Mireille, 16 ans, s'approche d'une voiture arrêtée à un feu rouge, des biscuits à la main. Mais comme de plus en plus de mineures à Lomé, elle vend... autre chose, au risque de se faire coffrer par la police.
La prostitution des mineures a pris ces dernières années des proportions inquiétantes, au point qu'en août 2005, le gouvernement togolais a lancé une vaste campagne de rafles et des opérations "coup de poing" pour tenter d'assainir certains quartiers chauds de la capitale.
Il n'existe aucune statistique officielle sur le nombre de mineures prostituées, mais depuis trois ans, il est un fait que les petites maisons de passe se sont multipliées en ville.
"Depuis que nous sommes pourchassées par la police, je fais comme si je vendais des biscuits. Mes clients me connaissent et nous nous entendons très bien", assure Mireille, postée au bord d'un carrefour de Dékon, l'un des quartier populaires de Lomé.
A cause des rafles, Afi, 17 ans, a dû quitter "son" quartier. Avant, elle se vendait au "Dévissimè", le marché de prostituées mineures de Lomé. Comme bien d'autres, elle a dû plonger dans la clandestinité et joue aujourd'hui constamment à cache-cache avec la police.
Pour échapper à la misère et aux forces de l'ordre, les gamines se sont adaptées: certaines se cachent derrière de petits vendeurs ambulants, d'autres se font carrément passer pour des marchandes de tout et de rien aux abords des grands carrefours. "Je ne peux pas arrêter. Je suis orpheline, il n'y a que comme ça que je peux vivre et aider mes petits frères", raconte Afi, assise devant un magasin d'électroménager à Dékon.
"C'est un +job+ qui m'aide beaucoup, car tous mes parents sont au village. je gagne entre 1.000 et 2.500 FCFA" par jour" (1,5 à 3,8 euros), glisse Mireille, la jeune kotokoli (ethnie du nord du Togo).
Non loin d'elle, Anicette, mini-jupe et tee-shirt très transparent, est assise à côté d'un ami qui tient une cabine téléphonique de rue. Elle n'a "jamais baissé les bras", dit-elle, malgré les menaces des autorités. "Je ne sais pas comment je pourrais vivre sans ça". Il existe bien une loi contre le trafic de mineures, mais les clients ne sont pas poursuivis car aucune loi n'interdit la prostitution au Togo.
Le gouvernement affirme qu'il est déterminé à combattre le phénomène. "C'est la pauvreté qui pousse ces jeunes filles à s'adonner à cette activité, mais nous n'allons pas brader nos enfants", affirme Christine Agnélé Mensah, la secrétaire d'Etat chargée de la protection des enfants et des personnes âgées.
"Nous avons écouté toutes les filles interpellées par la police, et nous sommes en train de prendre des mesures", affirme-t-elle tout en stigmatisant la responsabilité de certains parents dans ce "fléau" qui "gangrène notre société". Mais pour Henriette, responsable d'une ONG de défense des droits des femmes, la méthode des autorités "n'est pas la meilleure" car la plupart des filles qui sont interpellées sont relâchées rapidement et reviennent vite sur les trottoirs.
Selon elle, le gouvernement devrait changer de stratégie et travailler avec les ONG spécialisées pour mettre en place "un plan d'aide à nos soeurs qui s'adonnent à cette activité". Le drame social se double d'un grave problème sanitaire dans un pays d'environ 5 millions d'habitants et qui, selon le ministère de la santé, compte en 2006 quelque 120.000 séropositifs et affiche un taux de prévalence de 3,2%.
Les ONG tentent de faire prendre conscience du danger à ces jeunes prostituées, tandis que le Programme national de lutte contre sida a mené ces dernières années plusieurs campagnes de sensibilisation dans les écoles, les marchés et certaines places publiques.