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Les habitants de Lomé en colère contre les organisateurs de la CAN 2010

(AFP, Lomé, Togo,   11 janvier 2010)


Quelques heures après le retour dramatique d'Angola des Éperviers togolais, les habitants de Lomé digèrent difficilement le retrait de leur équipe nationale de la Coupe d'Afrique des nations et ne décolèrent pas contre les responsables de la compétition.

"Nous avons doublement perdu par la négligence des irresponsables de la CAF (Confédération africaine de football): des compatriotes sont morts et le Togo ne participe pas à la CAN", se plaint Eloi Doudjan, gérant d'une station-service.

"Je n'arrive pas à comprendre ce qui nous arrive. Nous avions bien préparé une compétition internationale. Mais c'est Issa Hayatou (le patron de la CAF) et ses acolytes qui nous ont privés de compétition", renchérit un vendeur ambulant de journaux.

Pour Afiavi Sougou, une prof de couture, la CAF "s'est vraiment moqué" du Togo: "elle n'a même pas adressé un message à nos autorités. Je pense que c'est un coup bien monté pour empêcher nos +Éperviers+ de participer", affirme-t-elle, assise sur une chaise au milieu de ses élèves, tous vêtus de tee-shirts et chemises noirs en signe de deuil.

Le gouvernement a décrété trois jours de deuil à compter de lundi en hommage aux victimes. Le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo, interrogé par l'AFP, a affirmé que le Togo n'avait reçu "aucun message" de la CAF à la suite du drame. "Au-delà de ce message, on aurait pu évaluer la situation dans l'ensemble pour s'assurer des mesures sécuritaires", confie M. Houngbo.

À Lomé, le retrait de la sélection nationale était au centre de toutes les discussions. De petits groupes de conducteurs de taxis-motos et de vendeurs ambulants étaient formés lundi matin au carrefour Dékon, l'un des quartiers populaires de la capitale togolaise.

"Le gouvernement doit exiger une enquête internationale, car le comportement de la CAF est flou", commente un chauffeur de taxi. "La CAF, c'est une +mafia+. C'est un petit groupe de +voleurs+", lance un autre vêtu d'un tee-shirt jaune à l'effigie d'Emmanuel Adebayor, capitaine et star de la sélection togolaise. Dès leur ouverture, ses attroupements se sont formés devant les kiosques à journaux, pris d'assaut par des acheteurs ou simples curieux, avides du moindre détail.

Pour le quotidien privé Liberté, "toute la lumière doit être faite pour que les Togolais puissent situer les responsabilités". "Pourquoi la CAF a-t-elle choisi Cabinda, une zone très dangereuse pour abriter les matches?", s'interrogeait l'hebdomadaire Le Changement. "Beaucoup de zones d'ombres subsistent et seul le temps nous permettra d'y voir plus clair", estime le journal.

Pour l'hebdomadaire Le Combat du Peuple, le drame de Cabinda "doit nous inciter à plus de réflexion". "Le football qui procure la joie, la liesse et la cohésion nationale dans d'autres pays, est devenu pour les Togolais, une source de tragédie avec son cortège de morts et de blessés", soulignait cette publication.

Le convoi togolais a été pris vendredi sous le feu de séparatistes alors qu'il venait de pénétrer dans l'enclave de Cabinda. Deux membres de la délégation togolaise ont été tués.