) Le peuple a tout donné, l'opposition a
tout essayé, maintenant il faut trouver d'autres
moyens sur la base de l'unité d'action retrouvée pour
mettre fin à ce système qui considère la peur du fusil
et la faim au ventre, comme moyen de terreur pour
opprimer un peuple d'une rare qualité de docilité et
de tolérance.» Agbéyomé Kodjo, désormais basé à Paris
assène: «Nous ne devons plus avoir peur. Le pouvoir au
fil des ans, a détruit l'âme de notre peuple et nous
n'avons plus rien à craindre, sinon nous battre pour
recouvrer notre liberté et évoluer désormais dans un
environnement de justice et de responsabilité.» Il
a ajouté, sibyllin: «Si le chef ne respecte pas la loi et
les mesures réglementaires souveraines, on ne devait
plus avoir de scrupules pour le combattre avec les
mêmes armes.»
Edem Kodjo, le leader de la Convergence patriotique
panafricaine(CPP) n'y est pas allé pas par quatre chemins: «Ce
qui s'est passé n'est plus ni moins qu'une
infamie. C'est une véritable forfaiture...» L'ancien
Secrétaire Général de l'OUA, très amer: «Non, on ne peut
pas accepter cela. Je crois que l'on est en train de
provoquer inutilement le peuple togolais. On ne peut
pas accepter que l'on se lève comme ça et que l'on
trace un trait sur le texte fondamental pour permettre
à quelqu'un de se présenter au élections
présidentielles.» Il se révolte: «Nous allons nous
battre, cette fois-ci nous allons nous battre pour que
cette situation ne soit pas avalisée purement et
simplement.»
Le Sécretaire Général de la Convention démocratique
des peuples africains (CDPA), le Professeur Gnininvi, a
déclaré pour sa part que «l'Assemblée Nationale a fait
porter un chapeau de menteur au président de la
République qui a renié sa parole de militaire».
Tandis due la Fédération internationale des Ligues des
droits de l'Homme dénonce les coups d'États répétés au
Togo depuis l'assassinat du premier président élu
Sylvanus Olympio. Et le quotidien kényan "Dayly Nation" de
commenter: «Le président Eyadèma fait la honte de toute l'Afrique.»