Les acteurs togolais de la lutte contre la corruption s’accordent à dire que le fléau a atteint le seuil de l’intolérable au Togo, avec des pratiques peu recommandables répandues dans tous les secteurs d’activité.
«Aucun secteur d’activité n’est épargné par le phénomène et la corruption est généralisée dans le pays; nous avons atteint le seuil de l’intolérable de la corruption au Togo», a dit dans un entretien à APA Abalo Kataro, président de l’ONG Ligue des Indépendants pour la Transparence (LIT).
Le seuil de l’intolérable de la délinquance financière est aussi évoqué par un sondage réalisé par la Commission Nationale de lutte contre la Corruption et le Sabotage économique, en prélude à un atelier national sur la mise en œuvre de la convention des Nations Unies, contre la corruption.
L’état de la corruption dressé par la Ligue des Indépendants pour la Transparence et le rapport 2007 de TRANSPARENCY INTERNATIONAL sur l’indice de perception de la corruption vont dans le même sens, selon Komla Mally, le Premier ministre togolais.
«On retrouve la corruption sur nos routes où les transporteurs sont rackettés en permanence par certains agents préposés à la circulation routière», a affirmé M. Mally.
Une situation constatée mardi par APA sur la route internationale Lomé Cotonou, dans la localité togolaise de Gbodjomé, située à une vingtaine de km à l’Est de Lomé.
Deux agents en tenue postés de part et d’autre de la route arrêtent tous les véhicules de transport en commun.
Après une brève vérification des pièces les véhicules, presque tous surchargés, repartent.
Les conducteurs, très avertis et habitués au système glissent délicatement entre le permis de conduire et la carte grise du véhicule un billet de 1000 francs CFA.
«Ils ne prennent plus les pièces de 500 à cause de la cherté de la vie», explique un conducteur.
«Si tu ne fais pas ce geste, ils vont te retarder alors que tu as plusieurs tours à faire dans la journée pour avoir un bénéfice», a ajouté ce conducteur au volant d’un véhicule de cinq places mais qui avait à bord en plus du conducteur 6 passagers (4 personne sur la banquette arrière et 3 devant plus le chauffeur).
«Même si tu n’as pas de surcharge ils prennent les 1000 alors nous surchargeons pour ne pas perdre», a expliqué le conducteur.
Pour Komla Mally, ces actes entraînent des hausses des prix de produits et expliquent le taux élevé d’accidents de la route dans lesquels sont impliqués les véhicules en très mauvais état mais autorisés à circuler.
Les accidents de la circulation ont, en 2007 fait 500 morts et 4500 blessés graves au Togo.
Sur 8500 patients reçus au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lomé, 7111 sont des accidentés, soit 82% des consultations, indique-t-on.
Le Premier ministre togolais a aussi indiqué que la corruption administrative qui entraîne un dysfonctionnement des services publics, se déroule également dans les structures sanitaires.
«Les gens meurent à l’hôpital parce que les lit d’hôpitaux sont marchandés, l’ordre de passage des malades est marchandé», a précisé Kataro.
«Si tu ne prends pas bien soin des infirmiers et médecins, ils ne prendront pas soin de ton malade et on est obligé de leur faire de petits cadeaux», a avoué à APA E.B., ménagère qui assiste son oncle au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tokoin à Lomé.
Elle a expliqué que parfois les médecins et infirmiers leur prescrivent des médicaments qu’ils leur proposent directement.
Dans l’administration publique, «se faire établir une pièce d’identité ou tout autre document officiel relève d’un véritable parcours du combattant», a dit à APA Justin Soadjetede, étudiant.
L’administration publique togolaise occupe d’ailleurs le 3e rang du classement des secteurs les plus corrompus au Togo contenu dans «l’état de la bonne gouvernance et de la corruption au Togo» publié par la LIT.
Dans cette liste des secteurs qui s’illustrent négativement au Togo, la douane togolaise et la police nationale occupent les deux premières places du classement, suivies de la gendarmerie 4e et de la justice 5e.
«Il n’échappe à personne que certains cadres en qui le gouvernement a placé sa confiance, au lieu de servir la population, vont eux-mêmes se servir d’abord, s’ingéniant à trouver les moyens de spolier l’État pour s’enrichir le plus vite possible», a regretté Mally.
Selon lui, l’argent détourné n’est même pas investi sur place. «Il est placé à l’Etranger dans les paradis fiscaux, dans des conditions risquées au grand dam de nos populations doublement pénalisées».
Il pense que pour organiser la prévention et la répression de la petite et de la grande corruption, il est nécessaire de mettre en place un organe spécial dont la création et le fonctionnement seront déterminés par la loi et au sein duquel seront représentés les différents corps de l’Etat et particulièrement la société civile.