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La France a-t-elle lâché le clan Gnassingbé?

(mo5-togo.com, Lomé, Togo,   12 décembre 2009)


Le conflit diplomatique entre la France et le Togo, agite quelque peu le milieu politique de l’opposition et l’opinion dans son ensemble. La France serait-elle en train de lâcher le pouvoir des Gnassingbé? Les avis sont partagés, mais dans les officines de l’opposition, on attend de voir la suite de l’Affaire Eric Bosc, du nom de ce diplomate breton proche de Kofi Yamgnane.

Beaucoup croient que cette mini crise diplomatique ne constitue qu’un couac et que l’eau continuera par couler sous le pont de l’alliance que la France gaullienne a tissée depuis plus de quarante (40) ans avec la famille au pouvoir, alliance marquée par un soutien sans faille des présidents successifs de la cinquième République, de De Gaulle à Jacques Chirac en passant par Pompidou, Giscard et Mitterrand.

Trois événements illustrent principalement le soutien permanent de la France au pouvoir du Togo: l’attaque armée contre le régime dictatorial le 23 septembre 1986, le putsch contre le régime de la Transition le 03 décembre 1991, la mort d’Eyadema le 05 février 2005. Le 23 septembre 1986, la France envoie au Togo un détachement de para commando au secours de l’armée d’Eyadema, malmenée par une petite invasion d’éléments insurrectionnels de son opposition. Le 03 décembre 1991, les FAT (Forces Armées Togolaises) attaquent le Premier ministre de transition Joseph Kokou Koffigoh, lequel demande le soutien de l’Élysée, dirigé à l’époque par François Mitterrand. Le dirigeant socialiste enverra 100 parachutistes qui seront restés à Cotonou, 150 kms de Lomé, laissant les FAT attaquer aux armes lourdes le Palais des Hôtes de Marque et faire prisonnier le Premier ministre. Le 05 février 2005, Eyadema meurt subitement, un quarteron d’officiers remet le pouvoir à son fils Faure Gnassingbé, au mépris des dispositions constitutionnelles. Malgré le tollé général que ce coup d’État à soulevé dans la communauté internationale et la répression sauvage avant, pendant et après la présidentielle d’avril 2005, le président de tous les Français Jacques Chirac avait déclaré qu’il ne pouvait pas «abandonner le fils d’un ami».

Les relations entre la France et le Togo sont en fait basées sur les réseaux de la Françafrique, et ne constituent pas en réalité des relations normales entre deux États indépendants. Ce sont donc les réseaux Foccart, du général Jeannou Lacaze, Charles Pasqua, de l’étonnant Michel Rocard, etc. qui ont des intérêts dans le domaine de la sécurité, qui font du lobbying auprès de l’Elysée pour maintenir le régime togolais en place. Charles Debbasch et Me Vergès, entre autres, travaillent dans l’ombre par tours de passe-passe juridique, pour renflouer un pouvoir plusieurs fois aux abois. Les tripatouillages constitutionnels et les ‘victoires’ électorales du RPT, notamment celles des législatives 2007, sont dus notamment à l’intelligence diabolique de Charles Debbasch. Tandis que les officiels de Paris œuvraient publiquement pour ‘apaiser’ la situation au Togo, la France laissait sournoisement Debbasch apporter son conseil machiavélique au régime.

Le soutien est beaucoup moins perceptible mais plus soutenu avec l’annulation des dettes bilatérales, pendant la période de la suspension de l’aide européenne et des institutions internationales, pour permettre au pouvoir de disposer des liquidités. Mais il semblerait que tout cela a changé depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Paris n’apporte plus un soutien explicite à Lomé. Faure Gnassingbé a attendu deux ans et la signature de l’Accord politique global (APG) en août 2006 pour finalement avoir droit d’entrer à l’Elysée en 2007.

Paris n’a plus d’intérêt à Lomé?

