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Fraudes en vue, dénoncées par la CDPA
(Diastode.org, Lomé, Togo, 12 mai 2003)
L'élection présidentielle prévue pour se tenir le 1er
juin prochain au Togo se prépare dans des conditions
peu crédibles et très opaques.
La Convention
démocratique des peuples africains(CDPA), le parti du
Professeur Léopold Gnininvi, dénonce ici certains
aspects de la stratégies des fraudes massives mises en
place par le pouvoir dictatorial de Gnassingbé Eyadèma,
qui régente le peuple togolais depuis pratiquement quatre
décennies.
MÉMO DE LA CDPA SUR LES IRRÉGULARITÉS QUI
ENTACHENT LA PRÉEPARATION DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL DU 1er
JUIN 2003
Après la modification unilatérale du code électoral
et de la Constitution, le régime RPT s’est définitivement
installé dans la logique de la violation systématique des
règles élémentaires d’une élection transparente
et équitable. Les conditions dans lesquelles s’est déroulé
la révision des listes électorales, celles où se passe
la distribution des cartes d’électeurs, le refus d’une observation
crédible du processus, le climat d’insécurité qui
prévaut dans le pays et d’une façon générale
l’environnement politique délétère, tout cela indique
que les autorités togolaises mettent tout en œuvre pour rééditer
un coup de force électoral le 1er juin 2003.
</b>De la révision des listes électorales</b>
La révision des listes électorales s’est faite en violation
du code électoral que le pouvoir a lui même modifié
unilatéralement:
- la révision a démarré sans concertation préalable
avec les partis politiques sur le timing et sans que les populations soient
sensibilisées par les masures de mobilisation habituellement
utilisées dans les villes et villages dans de telles circonstances;
- alors que les représentants des CELI devraient assurer le
contrôle des opérations, ces CELI elles mêmes n’ont
été installées que la veille de la clôture de
ces opérations;
- augmentation exagérée du nombre des Bureaux de vote
(BV) dans beaucoup de zones (Ex: Sotouboua: 50 nouveaux BV créés)
sans que les électeurs en soient informés.
- par contre, à d’autres endroits, suppression de centres de
vote sans informer les électeurs (ex: cas du centre de Marina dans
la Commune de Lomé) . Il faut rappeler à cet égard
que selon les normes républicaines, le déplacement d’un centre
de vote en cas de nécessité, se fait après la distribution
des cartes d’électeurs. Et au cours de la distribution des cartes
les électeurs sont informés que le centre est fermé
et remplacé par le nouveau dont le nom est mentionné sur
la carte d’électeur.
- impossibilité pour les partis politiques et les candidats
d’avoir accès au fichier électoral en violation de l’article
76 du Code électoral;
- impossibilité pour la CENI comme pour les partis politiques
d’avoir les statistiques par Bureau de Vote à la suite de la révision
des listes;
- déplacement des électeurs de leurs BV vers d’autres
BV plus éloignés de leur domicile sans les avoir informés
(ex: dans la préfecture des Lacs);
- refus d’inscrire des électeurs âgés de plus de
vingt ans au motif qu’ils auraient dû s’inscrire en 2002, en violation
des articles 51, 55 et 56 du Code électoral et du droit international
humain. Ce cas a été relevé dans la Commune de Lomé,
notamment à Atiégou, Doumassessé 1 et 2, dans la préfecture
du Zio.
- radiation d’autorité souvent par le Préfet ou le Président
de la Délégation Spéciale (ex: Tsévié)
d’électeurs inscrits sur la liste depuis longtemps et qui n’ont
pas changé de résidence sous prétexte qu’ils n’avaient
pas voté aux législatives unilatérales de 2002, ce
qui les rend suspects d’appartenir à l’opposition. Ces cas ont été
relevés un peu partout surtout dans le Zio et l’Oti. Le tableau
ci-dessous donne une idée des conséquences de ces manipulations
dans le Zio. Sur les 4 BV examinés, le nombre d’électeurs
est réduit de moitié et tous les électeurs ainsi radiés
arbitrairement sont ceux soupçonnés d’être proches
de l’opposition.
| N° Bureau de vote |
Nombre d’électeurs
en 2002 |
Radiés |
Nouvelles inscriptions |
Nombre d’électeurs attendus |
Nombre d’électeurs déclarés |
| 117 |
505 |
19 |
79 |
565 |
270 |
| 123 |
433 |
8 |
480 |
748 |
260 |
| 124 |
111 |
10 |
140 |
241 |
99 |
| 125 |
486 |
8 |
124 |
578 |
422 |
Pendant ce temps, on gonfle artificiellement les listes ailleurs.
Significatifs sont à cet égard les deux cas suivants relevés
dans le Tône, zone de Cinkassé:
*BV EPP Cinkassé 3:
Votants en 2002: 647; Inscriptions 2003: 167; Radiations: 6;
Electeurs attendus: 808; Fichier électoral: 1259; soit une différence
de 451.
*BV N° 181 EPP Kamatoug1.
L’effectif d’électeurs est passé de 672 en 2002 à
1087 en 2003, soit un accroissement de 415 (plus de 61%).
-augmentation systématique de 50 à 60 électeurs
fictifs dans presque chaque BV (cas de Mango);
Avec ces manipulations frauduleuses, il n’est pas étonnant que
l’on annonce un fichier électoral de 3.224.940 électeurs
pour une population d’au plus 5.500.000 habitants selon les estimations
les plus optimistes.
En 1998, la CDPA avait déjà estimé que la liste
avait été gonflée de 500.000 électeurs environ.
La CDPA estime que le nombre d’électeurs ne peut dépasser
2 200 000 soit 40% de la population dans un pays comme le Togo.
