La communauté internationale, après plusieurs jours d'attentisme, semble commencer à s'impliquer ouvertement au Togo en envoyant samedi une mission africaine sur place pour tenter de trouver une issue à la crise provoquée par l'élection présidentielle contestée du 24 avril.
Une délégation conjointe de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) est en effet attendue samedi à Lomé, a appris vendredi l'AFP de source diplomatique occidentale.
"Cette délégation au niveau ministériel comprendra des représentants du Niger, qui préside actuellement la CEDEAO, et du Nigeria qui préside l'UA", a ajouté cette source.
"Le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohammed Ibn Chambas, fera également le déplacement à Lomé pour cette mission de bons offices qui vise à trouver une issue à la crise", selon la même source.
Cette initiative interviendra six jours après le début des émeutes menées par les opposants togolais qui crient "à la fraude massive" dans la présidentielle et disent ne pas vouloir de Faure Gnassingbé, le fils du général Gbassingbé Eyadéma, qui a exercé un pouvoir sans partage pendant 38 ans.
Au cours de tous ces derniers jours d'affrontements dans Lomé et le reste du pays, les Nations unies, l'Union africaine et l'Union européenne ont fait preuve d'attentisme et de frilosité.
De même, l'Allemagne, ancienne puissance coloniale, et la France qui a exercé un mandat sur le Togo jusqu'à l'indépendance de 1960, n'ont pas proposé de solution à une crise qui a déjà fait officiellement plus de 20 tués, entraîné l'exode de milliers de Togolais, et qui menace de déstabiliser la région.
Manifestement, ce que la communauté internationale a rapidement fait pour l'Ukraine en ébullition en s'impliquant pour une sortie pacifique de la crise, ne s'applique pas au Togo, et semble-t-il plus généralement, à l'Afrique.
Un deux poids-deux mesures dénoncé par l'ancien secrétaire d'Etat français à l'Intégration, Kofi Yamgnane, qui a appelé "la communauté internationale à dénoncer sans équivoque ce qui se passe au Togo et donc à refuser toute reconnaissance du régime illégitime installé à Lomé".
Selon M. Yamgnane, de nationalités française et togolaise, "en Ukraine, la communauté internationale a apporté aux Ukrainiens une aide sans faille, pour casser le scrutin contesté et organiser dans la transparence de nouvelles élections".
"Pourquoi, s'est-il interrogé, ce qui est possible en Ukraine ne le serait-il pas au Togo ? Pourquoi les peuples européens ont-ils le droit de vivre en démocratie et pas les peuples africains?".
Jeudi, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, avait laissé entendre qu'il y avait des contacts internationaux en déclarant : "Nous nous concertons avec nos partenaires européens et nous sommes en contact avec l'Union africaine et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)".
Mais vendredi, l'Union européenne s'est contentée d'exprimer sa "grave préoccupation" et a "lancé un appel pressant à toutes les parties pour rétablir le calme". La présidence de l'UE "exhorte les Forces de sécurité à exercer leur devoir de maintien de l'ordre dans le strict respect des droits de l'Homme, afin d'éviter toute exaction à l'encontre des populations" et appelle les forces politiques à "s'engager sur la voie de la réconciliation nationale et réussir un processus de transition".
Les Nations unies ne semblent pas non plus pressées de se prononcer. Leur secrétaire général, Kofi Annan, né au Ghana, pays voisin du Togo, et particulièrement concerné par les conflits sur le continent, ne s'est plus exprimé publiquement sur la crise depuis son "appel au calme" du 26 avril.