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Note d’information sur la situation au Togo

(Rapport confidentiel de l'UE sur l'élection du 24 avril)

Scrutin électoral
La Commission Electorale Nationale (CENI) a proclamé le 26 avril à la mi-journée le résultat provisoire des élections qui donnent M. Faure Gnassimbé vainqueur avec 60,2% des votes (1 327 000 voix) contre 38,2% au candidat de la coalition de l’opposition, M. Akitani Bob (841 000 voix).

La CEDEAO a envoyé 150 observateurs. Toutefois, ceux-ci n’ont pu être déployés qu’au dernier moment samedi 23 avril et n’ont eu pour mission que d’observer le scrutin proprement dit sans inclure les opérations de dépouillement. L’observation CEDEAO n’a pas porté sur deux étapes principales qui sont la révision des listes électorales et les opérations de dépouillement, au cours desquelles de nombreuses irrégularités ont été constatées. La CEDEAO a indiqué que le « scrutin a globalement répondu aux critères et principes usuellement admis en matière d’élection ». Il est à noter que le RPT et la Coalition de l’Opposition s’accusent mutuellement de fraude.

L’analyse des données communiquées sur les listes électorales et l’observation menée à petite échelle par des missions diplomatiques à Lomé et en province, conduisent à constater de nombreuses irrégularités et à renforcer les présomptions de fraude massive. L’analyse des listes électorales fait apparaître un écart anormal entre le nombre d’inscrits et l’estimation de la population en âge de voter (+34% soit 900 000 électeurs présumés fictifs); ces écarts sont particulièrement importants dans les régions réputées favorables au parti au pouvoir (+75% soit 440 000 électeurs présumé fictifs); fait troublant c’est dans ces régions que le taux de distribution des cartes d’électeurs est exceptionnellement élevé (80 à 95%), que le taux de participation est exceptionnellement élevé (80 à 99%) et que le score de M. Faure Gnassimbé est exceptionnellement élevé (75 à 95%). A contrario sur Lomé, zone favorable à l’opposition, le taux de distribution des cartes d’électeurs est de 41% et le taux de participation de 35% seulement (390 000 électeurs inscrits n’ont pas voté ou n’ont pas pu voter).

Les observations faites par le personnel des missions diplomatiques et du PNUD le jour du scrutin, ont conduit à confirmer l’absence de fiabilité des listes électorales, à mettre à jour un système semble-t-il généralisé de faux bulletins pré-imprimés en faveur du candidat Faure Gnassimbé et à confirmer de nombreux cas d’enlèvement d’urnes par les militaires au moment du dépouillement (images passées sur TV5, dans la préfecture de Tandjouaré 15 urnes sur 87 ont été saisies par les militaires). Par ailleurs dans de nombreux cas, les représentants des candidats d’opposition ont été exclus des bureaux de vote et des opérations de dépouillement. La coupure des réseaux téléphoniques dimanche soir et la mise à sac du centre informatique de l’opposition n’ont pas permis à l’opposition et aux observateurs dépêchés par la société civile et les églises de faire leur propre évaluation des votes en temps réel.

Pour mémoire, le Ministre de l’Intérieur en charge de la sécurité et des élections, M. Boko, avait appelé vendredi 22 avril au report des élections pour prévenir des troubles graves et l’immiscion de l’armée dans le processus. Il a été qualifié d’irresponsable et remplacé immédiatement.

Les communications et les medias sont empêchés. Les réseaux de téléphone portable puis fixe, de même que les liaisons internet, ont été coupés au Togo peu avant le début des opérations de dépouillement de vote. Un journaliste international a été refoulé avant le scrutin et deux autres ont été priés de quitter le territoire mardi 26 avril avant que cette décision ne soit rapportée sous la pression diplomatique. En l’absence de liaison téléphonique, il est devenu quasiment impossible de recouper les informations sur les résultats électoraux et d’apprécier l’ampleur réelle des violences et vraisemblables violations des droits de l’homme.