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Pour le Togo, Kofi Yamgnane n'est pas assez bien né

(Philippe Bernard, "Le Monde",   3 février 2010)


Faure Gnassingbé, le président sortant du Togo, sera l'unique tête d'affiche de l'élection présidentielle à un tour prévue le 28 février. La Cour constitutionnelle togolaise a invalidé, mardi 2 février, la candidature du Franco-Togolais Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'État Mitterrand. Elle a motivé sa décision par une contradiction sur la date de naissance de M. Yamgnane entre ses différents documents d'identité, "de nature à semer la confusion sur l'identité de la personne". En réalité, les incertitudes sur l'état-civil des Africains de la génération de M. Yamgnane sont fréquentes et l'identité de l'intéressé, ancien maire et député français, ne fait guère de doute.

La popularité de M. Yamgnane est plus forte dans la diaspora togolaise (qui n'a pas le droit de vote) qu'au Togo même. Mais sa candidature risquait de priver le président sortant de voix précieuses dans le nord du pays, dont les deux hommes sont originaires. Elle aurait également introduit au sein d'un système coutumier des manipulations électorales, un habitué des médias français. "Le pouvoir totalitaire en place au Togo fait la démonstration qu'il est prêt à tous les simulacres (...) pour s'accrocher au pouvoir (...) aux dépens du peuple togolais qui souffre", a réagi M. Yamgnane.

Faure Gnassingbé, fils et successeur du général Eyadéma, a été élu en 2005 lors d'un scrutin truqué marqué par la mort de 500 personnes. L'élection de cette année est censée effacer cette tache originelle. Elle paraît d'autant plus acquise au président sortant que Gilchrist Olympio, 73 ans, figure historique de l'opposition, n'a pas pu faire enregistrer sa candidature à la suite d'un accident survenu en janvier aux États-Unis. La candidature retenue de son second, Jean-Pierre Fabre, divise leur parti, l'Union des forces de changement. Le duel shakespearien entre M. Olympio, dont le père Sylvanus, premier président togolais élu, avait été assassiné en 1963, probablement par le père de M. Gnassingbé, n'aura sans doute jamais lieu.