Toutes ces violations de la loi électorales et les différentes
marques évidentes de fraudes enlèvent tout caractère
de transparence et d’équité au processus en cours et
alimentent les rumeurs entre autres de:
- gonflement des listes dans les préfectures de Danyi, Wawa,
dans toutes les préfectures du Nord;
- tripatouillage des listes après la révision;
- refus le jour du scrutin de délivrer des résultats
aux représentants des candidats; - faire transiter les urnes dans
les bureaux des Préfets
De la distribution des cartes d’électeurs
De sérieux manquements aux règles d’un scrutin transparent
et équitables sont relevés au niveau de la distribution des
cartes d’électeurs.
- d’abord, les cartes ont été personnalisées alors
que les listes électorales n’étaient pas encore soumises
au contrôle et à la supervision de la CENI;
- aucune publicité n’est faite dans les villages pour convier
les électeurs à aller retirer leurs cartes;
- les délégués des CELI formés pour suivre
les opérations de distribution des cartes ont été
souvent refoulés par les agents de l’administration électorale
dans les centres de vote. Le RPT et le Ministère de l’Intérieur
semblent avoir fait de ces opérations leurs affaires privées;
- des rumeurs persistantes courent selon lesquelles des consignes auraient
été donnés pour distribuer le moins de cartes possible,
les lots restants devant servir à des votes frauduleux.
Du refus d’une observation crédible
Tout se passe comme si le pouvoir en place a peur d’une observation
crédible. A 22 jours du scrutin, aucun observateur n’est en place.
La mission exploratoire de l’Union européenne qui conditionne
l’envoi des observateurs par cette institution a été refusée
au dernier moment par le gouvernement.
De même, l’Institut National Démocratique pour les
Affaires Internationales (NDI) n’a pas été autorisé
à mener ses activités de renforcement des capacités
des partis politiques. Pourtant, le programme du NDI visait entre autres
activités à renforcer la capacité des délégués
pour l’observation des élections conformément au Code électoral.
Nous saluons ici l’initiative de l’ONG «Concertation Nationale
de la Société Civile au Togo» (CNSC) d’avoir
mis sur pied le Conseil national de surveillance des élections (CONEL)
qui se propose de former 300 à 5àà observateurs nationaux
et de procéder à l’audit du fichier électoral.
Du climat d’insécurité récurrente
Arrestations, intimidations, menaces des militants et leaders de l’opposition,
c’est dans ce climat que s’organise le scrutin présidentiel du 1er
juin 2003.Les activités des partis politiques sont soumises à
toutes sortes de tracasseries, même lorsqu’elles sont organisées
à domicile. La région septentrionale est considérée
comme chasse gardée du pouvoir en place .Les militants démocrates
y sont l’objet des pires exactions et vexations.
Dans une déclaration rendue publique le 4 Avril 2003, le
NDI relevait: « les arrestations des dirigeants et militants
des partis politiques ont montré les limites des libertés
fondamentales au Togo, tout particulièrement en période électorale.
Des médias publics
Les médias publics, la télévision en particulier,
sont devenus un haut lieu d’intoxication, de désinformation et de
dénigrement. Les militants et dirigeants de l’opposition y sont
quotidiennement traînés dans la boue. Les propos d’exhortation
à la haine qui y sont tenus sont d’autant plus inquiétants
qu’on sait les dérives auxquelles ont conduit ces genres de pratiques
ailleurs.
Plus grave encore, depuis des semaines, le RPT et ses associations
satellites sont en pré-campagne sur les médias publics en
violation flagrante de l’article 90 du Code électoral qui stipule:
«Durant les trente (30) jours précédant l’ouverture
de la campagne électorale officielle, est interdite toute propagande
déguisée ayant pour support les médias…»
Des mesures d’exclusion
Le scrutin présidentiel va se tenir sans un candidat exclu
de façon arbitraire par des dispositions et autres mesures artificielles.
La CDPA s’insurge contre une telle pratique parce que non seulement contraire
à l’éthique politique, mais aussi au regard du précédent
dangereux qu’elle constitue et des conséquences désastreuses
qu’elle a eu ailleurs.
Face à toutes ces irrégularités et à
cette accumulation de violations délibérées du Code
électoral, la CDPA tient à élever la plus vive
protestation et exige:
- la mise à la disposition des partis politiques des statistiques
issues de la révision de 2003;
- l’autorisation aux partis qui le désirent d’avoir accès
au fichier électoral conformément au Code électoral;
- un audit fiable du fichier électoral;
- des mesures appropriées pour que chaque électeur entre
effectivement en possession de sa carte d’électeur;
- la présence d’observateurs crédibles;
- la publication 15 jours avant le scrutin de la liste complète
des BV, leurs ressorts territoriaux;
l'arrêt par les médias publics de la pré-campagne
du RPT;
- la nomination de façon paritaire des membres des BV;
- l’instauration d’un climat de sécurité pour tous sur
toute l’étendue du territoire.
- enfin, que soit prise une décision politique courageuse t
responsable afin qu’aucun candidat ne soit artificiellement exclu du prochain
scrutin présidentiel.
L’élection présidentielle de juin 2003 nous offre
une occasion pour que le pays sorte de la longue crise dans laquelle
il s’est installé depuis des années. Mais si les irrégularités
relevées ça et là devraient se matérialiser
par des fraudes massives conduisant à une nouvelle manipulation
de la volonté du peuple togolais telle qu’exprimée à
travers les urnes, ce serait franchement un coup de force électoral
de trop.
Lomé le 11 mai 2003
Pour le Comité Directeur
Le 1er Secrétaire général adjoint
Kodjo Lucas Afantchawo
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