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Face à l'incertitude au Togo, les réfugiés s'installent au Bénin dans la durée

(AFP,   Cotonou, Bénin,   10 mai 2005)

Face à l'incertitude politique qui règne au Togo au lendemain de la présidentielle controversée et émaillées de violences, les réfugiés togolais au Bénin, s'installent dans la durée.

"Il n'est pas question pour moi de retourner au Togo. Ce serait exposer toute ma famille à la boucherie collective. L'ambiance est lourde et morose", déclare catégorique Joseph A. 41 ans, un réfugié togolais installé chez son beau-frère à Cotonou depuis deux semaines avec sa femme et ses deux filles.

"Il est mieux pour nous de penser ainsi, parce que la situation au pays reste précaire et cela peut s'enflammer à tout moment", explique-t-il.

Selon le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), quelques 12.000 Togolais sont réfugiés au Bénin depuis les violences qui ont suivies l'annonce le 26 avril, de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle du 24 avril.

L'opposition conteste les résultats de ce scrutin qu'elle estime émaillé de fraudes massives et plusieurs de ses fiefs s'étaient enflammés après la proclamation des résultats provisoires.

Comme Joseph, 67% des Togolais, en majorité des femmes et des enfants, qui ont fui les émeutes, pour se réfugier au Bénin se retrouvent dans des familles d'accueil, selon le HCR.

C'est le cas de Jean-Baptiste B. 43 ans: "après les émeutes de Lomé, j'ai pris toute ma famille me suis préparé financièrement et je suis venu à Cotonou chez un ami".

"Mon retour au pays n'est pas pour demain, puisque je vais me prendre une maison ici", ajoute-t-il.

Cet ingénieur informaticien pense déjà ouvrir un cabinet informatique à Cotonou "avec mes économies, je vais faire ma base au Bénin et retourner de temps à autres au Togo mais je compte m'installer définitivement ici".

Selon un responsable des services humanitaires qui a participé à des interviews de réfugiés : "il est clair que dans leur majeure partie les réfugiés togolais ne veulent pas retourner au Togo. Ils avancent tous la violence ambiante et le fait que la paix n'est que précaire à Lomé".

"Je viens de déposer plusieurs demandes d'emplois et j'attends. Mon fils va reprendre les cours ici à Cotonou", explique Georges Amegan, 29 ans.

Pour la plupart de ces réfugiés, témoins ou victimes des exactions et de la répression de ces dernières semaines au Togo, la vie s'est arrêtée.

"Pour moi il n'y a plus de passé. Les gens ont violé puis tué ma femme après m'avoir tabassé et laissé pour mort. Je n'y retournerai plus jamais si le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais, au pouvoir) y est toujours", explique Kwami A., alors qu'il fait panser son bras gauche dans une clinique du quartier Ahidjédo, à Cotonou où il habite désormais avec un ami d'enfance béninois.

Selon Rafik Saïdi représentant régional du HCR, dont l'organisme a recensé la majorité des réfugiés à leur arrivé à Cotonou, "on compte parmi ceux qui sont arrivés au Bénin : 44 blessés au cours des exactions à Lomé, dont 17 par balles".

"Il est clair, à en croire ces personnes, que le retour au Togo n'est pas à l'ordre jour, mais nous les y aiderons au cas où ils le décident", a-t-il ajouté.

Selon le HCR, le nombre de Togolais qui ont fui vers le Bénin et le Ghana depuis l'élection présidentielle a atteint un total de 22.600, dont 12.400 au Bénin, parmi lesquels 110 enfants non-accompagnés qui doivent être scolarisés par l'Unicef. Mais cet exode s'est considérablement ralenti ces derniers jours.