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Football: accalmie en attendant une nouvelle crise à la FTF

(mo5-togo.com, Lomé, Togo,   1er décembre 2009)


L’Assemblée générale extraordinaire de la FTF a finalement scellé le sort du Bureau exécutif qui se trouve suspendu et renvoyé à un congrès électif dans les trois prochains mois. Ce vote imposé par la FIFA met provisoirement fin à la nouvelle crise que traverse le bureau exécutif de la FTF depuis mars 2009, soit quelques semaines après sa mise sur pied. Incroyable mais vrai, les démons de la division ont repris leurs pénates à la FTF aussitôt le nouveau bureau élu. La FTF, c’est pire que Hollywood, c’est carrément un gouvernement libanais en miniature: les alliances se font et se défont à la vitesse du son, alliances par nature et contre nature, à telle enseigne que les lignes de démarcation se créent partout au gré des desiderata des uns et des autres, au gré du claquement en espèces sonnantes et trébuchantes des doigts des barons du bureau. Cette guerre des tranchées a deux causes: la convoitise des gros intérêts financiers débloqués à la fois par l’État et les instances internationales du football; et

Depuis des mois, deux fortes personnalités symbolisent la chienlit qui secoue le bureau: le Colonel Rock Balakyem Gnassingbé, ex-commandant du Bataillon de Régiment Blindé (BRBA), demi-frère de Faure Gnassingbé, et Gabriel Ameyi, neveu de feu général Mawulikplimi Ameyi, député RPT du Kloto, riche homme d’affaires.

Imprévisible Rock Gnassingbé

Ces deux personnes apparemment du même bord politique sèment le trouble depuis 2006. En 2006, quand tout le monde était contre lui, Rock Gnassingbé avait eu un fort soutien de la part d’Améyi. Quand Rock Gnassingbé perdit au congrès électif de janvier 2008, Ameyi était élu vice-président, et constituait le ver dans le fruit du nouveau bureau dirigé par Tata Avlessi. Le pion n’allait pas tarder à semer la zizanie dans le nouveau bureau qui fut renvoyé à un autre congrès électif en janvier 2009. Pour mettre fin à la crise de personnes, la Fifa a concocté un scrutin de liste afin de mettre ensemble les gens du même bord qui s’entendent sur des intérêts bien compris. Si la liste de Rock Gnassingbé fut élue en 2009, c’est grâce à la présence de Gabriel Ameyi. La nouvelle guerre de tranchées entre ces deux personnes est donc incompréhensible.

En réalité, ce qui les oppose c’est des complexes d’ego doublés d’intérêts politiques. Rock Gnassingbé en bon colonel et fils d’Eyadema, veut diriger la FTF comme un camp militaire. Entêté comme un mulet, cet officier supérieur des FAT n’aime pas jouer les rôles de composition. Le militaire togolais n’a-t-il pas tous les droits sur les civils? Imbu de lui-même et maîtrisant mal la langue de Molière, et manquant de culture générale, il ne sait pas non plus communiquer: D’où ses éternels problèmes avec les cadres de l’équipe nationale et les membres du bureau. Il aime le football comme un enfant adore un jouet, mais il en ignore allègrement les règles de fonctionnement, d’organisation et d’administration du football à l’échelle nationale. Il se croit dans un monde de fées, adore les honneurs et garde toujours sa personnalité d’enfant gâté avec sa foi d’être né pour diriger. C’est pourquoi il n’a pas compris pourquoi Ameyi devrait partager le pouvoir avec lui. Timide et manquant de contact humain, cet officier se réfugie la plupart du temps dans son zoo personnel, admirant ses lions et ses crocos à qui il jette des poulets avec un plaisir fou. Personnage introverti, il peut être psychotique, haineux, et peut entrer dans une colère terrible. Il a la rancune tenace et réagit comme un enfant qu’on vient de priver de bonbons. Tata Avlessi l’a appris à ses dépens, lui qui l’a humilié en le battant à plate couture en janvier 2008. Ces temps-ci, l’homme était poussé dans ses derniers retranchements. Acculé partout, la terre semble dérober sous ses pieds. Son frère Faure Gnassingbé lui reproche de s’être porté au secours de Kpatcha et d’avoir empêché ainsi le commandant Félix Kadanga de terminer le boulot. Il lui a retiré le commandement de la BRBA. Suspendu de la tête de la FTF, il ne lui reste heureusement que le poste de direction générale adjointe du Port autonome de Lomé, la mine d’or des officiers des FAT. En l’espace de quelques mois, ses privilèges se sont réduits comme peau de chagrin. Rock Gnassingbé n’est devenu que l’emblématique ombre de lui-même. Faure Gnassingbé l’a réduit à sa plus simple expression. Insignifiant.

Ameyi, le roi de Fiokpo

Son allié d’hier et ennemi aujourd’hui, Gabriel Ameyi, est un autre phénomène de l’ère Eyadema, ces nouveaux bourgeois sans autre valeur que l’argent. Enrichi dans le commerce du bois, il fait partie des barons qui ont détruit les forêts du Togo. Ce Crésus, passablement éduqué, se prend pour le chef incontesté du Kloto. La chefferie traditionnelle de cette préfecture est à ses pieds. Il n’a pas hésité à donner des gifles à une femme notable impertinente qui est allée à un meeting de l’UFC dans le Kloto. Généreux, il se prend pour Eyadema et fait des dons en argent à des gens qui font le défilé de sa maison. Pour lui, l’argent peut tout obtenir, notamment les arbitres nationaux et internationaux comme le disent plusieurs observateurs, d’où les incompréhensibles penalties sifflés par les arbitres chaque fois que son club, le Maranatha de Fiokpo, joue à domicile. Avec son argent, il peut aussi acheter les femmes, notamment les filles mineures. L’année passée, il a défrayé la chronique, soupçonné de pédophilie. L’Affaire de détournement de mineure lycéenne serait soldée à l’amiable contre espèces sonnantes et trébuchantes.

C’est un homme de pouvoir mais aussi du pouvoir à qui il a donné un siège dans le Kloto, bastion du nationalisme togolais. Dans cette nouvelle crise à la FTF, il semble bien être le bras de Faure Gnassingbé pour abattre son frère indiscipliné. Il a un frère ennemi irréductible, Winny Dogbatsè, ressortissant comme lui du Kloto, dont il a renvoyé en complicité avec Rock Gnassingbé, le club de Gomido en seconde division. Haineux, outrancier, égocentrique, il rêve d’honneurs que la présidence de la FTF pourrait lui donner. Cette fois-ci, il semble être proche du but.

Verdict dans trois mois. Mais il est fort probable que son arrivée à la tête de la fédération ne signe pas la fin de la guerre. Dans un conflit où les lignes de démarcation sont assez floues, on ne peut rien prédire. Trente trois (33) délégués ont voté pour une nouvelle élection, seize (16) délégués pour le maintien du statu quo, c’est dire que sur les 49 délégués présents à ce congrès, il y a encore un bon nombre d’irréductibles gaulois prêts qui se sentent confortables dans une zone de trouble.