Une quarantaine de personnes ont été tuées au Togo dans les violences qui ont suivi la proclamation des résultats provisoires de l'élection présidentielle du 24 avril, a affirmé vendredi à Lomé la Ligue togolaise de défense des droits de l'Homme (LTDH), une organisation proche de l'opposition.
Le "bilan provisoire" des violences depuis mardi atteint "une quarantaine de morts, beaucoup de blessés par balles, et des disparus", selon une déclaration de la LTDH.
La Ligue considère que l'élection du 24 avril "est une énorme mascarade et rejette les résultats du scrutin qui n'est autre qu'un hold-up électoral", ajoute le texte.
Le Mouvement togolais de défense des libertés et des droits de l'homme (MTDLDH), proche du pouvoir, reconnaît pour sa part qu'il y a eu "plusieurs morts et plusieurs blessés", selon un communiqué transmis vendredi à l'AFP.
Selon des sources officielle et hospitalières, au moins 22 personnes ont été tuées et plus d'une centaine blessées depuis mardi à Lomé. Des affrontements à Aného (extrême sud, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Lomé) ont fait au moins huit morts, selon des témoins.
Le MTDLDH a cependant "constaté avec satisfaction que le scrutin du 24 avril a été transparent et démocratique".
"Le résultat qui sera issu du vote traduira la volonté réelle des électeurs et devra être accepté par tous les candidats", estime cette organisation, qui "en appelle au civisme, à la maturité politique et au sens de responsabilité de tous les Togolais pour que les contestations (...) se fassent de manière légale, dans le cadre des institutions et des textes en vigueur".
Le Togo connaît de graves troubles depuis l'annonce mardi de la victoire de Faure Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple Togolais (RPT, ancien parti unique, au pouvoir) avec 60,22% des voix à l'élection présidentielle du 24 avril.
Ces résultats provisoires, qui doivent être encore confirmés par la Cour constitutionnelle, sont violemment contestés par les partisans d'Emmanuel Bob Akitani, le candidat unique de la coalition de l'opposition. Celui-ci s'est autoproclamé vainqueur de l'élection mercredi avant d'en demander l'invalidation.
Le MTDLDH a par ailleurs dénoncé "des cas de viols par certains miliciens de l'opposition sur de nombreuses femmes et des jeunes filles". Il "condamne les agressions contre les citoyens en raison de leur appartenance politique et contre les ressortissants étrangers".
La LTDH a elle aussi condamné les "attaques contre des ressortissants étrangers et des pays membres de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), qui doivent s'arrêter".
Des biens de ressortissants français ont été pillés depuis mardi, la France étant accusée par l'opposition d'avoir voulu maintenir son contrôle sur le pays en soutenant le fils du président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février. Des Libanais ont également été pris à partie et leurs commerces pillés.
Des dizaines de familles de ressortissants de pays membres de la CEDEAO ont été violentées après que les observateurs de la CEDEAO eurent avalisé les résultats du scrutin.
Selon les autorités togolaises, huit personnes originaires de la CEDEAO ont été battues puis brûlées par des manifestants dans le quartier d'Adakpamé (est de Lomé), favorable à l'opposition.