Il y a un vrai tournant dans les relations entre les deux pays, en effet, depuis le changement de régime dans les deux pays. Une question de génération. Si la Françafrique a encore longue vie dans les émirats pétroliers du pré carré francophone que sont le Gabon, le Congo et le Cameroun, il est bien possible que sa fin soit proche dans certains pays comme le Togo, le Bénin (déjà?), le Burkina Faso, le Niger et la Côte d’Ivoire. Au Togo, les dirigeants français disent avoir peu d’intérêts en jeu. Surtout qu’avec l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir, la France a de moins en moins d’intérêts au Togo. Le clan Gnassingbé qui détient le monopole d’une grande partie du commerce au Togo, importe désormais quasi tout de Chine.

Le pouvoir donne la plupart des marchés aux Chinois ou aux Américains, comme ce fut le cas de la Société Contour Global qui gère et construit la Centrale électrique, opérationnelle en principe à partir de janvier 2010. Parfois, ce ne sont pas des raisons de coût qui militent dans l’attribution des marchés. Dans le cas de Contour Global, c’est seulement les dessous de table qui l’ont emporté. Le clan ne trouvait pas son compte dans la proposition d’une société française faite par l’ancien ministre CDPA de l’Energie, Léopold Gnininvi. Ce dernier fut donc muté aux Affaires étrangères, et son successeur Dammpi rendit le marché aux Américains. Et pourtant avec la construction de cette centrale électrique, l’électricité reviendra encore plus chère aux Togolais qui doivent payer pendant 30 ans cette dette.

8 milliards CFA pour mettre le Togo sur écoute

Les sociétés françaises n’ont plus tellement la côte au Togo. En témoigne, l’attribution d’un marché dans le domaine de la téléphonie à une société israélienne, suggérée par Charles Debbasch, selon une source digne de foi. Coût de l’attribution de ce marché: 8 milliards Cfa. Il semblerait que la technologie israélienne sert à mettre sur écoute toute communication au Togo. Cette révélation a été faite par Eric Bosc à Kofi Yamgnane et qui serait à l’origine de sa demande d’expulsion, sous la pression de Pascal Bodjona et …Charles Debbasch! Ce dernier, avide d’argent, a tellement manœuvré ces derniers temps contre son propre pays qu’il s’est attiré la foudre de l’Ambassade, d’où la demande de renvoi d’Eric Bosc. Cette histoire d’écoute téléphonique que n’a cessé de crier Kofi Yamgnane sur tous les toits, notamment en Europe et sur les radios au Togo. En privé, l’ancien ministre de Mitterrand raconte qu’une sonnerie pornographique est mise sur son répondeur ; cela lui a été rappelé par Voice of America. «Mon téléphone portable est mis sur écoute, mon téléphone fixe est mis sur écoute, celui de mes collaborateurs les plus proches aussi», déclare Kofi Yamgnane à MO5-togo.com et à Radio Victoire, le mercredi 9 décembre. Big Brother est donc au Togo.

La France perd tellement de marchés que, selon des indiscrétions, Sarkozy a dû taper du point sur la table pour que son ami Bolloré obtienne l’expulsion de Jacques Dupuydauby dans le contentieux de la manutention au Port de Lomé qui oppose la SE2M et le Groupe Bolloré. Même en matière d’armement, le Togo se tourne désormais vers la Chine. L’ancien ministre de la Défense, Kpatcha Gnassingbé, aujourd’hui détenu, a fait plusieurs fois le voyage de Chine pour acheter des armes.

La perte de ses parts de marchés et de son influence, conduirait l’Elysée et le Quai d’Orsay à ne plus venir en soutien à un régime qui, pour échapper aux pressions politiques de Paris pour plus de démocratie, écoute plutôt les sirènes de Pékin, peu regardant sur les questions de bonne gouvernance et de droits de l’homme.

Reste maintenant l’option Kofi Yamgnane. Il n’est un secret pour personne que la France a toujours soutenu le régime dictatorial parce qu’elle craignait, à tort ou à raison, l’opposition qu’elle ne trouvait pas assez ‘fiable’ pour assurer une paisible alternance. Dans les chancelleries, il se susurre qu’on a dit à plusieurs reprises à l’UFC de Gilchrist Olympio qu’elle ne ferait pas l’affaire pour une transition tranquille au Togo. D’où l’idée de certains analystes que Paris trouverait enfin en la personne de Kofi Yamgnane le Graal pour un changement de régime au Togo.