Ce n’est plus la peur, mais la panique qui s’installe dans le camp de Faure Gnassingbé pour la présidentielle de février 2010. Deux éléments révélateurs de cette peur cette semaine: lundi dernier à la fin du conseil des ministres, le chef de l’État demande à la ministre Memounatou Ibrahim de partir d’urgence dans le Bassar. Le président Faure Gnassingbé lui-même l’a rejointe, le jeudi 26 novembre. Au programme: l’électrification dès la semaine prochaine de Bandjeli, village natal de Kofi Yamgnane, construction de la route Bassar-Kabou-Kouka-Kidjabou (120 Kms), distribution d’argent et de dabas aux paysans.
Il faut acheter Bassar avant que l’enfant chéri du crocodile de Bapuré ne recommence ses pèlerinages de précampagne sur l’ensemble du territoire! Pour la petite histoire, la route Bassar-Kabou-Kouka-Kidjabou (120 Kms) est en projet depuis quarante (40) ans, projet aussi vieux que le régime militaro-civil qui gouverne le Togo. Il a fallu être à la veille d’une présidentielle qui présente des risques pour le clan pour que l’antique projet routier sortît des tiroirs. Mais comme dit l’adage, mieux vaut tard que jamais. Rires en coin à Bandjéli: «c’est la première victoire de Kofi», ironisent les notables. Les populations togolaises, pour rattraper le retard du développement, en viendront à souhaiter des élections présidentielles tous les six mois!
Flash back. Samedi, Kofi arrive à Lomé après trois semaines de tournée de contact européenne. Sa participation est annoncée à l’émission Appels sur l’actualité de Juan Gomez. Dimanche, la direction de Rfi prend une décision surprenante: l’émission n’aura plus lieu à l’Université de Lomé, comme précédemment annoncée. Elle est déplacée à l’Hôtel Mercure Sarakawa, malgré les protestations de l’équipe de RFI qui avance des difficultés techniques pour le déplacement et l’installation du matériel. Dare-dare, il faut changer de lieu, auraient demandé les officiels du ministère de la Communication. Ironie du sort, l’équipe de RFI déclare que des raisons techniques l’ont contraint à ce soudain changement géographique. Faux! Des personnes proches de l’équipe approchées par la rédaction de www.mo5-togo.com disent sous couvert de l’anonymat que l’annonce de la participation de Kofi Yamgnane à l’émission est à l’origine de tout ce remue-ménage.
Pourquoi donc? En réalité, depuis l’annonce de sa candidature, l’ancien ministre togolais de François Mitterrand, a accru sa sympathie auprès de la couche intellectuelle, raison pour laquelle il faut surtout éviter qu’il mette pieds à l’Université de Lomé, haut lieu de la contestation du pouvoir, pour lui donner l’occasion de parler directement aux étudiants, ces derniers étant des vecteurs de propagande auprès de leurs parents. En plus, bon nombre de ces damnés de la terre n’ont pas les moyens financiers pour aller à l’Hôtel Sarakawa, rempli à l’occasion des militants du HACAME, bras étudiant du RPT à l’Université de Lomé, qui ont passé leur temps à huer Kofi Yamgnane, Me Dodji Apevon, les dirigeants de l’opposition présents à l’émission.
Kofi Yamgnane empêche de dormir à Lomé 2. Et les affidés du Palais de la Marina sont aux cents coups. Pour la première fois dans l’histoire électorale du Togo, un ressortissant du Nord du Togo va non seulement émietter les voix de cette région prétendument fief du RPT mais encore serait parti avec la faveur des pronostics, partant pour battre Faure à plate couture au Nord. Pour une fois, le pouvoir ne peut plus utiliser les vieilles méthodes: le discours tribalo-régionaliste, la peur des nationalistes de l’UFC, le ‘diviser pour régner’.
Et, voici qu’on veut l’empêcher de recueillir les 2000 signatures nécessaires pour une candidature indépendante, selon l’article 170 alinéa 6 du code électoral. Le code électoral exige du candidat indépendant le soutien de 2000 signatures provenant d’au moins 10 préfectures dont 200 par préfecture. Arrestations, menaces et intimidations des membres du comité de soutien qui essaient de prendre les signatures, saisie des cartes d’électeurs sont le lot presque quotidien des partisans de Kofi Yamgnane. Le camp militaire Général Ameyi de Kara s’est mêlé de l’affaire, ainsi que la police et la gendarmerie de la même ville. Finalement, aux dernières nouvelles, il est demandé au comité de soutien d’adresser des courriers à la gendarmerie de Kara pour autorisation et pour soi-disant protéger les équipes chargées de recueillir les signatures. Une autorisation de la gendarmerie pour candidater!
Et pourtant, il est dit que la CENI est maîtresse de l’organisation technique et administrative des élections. Les représentants officiels de l’État à l’intérieur du pays sont dans une logique d’empêchement et de blocage systématiques.
Va-t-on empêcher Kofi Yamgnane d’être candidat?